mercredi 4 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2322414 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2023, M. A D, représenté par la Selarl Koszczanski et Berdugo avocats associés, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 13 juillet 2023 du préfet de la Meuse prononçant son expulsion du territoire et la décision fixant le pays de renvoi, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie car sa fin d'écrou est prévue le 29 septembre 2023 et il a été informé qu'il serait renvoyé en Géorgie le même jour à 15h45 ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision d'expulsion en raison de son insuffisance de motivation, du défaut d'examen complet de sa situation, de la violation de l'article L. 631-1 du CESEDA et de l'erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public, de la violation de l'article 8 de la convention du sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation des articles L. 611-3 9° et L. 425-9 du CESEDA ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi en raison de la méconnaissance de son droit d'être entendu, de l'absence de procédure contradictoire, de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du CESEDA et de celle de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 septembre 2023 sous le n°2321255 par laquelle M. D demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. "
2. Il ressort des pièces du dossier que M. A D, de nationalité géorgienne, né le 14 octobre 1975, est également connu sous les alias F A, E B, Constantinovic E B ou encore Nikolaos Boutris. Il a été reconnu sous l'identité de A D par les autorités russes le 26 juin 2017 comme étant un ressortissant géorgien. Il a été condamné le 8 juin 2021 à une peine de trois ans d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Foix, assorti de cinq ans d'interdiction et de détention ou de port d'arme, peine qu'il a purgée au centre de détention de Montmédy. Le 5 mai 2023, la commission départementale de la Meuse a prononcé un avis favorable à son expulsion du territoire français et, par un arrêté du 13 juillet 2023, le préfet de la Meuse a prononcé son expulsion à destination de la Géorgie, ou de tout pays où il serait légalement admissible.
3. En premier lieu, compte tenu des termes mêmes de l'arrêté préfectoral attaqué, les moyens tirés de son insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux n'apparaissent pas de nature à faire naître un doute sérieux sur sa légalité.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du CESEDA : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. " Eu égard aux violences commises sur son ex-compagne, à l'origine de son incarcération et compte tenu des différents faits listés dans l'arrêté attaqué commis tantôt par M. A D, tantôt par M. B E, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public n'apparaît pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la mesure d'expulsion.
5. En troisième lieu, M. D est séparé de son ex-compagne, à l'encontre de laquelle il a commis des violences et de l'enfant qu'il a eu avec elle, dont il n'établit pas subvenir à l'entretien ou à l'éducation et il a lui-même déclaré ne plus avoir de lien avec eux, avoir un autre enfant vivant en Grèce avec la mère de celui-ci et avoir sa propre mère et ses frères aux Etats-Unis ou au Canada. Dès lors, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation n'apparaissent pas de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la mesure d'expulsion.
6. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 611-3 9° et L. 425-9 du CESEDA, qui ne concernent pas les mesures d'expulsion, ne sont pas susceptibles de faire naître un doute sérieux sur la légalité de la mesure d'expulsion.
7. En cinquième et dernier lieu, M. D a été entendu le 5 mai 2023 devant la commission d'expulsion et il a déclaré vouloir partir en Ukraine ou à Kaboul pour s'engager auprès de la Croix-Rouge. Les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu et du défaut de procédure contradictoire n'apparaissent ainsi pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision fixant le pays de destination. De même, en l'état de l'instruction, en l'absence de risque en cas de retour en Géorgie, les moyens tirés de la violation de l'article L. 721-4 du CESEDA et de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'apparaissent pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision fixant le pays de destination.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la demande de M. D est manifestement mal fondée et qu'il y a lieu, dans ces conditions, de faire application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative et de rejeter la requête, en toutes ses conclusions, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur la condition de l'urgence.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D et au préfet de la Meuse.
Fait à Paris, le 4 octobre 2023.
Le juge des référés,
A. C
La République mande et ordonne au préfet de police de la Meuse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.