mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2323209 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET GARCIA AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Garcia, demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de renoncer sans délai à toute mesure d'éloignement, de mettre un terme à la mesure de maintien en rétention dont il fait l'objet, d'ordonner sa remise en liberté et de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête en référé est recevable, dès lors qu'il est actuellement maintenu en rétention administrative en vue de son éloignement du territoire national, alors que depuis l'arrêté de placement en rétention du 3 septembre 2023, il est devenu père d'un enfant français, ce qui constitue une circonstance de droit et de fait nouvelle, et que l'exécution de la mesure d'éloignement présente un caractère disproportionné au regard de la liberté fondamentale que constitue le droit de vivre en famille ;
- la condition tenant à l'urgence est remplie, dès lors qu'il est placé en centre de rétention administrative depuis le 3 septembre 2023 et que toute restriction apportée à la liberté d'aller et venir relève de l'urgence ;
- une atteinte grave et manifestement illégale est portée à sa liberté d'aller et venir, à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant ;
- toute mesure d'éloignement méconnaîtrait son droit au respect de la vie familiale, tel qu'il est énoncé à l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dans la mesure où il est le père d'un enfant qui est citoyen de l'Union européenne, qu'il justifie subvenir aux besoins quotidiens de ce dernier et qu'il existe une relation de dépendance effective entre eux.
Des pièces, enregistrées le 11 octobre 2023, ont été produites par le préfet de police de Paris.
Des pièces, enregistrées les 11 et 12 octobre 2023, ont été produites pour M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 12 octobre 2023, à laquelle le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté, audience tenue en présence de Mme Migeon, greffière d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport et entendu les observations de Me Garcia, représentant M. A, lequel a repris à la barre les moyens invoqués dans la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 3 septembre 2023, le préfet de police de Paris a, après avoir relevé que M. A, ressortissant marocain né le 21 août 1998, a fait l'objet le 27 octobre 2020 d'un jugement de la 16ème chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Nanterre prononçant, à titre complémentaire, son interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans, qu'il représente une menace pour l'ordre public, qu'il est défavorablement connu des services de police, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, fixé le pays le pays à destination duquel il sera reconduit et prononcé son placement en rétention administrative. Le requérant demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et d'enjoindre au préfet de police de Paris de renoncer sans délai à toute mesure d'éloignement, de mettre un terme à la mesure de maintien en rétention dont il fait l'objet, d'ordonner sa remise en liberté et de réexaminer sa situation.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ". Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 722-6 du même code : " La peine d'interdiction du territoire français prononcée à l'encontre d'un étranger coupable d'un crime ou d'un délit en application des articles 131-30 à 131-30-2 du code pénal est exécutoire dans les conditions prévues aux deuxième à quatrième alinéas de l'article 131-30 du même code. ". Aux termes de l'article L. 741-2 du même code : " () Prononcée à titre de peine complémentaire, l'interdiction du territoire peut donner lieu au placement en rétention de l'étranger, le cas échéant à l'expiration de sa peine d'emprisonnement, en application de l'article L. 741-1. ".
4. Il résulte des dispositions précitées que tant que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée ou d'un pays où ce dernier serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Sous cette seule réserve, les dispositions précitées de l'article 131-30 du code pénal font obstacle à ce que le juge des référés du tribunal administratif suspende l'exécution d'une mesure procédant à la seule mise à exécution d'une peine d'interdiction du territoire.
5. Il résulte de l'instruction que par un jugement du 27 octobre 2020, le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné M. A à une peine d'emprisonnement délictuel de six mois et prononcé à son encontre, à titre de peine complémentaire, une interdiction de territoire français pour une durée de cinq ans. Par un arrêté du 3 septembre 2023, le préfet de police de Paris a, en vue de l'exécution de cette peine complémentaire, fixé le pays le pays à destination duquel M. A sera reconduit et prononcé son placement en rétention administrative. Dans le cadre de la présente instance, M. A conteste devant la juge des référés la décision par laquelle le préfet de police a procédé à l'exécution de la mesure d'interdiction du territoire français, laquelle a le caractère d'une peine complémentaire, dont le relèvement, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, peut être sollicité auprès de la juridiction de l'ordre judiciaire ayant prononcé cette peine, sans que ni l'administration ni le juge administratif puissent la priver d'effet. Ainsi, aussi longtemps que M. A n'aura pas bénéficié d'une mesure de relèvement de la peine d'interdiction du territoire français prononcée à son encontre, il n'appartient pas à la juge des référés du tribunal administratif de Paris de suspendre l'exécution d'une mesure procédant à la seule mise à exécution de cette peine d'interdiction du territoire. Si le requérant soutient que la mise à exécution de son éloignement porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant, dès lors qu'il est père d'un enfant français, né le 29 septembre 2023 postérieurement à son placement en rétention, et que sa compagne, de nationalité française, a un enfant issu d'une précédente union à l'entretien et à l'éducation duquel il participe également, l'atteinte aux droits invoqués découle, à la supposer établie, non de la décision administrative qui met à exécution son éloignement vers son pays d'origine, mais du prononcé, par le juge pénal, de la peine d'interdiction du territoire, qui fait obstacle à sa libre circulation sur le territoire français et lui interdit d'y revenir.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le juge des libertés et de la détention, dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. () ".
7. Il résulte de ces dispositions que le juge des libertés et de la détention est seul compétent pour mettre fin à la rétention à la demande de l'étranger. Il s'ensuit que la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître des conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit mis fin à la mesure de rétention dont il fait l'objet.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 17 octobre 2023.
La juge des référés,
S. Marzoug
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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