mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2323352 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | CABINET CHALOUPECKY HASENOHRLOVA-SILVAIN (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 octobre et 3 novembre 2023, M. D E A, représenté par Me Hasenohrlova-Silvain, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation administrative, dans le délai d'un mois suivant la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Me Hasenohrlova-Silvain, son conseil, qui s'engage à renoncer à la perception de la part contributive de l'État, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 19 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence, faute de délégation de signature,
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation,
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il subirait des mauvais traitements s'il était renvoyé dans son pays d'origine,
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle,
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi, elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 23 novembre 2023 ont été entendus :
- le rapport de M. Rohmer,
- et les observations de Me Hasenohrlova-Silvain pour M. A, le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais, entré en France le 6 octobre 2022 selon ses déclarations, a sollicité une protection internationale au titre de l'asile. Par une décision du 8 février 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 16 juin 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté en date du 12 septembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne a fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté n°23/BC/073 du 27 juillet 2023, régulièrement signé et publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Seine-et-Marne le 1er août 2023, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à M. B C, signataire de la décision attaquée, chef du bureau de l'asile et de l'intégration, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions parmi lesquelles figurent les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la décision attaquée, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait sur l'existence d'un risque de subir des mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine n'est pas opérant à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, qui ne fixe pas le pays de destination. En tout état de cause, M. A ne verse aucun élément ni pièce permettant d'en apprécier son bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, si M. A, arrivé en France en octobre 2022, soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la particularité de sa situation, il n'établit pas avoir placé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. En particulier, ainsi que le révèle la décision attaquée, non contestée sur ce point, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
6. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales () ". Ce dernier texte stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces dispositions combinées font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
7. Si M. A allègue qu'il est exposé à subir des peines et traitements inhumains et dégradants contraires à l'article 3 précité en cas de retour au Bangladesh, son pays d'origine, ces assertions ne sont assorties d'aucune précision ni pièce permettant d'établir la réalité et la nature du risque de torture ou de peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi, alors qu'au demeurant sa demande de protection internationale au titre de l'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile par décision du 16 juin 2023. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E A et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
B. ROHMER
La greffière,
C. GAONACH-NEE
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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