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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2322324

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2322324

lundi 16 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2322324
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2023, M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné et l'a placé en rétention administrative et l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- les décisions sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 10 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marcus en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marcus ;

- les observations orales de Me Zerna, avocat commis d'office représentant M. A, assisté d'un interprète en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens ;

- et les observations orales de Me Camus, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant brésilien né le 16 juin 2000, demande l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné et l'a placé en rétention administrative ainsi que l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de police a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, les arrêtés attaqués mentionnent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent. D'une part, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, refusant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination vise l'article L. 611-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et la convention franco-brésilienne du 28 mai 1996 modifié. Il indique les éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, notamment les circonstances qu'il ne peut justifier être entré régulièrement en France et qu'il s'est maintenu sur le territoire sans titre de séjour. Il relève également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à sa vie privée et familiale, celui-ci se déclarant célibataire et sans enfant, et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Pour refuser à M. A le bénéfice de l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé sur les motifs que son comportement a été signalé par les services de police le 24 septembre 2023 pour détention de stupéfiants et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, dès lors qu'il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité ni ne justifie d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. D'autre part, l'arrêté prononçant une interdiction de retour vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énumère les différents critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard desquels le préfet a examiné la situation personnelle du requérant. Par suite, les arrêtés attaqués sont suffisamment motivés.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. M. A fait valoir dans ses écritures qu'il dispose de la majeure partie de ses attaches familiales en France car il est père de onze enfants résidant en France, son père réside également en France et ses trois frères sont des ressortissants français. Il soutient également que sa mère réside en Allemagne et qu'il n'a plus aucune attache au Brésil. Toutefois, il ne produit aucune pièce ni aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations, qui sont dépourvues de précisions. En outre, il a déclaré lors de son audition par les services de police résider en situation irrégulière en France depuis dix-huit mois, être célibataire et sans enfant à charge, ne pas avoir d'emploi et subvenir à ses besoins grâce à l'aide de gens dans la rue. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

6. Aucun des moyens invoqués par M. A à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français n'étant fondé, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision de refus d'un délai de départ volontaire, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

7. Aucun des moyens invoqués par M. A à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français n'étant fondé, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, aucun des moyens invoqués par M. A à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français n'étant fondé, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

9. En second lieu, pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour d'une durée de vingt-quatre mois, le préfet a examiné sa situation personnelle au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a relevé que M. A représente une menace pour l'ordre public, son comportement ayant été signalé par les services de police le 24 septembre 2023 pour détention de stupéfiants, qu'il allègue être entré en France en mars 2022 et se déclare célibataire et sans enfant. Dans ces conditions, alors que M. A n'établit pas l'existence de circonstances humanitaires de nature à justifier que ne soit pas prononcée l'interdiction de retour, le préfet n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation. Le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 16 octobre 2023.

La magistrate désignée,La greffière,

L. MARCUSA. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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