vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2323246 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET MEYER, VERVA, DUPONT, LEZAN, GUERIN (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 18 octobre 2023, la société MC2 Technologies, représentée par Me Lezan, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler la procédure de passation de l'accord-cadre relatif à l'acquisition de systèmes de brouillage et ses prestations associées, engagée par le ministre de l'intérieur au titre des lots n°1 " brouillage dans le cadre de la lutte contre EEI radiocommandés ", n°2 " brouillage dans le cadre de la lutte anti-drones " et n°3 " brouillage visant à interdire les communications dans un périmètre " ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reprendre la procédure de passation ab initio ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de suspendre la procédure dans l'attente de la production d'un détail et d'une hiérarchisation des sous-critères lui permettant de candidater sur ces nouvelles bases ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le ministère de l'intérieur a manqué à son obligation de publicité et de mise en concurrence dès lors qu'il n'a pas communiqué les motifs du rejet de son offre ni répondu à sa demande d'informations sur les caractéristiques des offres retenues pour les lots n°1, n°2 et n°3 ;
- le ministre n'a pas indiqué la pondération ou la hiérarchisation des sous-critères qualitatifs énoncés dans le règlement de la consultation, ce qui l'a empêché de formuler une offre adéquate.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le ministère de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à l'annulation de la procédure de l'accord-cadre en litige sont irrecevables dès lors qu'il s'agit d'un marché de défense et de sécurité et qu'il n'entre pas dans l'office du juge de l'annuler mais seulement de prononcer, le cas échéant, les mesures d'injonction et d'astreinte prévues à l'article L. 551-6 du code de justice administrative ;
- les moyens invoqués par la société MC2 Technologies ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Seulin, présidente de la 4ème section, en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Thomas, greffière d'audience, Mme Seulin a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Lezan, représentant de la société MC2 Technologies, qui confirme ses écrits et indique que les caractéristiques des offres retenues ne lui ont toujours pas été communiquées par le ministère de l'intérieur, que ce dernier a apprécié de manière erroné son chiffre d'affaires et qu'il n'a pas tenu compte, dans le cadre de l'analyse de sa candidature, de sa référence liée au marché qu'elle a remporté dans le cadre des Jeux Olympiques de Tokyo en 2021 pour des prestations identiques ;
- les observations de Mme Pottier, représentante du ministère de l'intérieur, qui confirme ses écrits en rappelant qu'il s'agit d'un appel d'offre restreint avec une pré-sélection des candidatures, que le règlement de la consultation du marché en litige ainsi que ses annexes précisaient pour chaque critère de sélection des candidatures ce qui était attendu des candidats et que ledit règlement indiquait les pondérations, que la société MC2 n'a pas respecté les exigences fixées dans le règlement de la consultation dès lors qu'elle n'a pas présenté ses bilans financiers, qu'elle n'a présenté que deux cas d'usage sur les quatre demandés au titre des références et que le marché conclu au Japon n'a pas fait l'objet d'une fiche aux fins de valoriser ses références et son expérience dans le cadre de sa candidature.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le ministre de l'intérieur a lancé un accord cadre relatif à l'acquisition de systèmes de brouillage et ses prestations associées, décomposé en un lot n°1 " brouillage dans le cadre de la lutte contre EEI radiocommandés ", n°2 " brouillage dans le cadre de la lutte anti-drones " et n°3 " brouillage visant à interdire les communications dans un périmètre ", qui prévoit une phase de sélection des candidats autorisés à négocier une offre. Quatre critères, la capacité financière, la capacité technique, les moyens humains et les références et expériences, ont servi à départager les candidatures pour les trois lots susmentionnés. Par un courrier du 11 août 2023, la société MC2 Technologies a été informée du rejet de sa candidature pour les lots n°1, n°2 et n°3 au motif qu'elle était classée en 5ème position pour les lots n°1 et n°2 et en 6ème position pour le lot n°3. Par la présente requête, la société MC2 Technologies demande au juge des référés, d'une part, d'annuler la procédure de passation de l'accord-cadre relatif à l'acquisition de systèmes de brouillage et ses prestations associées au titre des lots n°1, n°2 et n°3 et de lui enjoindre de reprendre la procédure dans son intégralité et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministère de l'intérieur de suspendre la procédure dans l'attente de la production d'un détail et d'une hiérarchisation des sous-critères lui permettant de candidater sur ces nouvelles bases.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation () ". Aux termes du I de l'article L. 551-2 du même code : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations ".
3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés, de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de manière indirecte en avantageant une entreprise concurrente.
4. Il résulte du II de l'article L. 551-2 du code de justice administrative que le juge des référés précontractuels n'a pas de pouvoir d'annulation en matière de marché de défense, comme celui en cause. Dès lors les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées comme irrecevables.
5. S'agissant des conclusions à fin de suspension présentées à titre subsidiaire, aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaires concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Aux termes de l'article R. 2181-3 du même code : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; / 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ".
6. Les lettres du ministre de l'intérieur du 11 août 2023 informent la société MC2 Technologies du rejet de ses candidatures pour les lots n°1, n°2 et n°3 en lui indiquant le nombre de points qu'elle a obtenus à chacun des sous-critères, le total, son rang ainsi que les principaux points faibles de ses candidatures. De telles informations sont suffisantes au stade de la pré-sélection des candidatures. Le marché en litige n'étant pas encore attribué, le ministre de l'intérieur n'avait pas à communiquer à la société requérante les caractéristiques des offres retenues. Dès lors, les obligations de publicité et de mise en concurrence n'ont pas été méconnues et le moyen sera donc écarté.
7. Ensuite, il résulte de l'instruction que le règlement de la consultation indique les critères de sélection des candidatures ainsi que les documents au vu desquels ces critères seront appliqués. Le point IV.1.1 de ce règlement indique que les candidatures seront appréciées au regard des informations demandées au formulaire DC2 comportant les renseignements et documents aux fins de vérification de l'aptitude à exercer l'activité professionnelle, la capacité économique et financière et les capacités techniques et professionnelles du soumissionnaire. De plus, dans son article V.2, ce règlement fixe les exigences minimales à satisfaire et, dans son article V.3.1.1, les critères de sélection des candidatures et leur pondération respective. Le règlement de la consultation comporte aussi, pour chaque lot, une annexe VI intitulée " cadre de réponse de candidature " précisant pour chaque critère et items associés ce qui est précisément attendu des candidats en termes de présentation et de contenu, pour permettre l'évaluation de leurs capacités au regard du critère pondéré. Il résulte également de l'instruction que la société MC2 Technologies n'a pas respecté les exigences fixées dans le règlement de la consultation car elle n'a pas présenté ses bilans financiers, elle n'a présenté que deux cas d'usage sur les quatre demandés au titre des références et que le marché conclu au Japon n'a pas fait l'objet d'une fiche aux fins de valoriser ses références et son expérience. Par suite, le ministre de l'intérieur n'a pas méconnu ses obligations de publicité et de mise en concurrence et le moyen sera donc écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société MC2 Technologies doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du ministre de l'intérieur, qui n'est pas la partie perdante dans la présente affaire, le versement à la société MC2 Technologies d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société MC2 Technologies est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société MC2 Technologies et au ministre de l'intérieur.
Fait à Paris, le 20 octobre 2023.
Le juge des référés,
Anne Seulin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2323246 /4-1