jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2323424 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2023, M. A, représenté par Me De Sèze, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil dans l'attente du jugement au fond, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il se trouve dans une situation de grande précarité ; il vit dans la rue et ne dispose d'aucune ressource ; sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision dès lors que :
. cette décision n'est pas motivée et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ;
. il appartient à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de démontrer que sa vulnérabilité a été prise en compte ; il justifie de ses problèmes de santé ;
. il n'est pas justifié que l'auditeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait reçu une formation spécifique pour procéder à son évaluation ; il a donc été privé d'une garantie substantielle ;
. il est fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du contenu du questionnaire d'évaluation fixé par arrêté ;
. il a été privé d'une garantie en l'absence d'information concernant la possibilité de bénéficier d'un examen de santé ;
. la décision contestée est entachée d'erreur de fait, de droit ;
. elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la modulation du degré de refus de rétablissement en l'absence de toute motivation ; un rétablissement partiel des conditions matérielles d'accueil pouvait être prononcé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Riou pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. M. A, ressortissant afghan né le 5 mai 1997, soutient qu'il a été placé sous procédure " Dublin ", qu'il a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités roumaines puis d'un placement en fuite et d'une prolongation des délais de transfert vers la Bulgarie, à l'origine de la cessation de ses conditions matérielles d'accueil. Il a versé au dossier une attestation de demande d'asile en procédure accélérée délivrée le 7 août 2023 mentionnant un premier enregistrement au guichet unique le 10 janvier 2022 et une demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Il demande au juge des référés de suspendre l'exécution la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.
4. Au soutien de ses allégations, M. A ne produit, ni l'arrêté de transfert dont il aurait fait l'objet, ni la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil. Il ne justifie pas non plus avoir présenté des observations écrites préalablement à une décision prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil et ne soutient d'ailleurs pas que ces décisions ne lui auraient pas été régulièrement notifiées. Par ailleurs, il se borne à verser au dossier un certificat médical hospitalier établi par un interne le 23 août 2023 relatif au fait qu'il s'est plaint de problèmes oculaires. En l'absence de précisions et de production de documents probants à l'appui de ses allégations, M. A ne démontre pas que la décision litigieuse préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts. En conséquence, la situation d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.
5. En outre, aucun des moyens invoqués par le requérant à l'encontre de cette décision n'est propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité, notamment en ce qui concerne sa vulnérabilité au regard de son état de santé, alors qu'aucune pièce utile n'est versée au dossier au soutien de cette allégation. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée en toute ses conclusions.
6. Par ailleurs, aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " l'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement ". Il ressort de ce qui a été dit au point précédent que la présente requête est manifestement dénuée de fondement. Dès lors, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me De Sèze.
Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Paris, le 19 octobre 2023.
La juge des référés,
C. Riou
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.