lundi 2 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2322437 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2023, M. E, représenté par Me Hug, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'enjoindre à la ville de Paris de procéder à son hébergement dans une structure adaptée à son âge et à son état psychique et de prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens dans un délai de 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, jusqu'à ce que l'autorité judiciaire ait définitivement statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil ;
3°) d'enjoindre à titre subsidiaire à la ville de Paris de procéder à une nouvelle évaluation de sa minorité ;
4°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat, ou à lui verser directement en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il se trouve dans une situation de grande précarité, sans ressources et hébergement, sans prise en charge et sans moyen de subsistance ; si le tribunal administratif de Paris a déjà rejeté par deux fois ses requêtes en référé liberté pour défaut d'urgence, il produit de nombreux éléments permettant de remettre en cause l'analyse de la ville de Paris qui estime que sa minorité n'est pas établie ;
-la décision de la ville de Paris refusant de le prendre en charge, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son intérêt supérieur en tant qu'enfant tel qu'il est garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle porte également atteinte à son droit à la vie et à la dignité tels que reconnus par l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à son droit à ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants tel que reconnu par l'article 3 de cette convention et à son droit à un recours effectif et suspensif tels que reconnus par les articles 6 et 13 de la même convention ;
- l'appréciation de la ville de Paris pour refuser d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide sociale à l'enfance est manifestement illégale car il a présenté l'original de ses documents d'identité et parce qu'il n'a mis fin seul à sa prise en charge en qualité de mineur en Italie, car la décision a été prise par deux autres mineurs guinéens qu'il a suivi et qui ont été accueillis chez leur frère ; l'analyse documentaire de la PAF du 31 juillet 2023 de son passeport, de son acte de naissance et de sa carte consulaire a conclu qu'ils présentaient toutes les caractéristiques de documents authentiques ; il produit une attestation de M. B justifiant l'avoir aidé dans ses démarches d'envoi de ses documents d'identité, et qui atteste de sa minorité.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2023, la ville de Paris, représentée par sa maire, conclut au non-lieu à statuer ;
Elle fait valoir qu'elle a pris contact avec le conseil du requérant pour organiser sa mise à l'abri immédiate dans l'attente de l'audience du juge des enfants prévue pour la fin du mois d'octobre 2023 et que l'intéressé a été mis à l'abri dès le 30 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Vidal pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Boudina, greffière d'audience, Mme Vidal a lu son rapport et entendu :
- Me Pluchet, substituant Me Hug et représentant M. E qui fait valoir que l'hébergement proposé par la ville de Paris n'est pas adapté à sa situation de vulnérabilité alors qu'il a été obligé de dormir 3 mois dans la rue.
- La ville de Paris n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant camerounais qui indique être né le 27 février 2007, s'est présenté le 3 juillet 2023 à l'accueil des mineurs non accompagnés de Paris (AMNA) afin de solliciter une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance. Par une décision du 11 juillet suivant, la maire de Paris a refusé de le prendre en charge et de pourvoir à ses besoins aux motifs que sa minorité n'était pas établie. M. E a saisi le
18 juillet 2023 le juge des enfants du tribunal judiciaire de Paris afin de solliciter une mesure de protection sur le fondement des articles 375 et suivants du code civil. Il a également saisi le juge des référés du présent tribunal, les 26 juillet, 2 août et 28 septembre 2023 en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, aux fins d'enjoindre à la ville de Paris de le prendre en charge dans un dispositif adapté jusqu'à l'audience du juge des enfants.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
5. Il résulte de l'instruction que postérieurement à l'introduction de la requête, la ville de Paris a pris contact avec le conseil du requérant pour organiser sa mise à l'abri immédiate dans l'attente de l'audience du juge des enfants pour la fin du mois d'octobre 2023 et que l'intéressé a été mis à l'abri dès le 30 septembre 2023.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête sont devenues sans objet et qu'il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les frais d'instance :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. D sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1997 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. E.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E, à Me Hug et à la ville de Paris.
Fait à Paris, le 2 octobre 2023.
La juge des référés,
S. Vidal
La République mande et ordonne à la ville de Paris, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2322437/9