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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2323165

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2323165

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2323165
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantPERDEREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2311812 en date du 6 octobre 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B A.

Par cette requête, complétée par un mémoire enregistré le 18 octobre 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an avec signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine Saint Denis de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- Cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son entrée régulière sur le territoire national.

Sur la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- Elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur de la décision fixant le pays de destination :

- Elle est illégale en raison du titre de séjour italien dont est bénéficiaire le requérant.

Sur de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- Elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Feghouli,

- et les observations de Me Perdereau, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 20 janvier 1984, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " entrepreneur/ profession libérale " s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 ; / (). ".

3. En l'espèce, si M. A soutient qu'il est titulaire d'une carte de séjour de longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes, force est de constater, d'une part, qu'il n'en a pas fait mention lors de son audition administrative par les services préfectoraux, et qu'en tout état de cause, il n'allègue ni même établit à ce jour avoir présenté de demande de titre de séjour dans le délai de trois mois à compter de son entrée en France. Par suite, le moyen afférent doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

5. M. A se prévaut de la présence en France de son enfant scolarisé, à l'entretien et à l'éducation duquel il soutient participer. Toutefois, en se bornant à produire quelques extraits de virements bancaires, au demeurant seulement entre 2021 et 2023 alors même son fils est aujourd'hui âgé de 11 ans, le requérant n'établit pas contribuer régulièrement et effectivement à son entretien et son éducation. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un départ volontaire :

6. En premier lieu, il résulte tout d'abord de ce qui a été dit aux points précédents, que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ".

8. Il est constant, d'une part, que M. A s'est maintenu sur le territoire français sans faire de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative. Dans ces circonstances, le préfet de la Seine-Saint-Denis ne saurait être regardé comme ayant méconnu les dispositions précitées en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu en l'absence d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

10.En deuxième lieu, la mention " hors espace Schengen " indiquée à l'article 2 de la décision attaquée est, en tout état de cause, sans incidence sur sa légalité dès lors que le préfet mentionne au même article que le requérant pourra être éloigné " à destination de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible ". Le moyen afférent doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

12.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

13.Comme il a été dit précédemment, M. A ne peut se prévaloir d'attaches, qu'elles soient personnelles ou familiales, sur le territoire français. Le préfet n'a donc pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, et n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses concluions.

D É C I D E:

Article 1 : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

Le magistrat,

M. FEGHOULILa greffière,

C. DARTHOUTLe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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