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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2323592

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2323592

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2323592
TypeDécision
Avocat requérantFERCHICHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2023, Mme A, représentée par Me Ferchichi, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner au préfet de police de lui délivrer un rendez-vous afin qu'elle puisse se rendre en préfecture pour déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, et de se voir délivrer un récépissé lui permettant de séjourner régulièrement et de travailler sur le territoire français, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de son titre de séjour couvrant les périodes d'irrégularité du 28 février 2022 au 8 mars 2023 et depuis le 9 juin 2023 jusqu'à la date de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'absence de nouvelles de la part de la préfecture de police concernant sa demande de renouvellement de titre de séjour " étudiant " et le non renouvellement de son récépissé, arrivé à expiration le 8 juin 2023, la placent dans une situation administrative très précaire la faisant craindre de ne pas obtenir son diplôme, l'empêchant de conclure un contrat d'alternance avec une entreprise afin de valider sa deuxième année d'architecture, et la privant de ressources financières ; en outre, le défaut de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction venant couvrir les deux périodes d'irrégularité administrative conduit à lui faire renoncer au bénéfice de la prime d'activité et pourrait faire obstacle à une future demande de naturalisation ;

- la mesure est utile dès lors que ses démarches pour avoir des nouvelles de l'instruction de sa demande de renouvellement de son titre de séjour n'ont pas abouti, ainsi que ses démarches pour bénéficier d'un récépissé lui permettant de séjourner et de travailler en France ;

- les mesures sollicitées ne font pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative et ne souffrent d'aucune contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que s'agissant des conclusions tendant à ce que lui soit délivré un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour " étudiant " et à ce que lui soit délivré un récépissé lui permettant de séjourner et de travailler sur le territoire français, elles sont dépourvues d'objet. S'agissant des conclusions tendant à ce que lui soit délivrée une attestation de prolongation d'instruction de titre de séjour pour régulariser rétroactivement son séjour sur le territoire français entre le 28 février 2022 et le 8 mars 2023 puis du 9 juin 2023 à ce jour, le préfet de police soutient qu'elles sont dépourvues d'utilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perrin pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante laotienne, née le 27 mai 1996, s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant valable du 28 février 2019 au 22 février 2022. Mme A demande au juge des référés du tribunal administratif de Paris, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet de police de la convoquer à un rendez-vous afin de renouveler son titre de séjour, de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler et de lui délivrer une attestation de prolongation de titre de séjour aux fins de régulariser son séjour sur la période allant du 28 février 2022 au 8 mars 2023 et du 9 juin 2023 à la date de la présente ordonnance.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 511- 1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire ".

Sur les conclusions tendant à l'obtention d'un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de se voir délivrer un récépissé l'autorisant à séjourner et à travailler en France :

3. Il est constant que Mme A a déposé le 10 juin 2022 une nouvelle demande de renouvellement de titre de séjour sur le site de l'ANEF, à la suite de la clôture d'une première demande prise par la préfecture de police le 6 juin 2022. En outre, il résulte de l'instruction que Mme A s'est vue remettre, le 15 novembre 2023, postérieurement à l'introduction de la requête, une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 14 février 2024 en vue de la poursuite de l'instruction de son dossier. Par suite, les conclusions de Mme A tendant à ce que le préfet de police lui délivre un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour étudiant et de se voir délivrer un récépissé lui permettant de séjourner et de travailler sur le territoire français doivent être regardées comme devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions tendant à la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction de titre de séjour couvrant les périodes d'irrégularité administrative :

4. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. / () Lorsque le préfet prend une décision favorable sur la demande présentée, une attestation dématérialisée est mise à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour, dans l'attente de la remise du titre. ".

5. D'une part, il résulte de l'instruction que sa demande de renouvellement de titre de séjour, déposée le 22 février 2022, a été clôturée le 6 juin 2022, la requérante n'ayant pas fourni les documents manquants dans les délais impartis. Si elle a déposé une nouvelle demande de renouvellement de titre de séjour le 10 juin 2022, des pièces complémentaires, nécessaires à la complétude de son dossier, lui ont été demandées par la préfecture de police le 22 décembre 2022, pièces qu'elle a finalement communiquées le 8 janvier 2023 comme l'atteste une copie d'écran des notifications reçues sur le compte ANEF de Mme A, mais que le préfet de police ne lui a délivré une attestation de prolongation d'instruction que le 9 mars 2023, valable jusqu'au 8 juin 2023, alors même que la requérante soutient sans être contestée par le préfet de police en défense, que son dossier était complet dès le 8 janvier 2023.

6. D'autre part, Mme A soutient sans être contestée que le préfet de police n'a pas renouvelé son attestation de prolongation d'instruction de titre de séjour, arrivée à échéance le 8 juin 2023, alors même que son dossier était complet. Si le préfet de police fait valoir en défense qu'une attestation de prolongation d'instruction lui a été délivrée le 15 novembre 2023, la requérante démontre l'utilité de la mesure consistant à ce que le préfet de police lui délivre une attestation de prolongation d'instruction, régularisant rétroactivement la période allant du 9 juin 2023 au 14 novembre 2023 inclus. Par ailleurs, la requérante soutient, sans être contredite, que l'irrégularité administrative dans laquelle elle s'est trouvée sur les deux périodes précitées l'expose, dans le futur, à un refus de versement de la prime d'activité et à un refus de sa demande de naturalisation.

7. Or, il résulte des dispositions précitées au point 4 que, lorsque la procédure de demande de titre de séjour est dématérialisée, l'administration doit mettre à disposition du demandeur sur son compte utilisateur du téléservice une attestation dématérialisée de dépôt en ligne une fois la demande enregistrée puis, en cas de prolongation de l'instruction de la demande complète au-delà de la date de validité du dernier titre de séjour du demandeur, une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande d'une durée maximale de trois mois. Ce dernier document, accompagné du titre de séjour expiré, permet au ressortissant étranger de justifier de la régularité de son séjour.

8. Dans ces conditions, la requérante démontre l'utilité de la mesure consistant à ce que le préfet de police lui délivre une attestation de prolongation d'instruction, régularisant rétroactivement la période allant du 8 janvier au 8 mars 2023 inclus et du 9 juin 2023 au 14 novembre 2023 inclus.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer à Mme A une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour pour la période allant du 8 janvier au 8 mars 2023 inclus et du 9 juin 2023 au 14 novembre 2023 inclus, dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros à verser au requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A aux fins de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " étudiant " et de délivrance d'un récépissé lui permettant de séjourner régulièrement et de travailler sur le territoire français.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme A une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour pour la période allant du 8 janvier au 8 mars 2023 inclus et du 9 juin 2023 au 14 novembre 2023 inclus, dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 500 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 14 décembre 2023.

La juge des référés,

A. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9

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