jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2323527 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2023, Mme A B C, représentée par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard depuis la date du refus ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à Me Hug, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de preuve de la réalisation de l'entretien de vulnérabilité par un agent spécifiquement formé, conformément à l'article
L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle n'a pas été informée des cas de refus ou de cessation des conditions matérielles avant la proposition d'hébergement qui lui a été faite, en violation des articles L. 551-9,
L. 551-10 et D. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale, par voie d'exception, compte tenu de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile dans la mesure où le questionnaire d'évaluation qu'il fixe ne permet pas d'évaluer la vulnérabilité d'un demandeur, en raison de son état de santé, en méconnaissance de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où elle n'a pas refusé l'hébergement qui lui a été proposé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le recours préalable obligatoire formé par la requérante ayant été rejeté par une décision du 5 octobre 2023, il y a lieu de rediriger ses conclusions contre cette décision ;
- une nouvelle décision de refus de délivrance des conditions matérielles d'accueil a été prise le 12 janvier 2024, en exécution de l'injonction de réexamen prononcée par l'ordonnance du juge des référés du 25 octobre 2023 ;
- le bénéfice de la protection subsidiaire a été accordé à la requérante le 2 avril 2024 ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2024 à 12 heures.
Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- et les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante somalienne née le 25 décembre 1996, a présenté une demande de protection internationale en France le 14 septembre 2023. Par une décision du 18 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (l'OFII) a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil aux motifs qu'elle a refusé l'orientation en région qui lui a été proposée et la proposition d'hébergement qui lui a été faite. Cette décision a été confirmée, sur recours administratif préalable formé le 5 octobre 2023. Par la présente requête, Mme B C doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 5 octobre 2023 rejetant son recours préalable obligatoire qui s'est substituée à la décision initiale du 18 septembre 2023.
Sur le cadre juridique :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 551-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration détermine la région de résidence en fonction de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région en application du schéma national et en tenant compte des besoins et de la situation personnelle et familiale du demandeur au regard de l'évaluation prévue au chapitre II du titre II et de l'existence de structures à même de prendre en charge de façon spécifique les victimes de la traite des êtres humains ou les cas de graves violences physiques ou sexuelles ". Aux termes de l'article R. 551-2 de ce code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration informe les demandeurs d'asile de la région de résidence, telle que prévue à l'article L. 551-3, du lieu d'hébergement, ou à défaut d'hébergement disponible, de l'organisme conventionné en application de l'article L. 550-2 ". En outre, aux termes de l'article L. 552-8 du même code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ". Enfin, aux termes de l'article
L. 551-9 de ce même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; (). La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".
4. Enfin, en vertu de l'article D. 551-17 de ce code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".
Sur la légalité de la décision de refus des conditions matérielles d'accueil :
5. En premier lieu, d'une part, la requérante ne peut pas utilement contester la motivation de la décision du 18 septembre 2023 qui lui a initialement refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dès lors que la décision du 5 octobre 2023 rejetant son recours administratif préalable obligatoire s'est entièrement substituée à cette décision initiale. D'autre part, la décision du 5 octobre 2023 précise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la vulnérabilité des demandeurs, et confirme le rejet de la demande de l'intéressée en raison de son refus, sans motif légitime, de l'orientation en région proposée par l'OFII en dépit de ses allégations relatives à des difficultés de compréhension de l'offre de prise en charge qui lui a été faite. Cette décision, qui comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision du 5 octobre 2023, que l'OFII a procédé à l'examen de la situation personnelle et de la vulnérabilité de Mme B C avant de refuser de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil () ". Aux termes de l'article L. 522-2 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B C a bénéficié le 18 septembre 2023 de l'entretien de vulnérabilité prévu par les dispositions précitées, avec l'assistance d'un interprète en somali. Si la requérante soutient qu'il n'est pas justifié que cet entretien aurait été mené par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin, elle n'apporte aucun élément ni même aucune argumentation étayée de nature à faire regarder l'auditeur de l'OFII qui a conduit l'entretien comme n'ayant pas reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de procédure dont serait sur ce point entachée la décision attaquée doit ainsi être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes de l'article D. 551-16 de ce code : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23 ".
10. Si la requérante soutient qu'elle n'a pas été informée des cas de refus ou de cessation des conditions matérielles d'accueil avant la proposition d'hébergement à Montpellier qui lui a été faite, il ressort des mentions du formulaire d'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, daté du 18 septembre 2023, qu'elle a bénéficié d'un entretien avec le concours d'un interprète en somali, langue qu'elle a déclaré comprendre, et qu'elle a été informée, à cette occasion, des conditions et des modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'information préalable sur les cas de refus des conditions matérielles d'accueil en méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
11. En cinquième lieu, Mme B C, qui a, en tout état de cause, fait état de ses problèmes de santé lors de l'entretien de vulnérabilité dont elle a bénéficié, ne peut pas utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile au motif qu'aucune question n'est posée au demandeur sur son état de santé dès lors que cet arrêté ne constitue pas la base légale de la décision attaquée, laquelle n'est pas davantage prise pour l'application de ce texte réglementaire.
12. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B C a refusé le 18 septembre 2023 la proposition d'hébergement dans un centre pour demandeur d'asile situé à Montpellier, qui lui avait été faite par l'OFII en application des dispositions citées au point 2 ci-dessus. Si la requérante soutient qu'elle n'avait pas compris que ce refus lui ferait perdre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent jugement, il ressort des mentions du formulaire d'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil qu'elle a signé le 18 septembre 2023 avec l'assistance d'un interprète qu'elle a été informée des cas de refus des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une d'erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais d'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Hug.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Salzmann, présidente,
- Mme Armoët, première conseillère,
- Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
E. Armoët
La présidente,
M. SalzmannLa greffière,
P. Tardy-Panit
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026