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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2322230

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2322230

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2322230
TypeOrdonnance
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2023, Mme A D et M. C B, représentés par Me Djemaoun, agissant en leur nom personnel et au nom de leur enfant, M. E B, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, de les prendre effectivement en charge, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, et d'assurer leur accompagnement social, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'ils vivent dans la rue avec leur fils âgé de six mois, qu'ils appellent tous les jours le 115 et n'ont été hébergés que dix-sept nuits depuis le 19 août 2023 et qu'ils se trouvent dans une situation de détresse sociale et exposés à des traitements inhumains et dégradants en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence, à l'intérêt supérieur de l'enfant, au principe de dignité de la personne humaine et au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant qui constituent des libertés fondamentales au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il n'a pas commis d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors qu'aucune carence caractérisée des services de l'Etat n'est établie compte tenu de la situation de la famille, des moyens dont il dispose et de leur saturation et des mesures déjà prises à leur égard.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Delesalle en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;

- les observations de Me Djemaoun, avocat de Mme D et de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et précise que l'Etat tend à réduire ses capacités d'hébergement d'urgence, ainsi que l'illustre notamment la fermeture du centre " Equalis ", en raison de directives préfectorales récentes données en ce sens ;

- les observations de Mme D et de M. B, qui indiquent qu'ils sont arrivés le 16 août 2023 sur le territoire français pour essayer d'assurer un meilleur avenir à leur enfant, qu'ils sont restés trois jours chez une amie avant que celle-ci ne les expulse et qu'ils vivent depuis dans la rue ;

- et les observations de Me Theobald, se substituant à Me Falala, avocat du préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, qui conclut aux mêmes fins que précédemment par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation (). ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. Il résulte de l'instruction que Mme D et M. B ainsi que leur enfant, né le 23 mars 2023 et âgé de 6 mois, entrés en France le 16 août 2023, ne bénéficient pas d'un hébergement et vivent dans la rue. Ils justifient appeler, de manière régulière et répétée depuis le 18 août 2023, le 115 pour obtenir un hébergement d'urgence et ont bénéficié de dix-sept nuitées par le Samu social, sur la période d'un peu plus d'un mois qui s'est écoulée depuis leur première demande, soit du 19 au 21 août, du 22 au 28 août, du 2 au 4 septembre et du 5 au 12 septembre 2023. Il n'est pas contesté qu'ils ne disposent d'aucune aide familiale ou autre pouvant les accueillir même provisoirement. Ils se trouvent dès lors dans une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

5. Il résulte toutefois de l'instruction que malgré les efforts globaux de l'Etat pour accroître les capacités d'hébergement d'urgence à Paris et dans la région d'Ile-de-France, l'ensemble des besoins les plus urgents, en constante augmentation, ne peut être satisfait. Tel est notamment le cas pour les familles avec des enfants. Ainsi, il n'est pas contesté que, pour le seul territoire de Paris, au cours de la journée du 26 septembre 2023, 949 personnes ont vu leur demande d'hébergement rejetée dont 368 personnes en situation de famille avec enfants, dont 308 mineurs, représentant 199 familles différentes. Les requérants, qui ne sont présents en France que depuis un peu plus d'un mois à la date de la présente ordonnance, ont bénéficié depuis leur arrivée et leurs premiers appels au 115 de dix-sept nuitées par le Samu social ainsi qu'il a été exposé au point 4, alors que si leur enfant est âgé de six mois, il ne présente aucune pathologie, et les conditions météorologiques sont particulièrement clémentes à la date de la présente ordonnance. Dans ces circonstances, et pour difficile que soit leur situation, le refus du préfet de leur procurer un hébergement d'urgence ne saurait révéler, compte-tenu de la présence de familles encore plus vulnérables dans un contexte de saturation des hébergements d'urgence, une carence caractérisée de l'Etat justifiant que soit ordonné, au motif d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence ou à une autre liberté fondamentale, de prendre les mesures pour mettre à l'abri cette famille.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D et de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D et de M. B est rejetée

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D et à M. C B, en leur nom personnel et en celui de M. E B, et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 29 septembre 2023.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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