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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2323168

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2323168

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2323168
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET CESAM AVOCATS (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 9 et 16 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Cloris, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 31 août 2023 par laquelle le préfet de police a retiré son certificat de résidence algérien, valable du 3 octobre 2015 au 2 octobre 2025, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour permettant son retour en France, dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard après un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que celle-ci est présumée s'agissant d'un retrait de titre de séjour ; l'urgence est de surcroît étable en l'espèce dans la mesure où sa compagne, ses deux enfants de nationalité française et sa sœur en situation régulière vivent en France, qu'il travaille depuis 2014 en tant que chauffeur-livreur et qu'il souffre de leur absence ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, dès lors qu'aucun arrêté n'a été édicté avant l'annulation de la mesure d'éloignement du 27 avril 2023, en méconnaissance des articles L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que la commission du titre de séjour devait être obligatoirement consultée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, dès lors que le retrait de sa carte de résident était fondé sur l'arrêté du 27 avril 2023 portant obligation de quitter le territoire français, et qu'un tel retrait était illégal en raison du caractère suspensif du recours exercé à l'encontre de cet arrêté portant obligation de quitter le territoire, en méconnaissance des dispositions des articles L. 432-4 à L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect à la vie privée et familiale, dès lors qu'il est entré sur le territoire français en 1996, qu'il était titulaire d'un certificat de résidence algérien valable dix ans, qu'il travaille depuis 2014 en tant que chauffeur-livreur et qu'il vit à Paris avec son épouse en situation régulière, ses deux enfants français et dont il contribue effectivement à l'entretien et l'éducation et enfin que sa sœur réside également en France, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête a été présentée devant un tribunal territorialement incompétent dès lors que la décision de retrait de sa carte de résident dont se prévaut le requérant ne peut être regardée comme une décision prise par les services du préfet de police de Paris dans la mesure où le requérant a fait l'objet d'un refus d'entrer en France par les services de la police aux frontières et que le titre de séjour n'a pas été retourné, comme demandé, aux services de la préfecture de police, qui n'en est dès lors pas détentrice ;

- l'OQTF prise à l'encontre de M. B l'a été à la suite du dépôt par le requérant d'une demande de duplicata de cette carte de résident, alors qu'il soutenait qu'il l'avait perdue et qu'il en produit une copie à l'appui de sa requête ;

- alors que le requérant prétend avoir été reconduit en Algérie après son interpellation à l'aéroport, il a été destinataire, le 27 septembre 2023, d'une convocation envoyée sous pli recommandé avec accusé de réception l'invitant à se présenter à la préfecture de police le 25 octobre 2023 en vue du réexamen de son dossier et la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la requête enregistrée le 9 octobre 2023 sous le numéro 2323170 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Laloye, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 octobre 2023, tenue en présence de Mme Nguyen, greffière d'audience, M. Laloye a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Cloris, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et ajoute qu'en l'absence de la présence de M. B sur le territoire, sa famille vit dans une situation d'extrême précarité, et qu'il se trouve toujours en Algérie malgré la convocation de la préfecture de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 23 février 1970 à Sétif (Algérie), entré en France en 1996 selon ses déclarations, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement par un arrêté du 27 avril 2023 du préfet de police, annulé par un jugement du 21 septembre 2023 du tribunal administratif de Paris. M. B s'est vu refuser le 31 août 2023 l'entrée sur le territoire français par une décision en date du même jour prise par la police de l'air et des frontières à l'aéroport d'Orly, et retiré son certificat de résidence dont il était titulaire, valable jusqu'au 2 octobre 2025, sur une demande en date du 31 août 2023 de la préfecture de police au motif que M. B faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 31 août 2023 par laquelle les services de la préfecture de police lui ont retiré son certificat de résidence algérien jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 312-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions ".

3. Il ressort de l'instruction que par messagerie électronique en date du 31 août 2023, le préfet de police a sollicité la police de l'air et des frontières afin que soit écartée la carte de résident de M. B et que cette carte soit transmise à la préfecture de police. Ce message électronique, qui révèle une décision de retrait de la carte de résident de M. B par le préfet de police, constitue une mesure de police au regard des dispositions citées ci-dessus, alors qu'il ressort de l'instruction que M. B réside 19 rue Fauvet à Paris dans le 18ème arrondissement. Il en résulte, en vertu de ces mêmes dispositions, que l'exception d'incompétence territoriale du tribunal administratif saisi, soulevée en défense, doit être écartée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.

6. En l'espèce, le préfet de police ne fait valoir aucune circonstance particulière qui serait de nature à faire échec à cette présomption. Par suite, la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. Par un courriel du 31 août 2023, les services de la préfecture de police ont demandé à la police aux frontières de procéder à l'écart du certificat de résidence algérien, valable du 3 octobre 2015 au 2 octobre 2025, dont M. B était titulaire, au motif que l'intéressé faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 27 avril 2023. Si le préfet fait valoir en défense que le retrait a été effectué par la police aux frontières, il ressort notamment de ce courriel en date du 31 août 2023, que le retrait de la carte de résidence algérien de M. B a été effectué sur demande de la préfecture de police. Il résulte de l'instruction, que le 31 août 2023, date de la décision de retrait de la carte de résidence algérien du requérant, la mesure d'éloignement dont a fait l'objet M. B était suspendue en raison du recours formé par l'intéressé, devant le tribunal administratif de Paris le 5 mai 2023 et annulé par le jugement du 21 septembre 2023 du même tribunal. Par suite, les moyens tirés du défaut de base légale et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 31 août 2023 par laquelle les services de la préfecture de police ont retiré le certificat de résidence algérien valable dix ans de M. B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

10. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la situation de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présence ordonnance, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour permettant son retour en France. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 31 août 2023, par laquelle le préfet de police a retiré le certificat de résidence algérien dont M. B était titulaire jusqu'au 2 octobre 2025, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour permettant son retour en France.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera notifiée au préfet de police.

Fait à Paris, le 17 octobre 2023.

Le juge des référés,

P. Laloye

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2323168/6-

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