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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2322435

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2322435

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2322435
TypeOrdonnance
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2023, Mme B C et M. A D, représentés par Me Aboukhater, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de les admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de leur proposer une solution d'hébergement pour eux-mêmes et leur enfant dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au bénéfice de leur conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à leur bénéfice en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'ils vivent dans un entrepôt avec leur fille très jeune qui a repris l'école alors qu'ils ont été reconnus prioritaires dans le cadre du droit au logement opposable et dans le dispositif " Accompagner et Reloger les Publics Prioritaires " (ARPP), et que l'absence de mise à l'abri entraîne des conséquences graves sur leur santé mentale et physique ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence du fait de la carence caractérisée de l'Etat dans l'accomplissement de sa mission de veille sociale dès lors que, depuis le 25 août 2023, ce dernier leur refuse un hébergement d'urgence, alors qu'ils n'ont pas d'autres solutions de logement, qu'ils appellent en vain le 115 presque tous les jours et qu'ils sont donc contraints de loger dans un entrepôt avec leur fille très jeune qui a repris l'école, leur situation d'extrême vulnérabilité justifiant que leur demande soit prise en considération.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'il n'est pas établi que les requérants ont saisi le tribunal d'une requête, sur le fondement des dispositions du paragraphe II de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, tendant à ce qu'il soit enjoint à l'Etat d'assurer leur logement ou leur hébergement ;

- à titre subsidiaire, il n'a pas commis d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors qu'aucune carence caractérisée des services de l'Etat n'est établie compte tenu de la situation de la famille, des moyens dont il dispose et de leur saturation et des mesures déjà prises à leur égard.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Delesalle en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;

- les observations de Me Aboukhater, avocate de Mme C et de M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que sa requête est recevable dès lors que le recours est sans lien avec le droit au logement opposable, et précise que les requérants bénéficient du revenu de solidarité active ;

- et les observations de Me Theobald, se substituant à Me Falala, avocat du préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, et précise que les requérant ne justifient d'aucune diligence pour l'exécution de la décision les reconnaissant prioritaires dans le cadre du droit au logement opposable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ".

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme C et M. D, au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation (). ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. ".

5. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

6. Il résulte de l'instruction Mme C, de nationalité bulgare, et M. D, de nationalité française, ainsi que leur enfant, né le 27 juillet 2019, ont été expulsés du foyer où ils vivaient le 30 juin 2023 en vertu d'une ordonnance de référé du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris et, après avoir bénéficié d'un hébergement d'urgence à compter du 21 juillet 2023, ils vivent de nouveau dans la rue depuis le 25 août 2023, dormant à la date de la présente ordonnance, dans un entrepôt. Ils justifient par ailleurs appeler, de manière régulière et répétée, le 115 depuis le mois d'août 2023 notamment. Toutefois, il résulte de l'instruction que malgré les efforts globaux de l'Etat pour accroître les capacités d'hébergement d'urgence à Paris et dans la région d'Ile-de-France, l'ensemble des besoins les plus urgents, en constante augmentation, ne peut être satisfait. Tel est notamment le cas pour les familles avec des enfants. Ainsi, il n'est pas contesté que, pour le seul territoire de Paris, au cours de la journée du 26 septembre 2023, 949 personnes ont vu leur demande d'hébergement rejetée dont 368 personnes en situation de famille avec enfants, dont 308 mineurs, représentant 199 familles différentes

7. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ne peut, compte tenu du cadre temporel dans lequel il se prononce, ordonner que des mesures utiles en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises. Il s'ensuit que, en l'état de l'instruction et eu égard à l'office du juge des référés rappelé au point 5, le refus du préfet de procurer un hébergement d'urgence à Mme C et M. D, et à leur enfant mineur âgé de 4 ans, qui disposent par ailleurs de moyens de subsistance dès lors qu'ils bénéficient du revenu de solidarité activité ainsi qu'il a été précisé lors de l'audience, ne révèle pas, compte-tenu de la présence de familles encore plus vulnérables dans un contexte de saturation des hébergements d'urgence et en dépit de la scolarisation de l'enfant, une situation justifiant que soit ordonné, au motif d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence ou à une autre liberté fondamentale, de prendre les mesures pour mettre à l'abri cette famille, alors même que, pour regrettable que soit cette circonstance, M. D, reconnu prioritaire depuis le 28 avril 2022 dans le cadre de la procédure distincte du droit au logement opposable et du dispositif ARPP de la Ville de Paris, ne s'est pas vu proposer à ce jour de solution à ces titres.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'injonction de la requête de Mme C et M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C et M. D sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridicitionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à M. A D, au ministre délégué auprès de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, et à Me Aboukhater.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 29 septembre 2023.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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