jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2323494 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET MYRIAM BOUSSOUM AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2023, Mme B, représentée par Me Boussoum, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 16 juin 2023 par laquelle le directeur des ressources humaines du réseau des acheteurs hospitaliers (RESAH) a mis fin à sa période d'évaluation à compter du 18 juin 2023 pour le poste d'acheteur junior et lui a proposé d'ouvrir une nouvelle période probatoire de six mois jusqu'au 18 décembre 2023, ensemble l'avenant à son contrat de travail du 30 juin 2023 et la décision du 18 septembre 2023 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ; son détachement prendra fin le 31 janvier 2024 et elle ne pourra plus jamais prétendre à occuper le poste d'acheteur junior ; ses conditions de travail se sont dégradées en ce qu'elle a été affectée auprès de la directions des affaires juridiques liées à la commande publique puis au pôle gestionnaires marchés et enfin au pôle achats dispositifs médicaux stériles alors que ses missions sont imprécises ; elle souffre d'insécurité au travail compte tenu des changements de service dont elle fait l'objet ; elle a été placée en congé de maladie et souffre d'un syndrome anxio-dépressif sévère réactionnelle nécessitant une prise en charge médicale ; par ailleurs, elle est privée d'une augmentation de rémunération substantielle, soit 400 euros par mois ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées :
. ces décisions sont insuffisamment motivées ;
. elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 et du décret n° 2013-292 du 5 avril 2013 ; son responsable avait constaté qu'elle avait atteint tous ses objectifs qui lui avaient été fixés ;
. une erreur de droit a été commise au regard de l'article 9 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ; il lui est proposé un contrat d'assistante achat à compter du 30 janvier 2024 alors qu'elle exercera les missions d'un acheteur junior ; sa période probatoire ne pouvait pas être renouvelée et l'avenant n° 5 est, dès lors, entaché d'illégalité ;
. une erreur de droit a également été commise dès lors que la décision du 18 septembre 2023 ne pouvait retirer l'avenant n° 5 dans sa totalité.
Vu :
- la requête par laquelle Mme B demande l'annulation des décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Riou pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 522-3 de ce même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Mme B, agente contractuelle de droit public au sein du réseau des acheteurs hospitaliers (RESAH) sur la période du 1er février 2021 au 30 janvier 2024, s'est vue proposer une période d'essai de six mois renouvelable pour les missions d'acheteur junior débutant le 1er janvier 2023. Elle demande la suspension de l'exécution de la décision du 16 juin 2023 par laquelle le directeur des ressources humaines du RESAH a mis fin à sa période d'évaluation à compter du 18 juin 2023 pour le poste d'acheteur junior et lui a proposé d'ouvrir une nouvelle période probatoire de six mois jusqu'au 18 décembre 2023, ensemble l'avenant à son contrat de travail du 30 juin 2023 et la décision du 18 septembre 2023 portant rejet de son recours gracieux.
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Mme B soutient que son détachement prendra fin le 31 janvier 2024 et qu'elle ne pourra plus jamais prétendre à occuper le poste d'acheteur junior, que ses conditions de travail se sont dégradées en ce qu'elle a été affectée auprès de plusieurs services successifs alors que ses missions sont imprécises, qu'elle a été placée en congé de maladie et que son état de santé nécessite une prise en charge médicale, qu'enfin, elle sera privée d'une augmentation de rémunération substantielle, soit 400 euros par mois. Toutefois, les éléments dont elle se prévaut ou qu'elle verse au dossier ne permettent pas de démontrer que les décisions litigieuses préjudicieraient de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation. Dans ces conditions, et en l'état des éléments produits par la requérante, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. La condition de l'urgence fixée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, il n'est pas nécessaire de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions dont la suspension de l'exécution est demandée.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, par application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait à Paris, le 19 octobre 2023.
La juge des référés,
C. Riou
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.