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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2322911

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2322911

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2322911
TypeOrdonnance
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2023, Mme E et M. B, agisant en leur nom et celui de leur enfant mineur, représentés par Me Djemaoun, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à la Ville de Paris de les prendre en charge dans un hébergement d'urgence pérenne, adapté à l'état de santé de Mme E et de son enfant, sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à titre subsidiaire, de prononcer cette injonction à l'égard de l'Etat pour un hébergement conforme aux articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance ;

2°) de mettre à la charge de l'État ou la Ville de Paris une somme de 1 200 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est justifiée, dès lors que Mme E présente un état de santé précaire, qu'ils ont u enfant mineur âgé d'un mois, et que nonobstant leurs démarches ils n'ont obtenu qu'un hébergement pour la période du 1er au 8 septembre ; ils se trouveront à la rue à la sortie de Mme E de l'hôpital ;

- cette carence de la Ville de Paris et de l'Etat porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, en particulier, que la carence des services de l'Etat ne peut être caractérisée en l'absence de saisine préalable et récente du 115, les requérants ne justifient d'aucun appel au SIAO depuis le 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Migeon, greffier d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations Me Djemaoun, représentant des requérants, qui fait valoir que Mme E sortira de l'hôpital 9 octobre 2023.

- les observations de Me Falala, représentant le préfet de la région Ile-de-France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

2. D'une part, aux termes de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique () aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social ()". Aux termes de l'article L. 222-1 du même code : " () les prestations d'aide sociale à l'enfance mentionnées au présent chapitre sont accordées par décision du président du conseil départemental du département où la demande est présentée. ". Aux termes de l'article L. 222-5 de ce code s'agissant des personnes âgées de plus de vingt et un an : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile. () ". Enfin, il résulte de l'article L. 221-2 de ce code que le département doit notamment disposer de " possibilités d'accueil d'urgence " ainsi que de " structures d'accueil pour les femmes enceintes et les mères avec leurs enfants " et de son article L. 222-3 que les prestations d'aide sociale à l'enfance peuvent prendre la forme du versement d'aides financières.

4. En vertu des dispositions qui précèdent, dès lors que ne sont en cause ni des mineurs relevant d'une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance en application de l'article L. 222-5 du même code, ni des femmes enceintes ou des mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans mentionnées au 4° du même article, l'intervention du département ne revêt qu'un caractère supplétif, dans l'hypothèse où l'Etat n'aurait pas accompli les diligences qui lui reviennent, et ne saurait entraîner une quelconque obligation à la charge du département dans le cadre d'une procédure d'urgence qui a précisément pour objet de prescrire, à l'autorité principalement compétente, les diligences qui s'avéreraient nécessaires.

5. Les requérants, en tout état de cause, ne justifient pas de démarches effectuées auprès des services du département de Paris, en particulier auprès du service de l'aide sociale à l'enfance. Les éléments produits ne font état que de demandes de prise en charge auprès du service intégré de l'accueil et de l'orientation (SIAO) de Paris. Ils ne sont donc pas fondés à invoquer une carence du département de Paris à raison d'un défaut de prise en charge. Par ailleurs, la requête a été présentée au nom de Mme E et de M. B qui forment une cellule familiale dont la prise en charge relève prioritairement de la compétence des services de l'Etat.

6. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées au point 2, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

7. Il résulte de l'instruction que Mme E et M. B se trouvent sans abri et obligés de dormir dans la rue, malgré des demandes de prise en charge faite auprès du service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) depuis de nombreux mois. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'ils ont cessé de faire appel au SIAO depuis le 1er septembre dernier. Alors même que les requérants, qui comptent désormais à leur foyer un enfant nourrisson, né le 4 septembre 2023, doivent être regardés comme se trouvant en situation de détresse sociale au sens des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, compte tenu de la cessation de leur démarchés depuis plus d'un mois, et nonobstant l'accouchement le 4 septembre de M. E, il ne sont pas davantage fondés à invoquer une carence de l'Etat du fait d'un défaut de prise en charge en vue de leur hébergement.

8. Eu égard à la situation particulière des requérants, et alors qu'il ressort des mentions d'une attestation d'une travailleuse sociale de l'hôpital dans lequel Mme E a accouché et a reçu des soins, que la sortie de l'hôpital est envisagée le 9 octobre prochain, il appartient à

M. B de reprendre toutes démarches afin d'obtenir une prise en charge en vue de l'obtention d'un hébergement d'urgence.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E et de M. B ne peut qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme E et de M. B est rejetée

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A E, à M. D B, au préfet de la région Ile-de France, préfet de Paris, à la présidente du conseil de Paris siégeant en formation de conseil départemental.

Fait à Paris, le 6 octobre 2023.

Le juge des référés,

J.-F. C

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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