mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2323220 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | DE MARGERIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 9 octobre 2023, le 28 novembre 2023 et le 23 décembre 2023, SNCF Réseau, représentée par le cabinet Adden avocats, demande au juge des référés d'ordonner une expertise afin de décrire l'état du mur de clôture de l'ancienne ligne ferroviaire dite " la petite ceinture " qui entoure Paris, au niveau de la rue des Tulipes dans le 18ème arrondissement, et la situation des propriétés riveraines, ainsi que donner son avis sur l'origine des désordres présentés par le mur, afin d'obtenir des données permettant d'élaborer une solution pour résoudre les désordres.
Elle demande que l'expertise soit conduite en présence de :
- Mme S M et M. P M en leur qualité de propriétaires/indivisaires du 9, villa des Tulipes (parcelle n° AY39),
- M. H N en sa qualité de propriétaire du 11, villa des Tulipes (parcelle n° AY40), de Mme A D et M. I Y D en leur qualité de propriétaires/indivisaires du 13, villa des Tulipes (parcelle n° AY41),
- Mme B G en sa qualité de propriétaire/indivisaire du 15, villa des Tulipes (parcelle n° AY42),
- M. Z G en sa qualité de propriétaire/indivisaire du 15, villa des Tulipes (parcelle n° AY42),
- Mme R C en sa qualité de de propriétaire du 17, villa des Tulipes (parcelle n° AY43),
- Mme Q L en sa qualité de de propriétaire du 19, villa des Tulipes (parcelle n° AY44),
- le syndicat des copropriétaires du 21 villa des Tulipes représenté par la gérante Mme T X, et propriétaire du 21, villa des Tulipes (parcelle n° AY45),
- M. V U en sa qualité de propriétaire usufruitier du 21 bis, villa des Tulipes (parcelle n° AY46),
- M. W U en sa qualité de nu-propriétaire du 21 bis, villa des Tulipes (parcelle n° AY46),
- Mme F K en sa qualité de propriétaire du 23, villa des Tulipes (parcelle n° AY47),
- le syndicat des copropriétaires du 25 villa des Tulipes, représenté par son syndic le Cabinet Villeneuve, en sa qualité de propriétaire du 25, villa des Tulipes (parcelle n° AY48)
Elle soutient que :
- le mur de clôture, initialement conçu et construit pour matérialiser la séparation physique entre le domaine public ferroviaire et la propriété privée des riverains, semble subir aujourd'hui une charge anormalement élevée, ce qui provoque des désordres et génère un risque pour la solidité de l'ouvrage ;
- l'expertise est utile dans la perspective d'une éventuelle action au fond ;
- son action est recevable en qualité de chargée de la maintenance des infrastructures ferroviaires ;
- la question de la délimitation du domaine public ferroviaire soulevée par M. W U ne relève pas de l'expertise qui ne porte que sur l'origine et les causes des désordres subis par le mur ;
- la mesure d'expertise définie dans son périmètre est utile dès lors qu'elle comprend la zone où les désordres ont été signalés par les riverains et les deux propriétés avoisinantes ; la servitude de tour d'échelle ne servant que pour effectuer des travaux nécessaires à la conservation d'un bâtiment n'est pas approprié ; la cour administrative d'appel a jugé que la servitude de recul ferroviaire a été méconnue par les propriétaires du 13, villa des Tulipes (parcelle n° AY41) et que c'est du fait de cette seule illégalité que les désordres sont apparus ; les modifications de la mission de l'expert sollicités par M. H N et autres ne sont pas pertinentes dès lors qu'elle assure déjà des missions de surveillance de ce mur et qu'elle est en mesure de déterminer les travaux à réaliser en fonction de l'origine des désordres, et les calculs de charges seront réalisés par l'expert dans le cadre de la mission d'expertise.
Par des mémoires, enregistrés le 31 octobre 2023, le 30 décembre 2023 et le 3 janvier 2024, M. W U, en sa qualité de nu-propriétaire du 21 bis, villa des Tulipes, demande, à titre principal, à SNCF Réseau de parfaire sa demande et de justifier de l'accomplissement des démarches relatives à la fixation amiable des limites du domaine public ferroviaires. A titre subsidiaire, il demande que SNCF Réseau vérifie et complète la liste des destinataires intéressés, que la Ville de Paris et l'association " les jardins du Ruisseau " soient appelées à la cause, qu'il soit enjoint à SNCF Réseau et l'Etat de fournir toutes les conventions rattachées à l'usage de l'emprise, de transmettre toutes les preuves de l'entretien du mur et fournir une explication sur les modifications structurelles apportées, et de contraindre l'État et la Ville de Paris d'engager, dans un délai de deux mois, un dialogue continu portant sur l'entretien du mur séparatif et sur la protection des riverains, sous astreinte de 15 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- la requête est insuffisamment motivée ;
- la requête est incomplète ;
- d'autres constructions situées en dehors du périmètre de la villa des Tulipes sont adossées au mur de clôture et les propriétaires non attraits à l'expertise doivent être appelés à la cause.
