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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2323462

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2323462

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2323462
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2023, et un mémoire complémentaire non communiqué, enregistré le 16 mai 2024 M. A B, répresenté par Me Orhant demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 16 août 2023 par laquelle le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Paris a mis fin à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif depuis la cessation dans un délai de trois jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991, en cas d'octroi de l'aide juridictionnelle, ou de lui verser la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation au regard de l'article D.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faute de préciser l'Etat vers lequel l'intéressé avait été transféré ni la circonstance que ce dernier le menaçait de l'éloigner vers l'Afghanistan ;

- l'OFII doit prouver que l'intéressé a bénéficié d'un entretien sur sa vulnérabilité ;

- l'OFII doit prouver que l'intéressé a eu la possibilité de faire valoir ses observations dans un délai de quinze jours en application de l'article L.551-15 et de l'article D.551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il a respecté l'ensemble de ses obligations ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé qui n'avait pas compris les conséquences d'un retour en France, motivé par sa crainte d'un éloignement vers l'Afghanistan et qui vit actuellement dans la rue, sans ressources.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il sollicite la substitution de base légale de la décision au profit des dispositions du 3° de l'article L.551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en faisant valoir que l'intéressé a été transféré aux autorités belges le 24 mars 2023 et soutient que les moyens soulevés par ce dernier ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique le rapport de Mme Grossholz.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 30 mars 1990, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 19 décembre 2022. Suite à l'enregistrement de sa demande, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français d'immigration et d'intégration (OFII), s'est vu accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et a été transféré en Belgique, Etat responsable de sa demande d'asile. En juin 2023, M. B est revenu en France, y a de nouveau présenté une demande au titre de l'asile, et a été placé en procédure accélérée dite " Dublin ". Par la décision contestée du 16 août 2023, l'OFII lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ". Aux termes de l'article D.551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature () ".

5. En premier lieu, la décision attaquée expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle n'avait pas à mentionner l'Etat vers lequel l'intéressé avait été transféré ni la circonstance que ce dernier le menaçait de l'éloigner vers l'Afghanistan. Elle est donc suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et plus précisément des motifs de la décision attaquée, confirmés par le courrier produit par le directeur général de l'OFII à l'appui de son mémoire en défense, que M. B a reçu notification, le 14 juin 2023, de l'intention du directeur territorial de l'OFII de Paris de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait, ce que ce dernier ne conteste au demeurant pas. Il en résulte que le requérant a bénéficié d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations, conformément aux dispositions précitées.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et plus précisément du compte-rendu produit par le directeur général de l'OFII à l'appui de son mémoire en défense que M. B a bénéficié d'un entretien destiné à réévaluer sa vulnérabilité, réalisé le 14 juin 2023 à l'aide d'un interprète en langue pachto, dont il est constant qu'il la comprend. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut donc qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / (). Aux termes l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). ".

9. M. B soutient que la décision litigieuse, qui vise les dispositions de l'article

L.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et retient qu'il n'aurait " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable " de sa demande initiale, est entachée d'erreur de droit. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'après son transfert en Belgique où il a déposé une demande d'asile, il est revenu en France en juin 2023 et y a présenté une nouvelle demande d'asile, constitutive d'une demande de réexamen au sens et pour l'application des dispositions précitées. Ces dernières peuvent, ainsi que le sollicite le directeur général de l'OFII dans son mémoire en défense, être substituées à celles de l'article L.551-16 du même code, mentionnées à tort pas la décision litigieuse, l'administration pouvant prendre sur ce terrain la même décision, en vertu du même pouvoir d'appréciation, et cette substitution ne privant M. B d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant la décision litigieuse, le directeur général de l'OFII aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé, qui se borne à soutenir qu'il n'avait pas compris les conséquences d'un retour en France, motivé par sa crainte d'un éloignement vers l'Afghanistan et qu'il vit actuellement dans la rue, sans ressources.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête, hormis celles relatives au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, doivent être toutes rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Orhant et au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Portes, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 5 juin 2024

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

La présidente,

S. VIDAL La greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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