Par un mémoire, enregistré le 3 novembre 2023, Mme Q L demande sa mise hors de cause.
Elle soutient que son habitation située 19, villa des Tulipes, n'est pas concernée par le litige.
Par deux mémoires, enregistrés le 17 novembre 2023 et le 11 décembre 2023, M. H N, Mme F K, M. I D et Mme A D, Mme B J et M. Z G, représentés par le cabinet d'avocats Pergame, concluent à titre principal au rejet de la requête et demandent, à titre subsidiaire, de compléter la mission de l'expert selon les termes de leur mémoire.
Ils soutiennent que :
- seuls les 11, et 23, villa des Tulipes sont concernés par la prise de mesures de sécurité sur le mur séparant l'emprise du domaine public ferroviaire et leurs parcelles, et au surplus une expertise est inutile dès lors que SNCF Réseau peut se prévaloir d'une servitude de tour d'échelle pour vérifier le mur, et que l'utilité de la demande d'accès aux parcelles comprises entre le 9 et le 25 villa des Tulipes n'est pas démontrée ;
- une expertise judiciaire a déjà eu lieu en 2010-2011 et un jugement au fond a conclu à la responsabilité de SNCF Réseau, confirmé en appel en ce qui concerne la cause des désordres sur le mur ;
- SNCF Réseau ne démontre pas l'utilité d'une expertise portant sur les numéros 9 à 25 de la villa des Tulipes, ne peut s'opposer à ce que l'expert donne son avis sur l'évolution des désordres en l'absence d'intervention et le coût des travaux permettant de stabiliser le mur dès lors qu'elle ignore l'origine des désordres, et doit expliquer l'intérêt de remplacer le mur litigieux par une clôture.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut, notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission".
2. SNCF Réseau fait valoir que la ligne ferroviaire dite " la petite ceinture " entourant Paris, qui n'a pas été déclassée, appartient toujours au domaine public ferroviaire et qu'au niveau de la portion de la villa des Tulipes, dans le 18ème arrondissement, la petite ceinture est constituée des voies ferrées, des quais de l'ancienne station d'Ornano où l'association locale " les jardins du ruisseau " a mis en place une activité de jardinage, d'un mur de soutènement partant du talus et d'un mur de clôture qui marque la séparation avec les propriétés riveraines, sur lequel différents désordres ont été constatés. Elle soutient que les propriétaires successifs auraient procédé à des aménagements sur leurs terrains, en méconnaissance des servitudes instituées par la loi du 15 juillet 1845 sur la police des chemins de fer et qu'en conséquence, le mur de clôture, initialement conçu pour matérialiser la séparation physique entre le domaine public ferroviaire et la propriété privée des riverains, semble subir aujourd'hui une charge anormalement élevée, ce qui provoque des désordres et génère un risque pour la solidité de l'ouvrage. Elle demande au juge des référés de désigner un expert judiciaire afin de décrire la situation, donner son avis sur l'origine des désordres subis par le mur de séparation, de fournir tous éléments techniques ou de fait de nature à permettre à la juridiction du fond éventuellement saisie, de se prononcer sur les responsabilités encourues et les préjudices matériels subis.
3. Les constatations demandées entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.
4. Si M. U remet en cause les limites du domaine public ferroviaire telles qu'elles ont été retenues par SNCF réseau, ces limites, qui n'ont pas à faire l'objet d'une fixation amiable, peuvent faire l'objet de conventions d'occupations qu'il appartiendra à l'expert de demander aux parties s'il l'estime utile à ses investigations. L'expert pourra de même demander toutes les preuves de l'entretien de l'ouvrage et se prononcer sur les travaux nécessaires et fournir un avis, en cas de remplacement de la structure existante, sur les matériaux à envisager à l'avenir pour assurer la pérennité du mur. Il n'entre en revanche pas dans la mission de l'expert, ni le champ du juge des référés saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'attraire à la cause d'autres parties dont l'utilité à ce stade n'est pas démontrée, ni de se prononcer sur la reprise d'un dialogue avec la Ville de Paris, ni de fournir une étude sur le caractère sécuritaire de la nouvelle structure envisagée.
5. Si une expertise judiciaire a déjà été réalisée en 2010-2011, il apparaît utile, compte tenu des désordres signalés sur les constructions réalisées par les riverains et le mur de clôture appartenant à SNCF réseau, qu'une expertise, au surplus plus de dix ans après la première expertise, soit réalisée sur l'ensemble du périmètre concerné par le mur de clôture, y compris les numéros 9 à 25 de la villa des Tulipes, afin d'en constater l'état pour permettre de garantir la solidité de l'ouvrage. Il apparaît également utile, ainsi que le demandent M. N et autres, que l'expert donne son avis sur les travaux à réaliser pour remédier aux désordres dès lors que la stabilité des biens alentours peut en dépendre.
6. Eu égard à tout ce qui précède, il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise de SNCF réseau et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.
O R D O N N E :
Article 1er : M. O E (bâtiment - travaux publique), domicilié 73, avenue des Pages à Le Vesinet (78110) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de la société SNCF Réseau, Mme S M et M. P M en leur qualité de propriétaires/indivisaires du 9, villa des Tulipes (parcelle n° AY39), M. H N en sa qualité de propriétaire du 11, villa des Tulipes (parcelle n° AY40), Mme A D et M. I Y D en leur qualité de propriétaires/indivisaires du 13, villa des Tulipes (parcelle n° AY41), Mme B G en sa qualité de propriétaire/indivisaire du 15, villa des Tulipes (parcelle n° AY42), M. Z G en sa qualité de propriétaire/indivisaire du 15, villa des Tulipes (parcelle n° AY42), Mme R C en sa qualité de de propriétaire du 17, villa des Tulipes (parcelle n° AY43), Mme Q L en sa qualité de de propriétaire du 19, villa des Tulipes (parcelle n° AY44), le syndicat des copropriétaires du 21 villa des Tulipes représenté par sa gérante Mme T X, en sa qualité de propriétaire du 21, villa des Tulipes (parcelle n° AY45), M. V U en sa qualité de propriétaire usufruitier du 21 bis, villa des Tulipes (parcelle n° AY46), M. W U en sa qualité de nu-propriétaire du 21 bis, villa des Tulipes (parcelle n° AY46), Mme F K en sa qualité de propriétaire du 23, villa des Tulipes (parcelle n° AY47), le syndicat des copropriétaires du 25 villa des Tulipes, représenté par son syndic le Cabinet Villeneuve, en sa qualité de propriétaire du 25, villa des Tulipes (parcelle n° AY48), de :
1') prendre connaissance du dossier, des rapports réalisés, se faire communiquer tous documents et pièces nécessaires à l'accomplissement de sa mission, convoquer les parties et se rendre sur place villa des Tulipes dans le 18eme arrondissement ;
2') visiter le mur de clôture de part et d'autre du domaine public ferroviaire et des propriétés privées pour en dresser un état descriptif et qualitatif ; constater notamment si le mur supporte des constructions privatives, si le terrain a été rechargé par des matériaux au droit du mur de séparation du domaine ferroviaire et du fond privé ;
3°) donner son avis sur l'origine des désordres subis par le mur de séparation ;
4°) donner son avis sur les solutions et travaux appropriés pour y remédier sans déstabiliser les parcelles privées ;
5°) d'une manière générale, fournir tous les éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction compétente de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les divers chefs de préjudice ;
6°) s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires, entendre les observations de tous les intéressés et annexer à son rapport tous documents utiles.
Article 2 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 3 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : L'expert, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourra tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal, au plus tard le 30 septembre 2024, par le biais de la plateforme prévue à cet effet, accompagné de l'état de leurs vacations, frais et débours.
Article 6 : L'expert notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 8 de la présente ordonnance, dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à la société SNCF Réseau, à Mme S M et M. P M, à M. H N, à Mme A D et M. I Y D, à Mme B G, à M. Z G, à Mme R C, à Mme Q L, au syndicat des copropriétaires du 21 villa des Tulipes, à M. V U, à M. W U, à Mme F K, au syndicat des copropriétaires du 25 villa des Tulipes et à M. O E, expert.
Copie sera adressée à la Ville de Paris.
Fait à Paris, le 14 mai 2024.
La juge des référés,
M. Dhiver
La République mande et ordonne au ministre des transports en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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