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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2323650

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2323650

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2323650
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantBASSALER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 13 octobre 2023, 23 octobre 2023 et 21 novembre 2023, Mme A F, représentée par Me Bassaler, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et en cas de rejet de l'aide juridictionnelle, à son bénéfice.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de la requérante.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de la requérante.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2023, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Rohmer a présenté son rapport au cours de l'audience publique et entendu les observations de Me Legall, représentant Mme F, qui reprend et développe les éléments de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour Mme F a été enregistrée le 29 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante nigériane née le 25 octobre 1994 et entrée en France le 4 juin 2020 selon ses déclarations, dont la demande d'asile avait été rejeté en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 25 février 2022, a déposé une demande de réexamen d'une demande d'asile le 13 juin 2023. Par décision du 28 juin 2023, notifiée le 19 juillet 2023, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a déclaré sa demande de réexamen irrecevable. Elle a alors déposé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), enregistré le 17 août 2023. Par un arrêté du 26 septembre 2023, le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec fixation du pays de renvoi. Par la présente requête, Mme F sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, par un arrêté n°2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le préfet de police de Paris a donné délégation à Mme E D, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes, dans la limite de ses attributions, relatifs à la police des étrangers, en cas d'empêchements d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'auraient pas été empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

5. En l'espèce, l'arrêté attaqué, qui mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, vise notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que l'OFPRA a déclaré la demande de réexamen de protection internationale de Mme F irrecevable et que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme F à sa vie privée et familiale. Il indique enfin que Mme F n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

7. Mme F soutient qu'elle est entrée en France en 2020, qu'elle vit en concubinage avec M. B G, père de son enfant, C G né le 4 juillet 2020 à Paris, et que ce dernier souffred'une drépanocytose nécessitant un suivi médical régulier. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme F est entrée et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français, et ce, en dépit d'une précédente mesure d'éloignement datant du 1er décembre 2021. De plus, les documents qu'elle produit n'attestent pas d'une intégration particulière en France et elle ne justifie ni même n'allègue que son concubin y résiderait en situation régulière. Si elle fait état de la maladie chronique de son enfant, elle n'indique pas s'être prévalue de cette situation pour solliciter un titre de séjour et les documents médicaux qu'elle produit, au demeurant au seul stade d'une note en délibéré, ne sont en tout état de cause pas suffisants pour caractériser une situation de nature à faire obstacle à son éloignement. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision fixant le pays à destination duquel Mme F pourra être éloigné ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Mme F soutient qu'elle risque d'être soumise à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, en raison de son appartenance au groupe social des femmes nigérianes ayant fui un mariage forcé ainsi qu'au groupe social des femmes nigérianes, contraintes par un réseau transnational de traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle, parvenue à s'en extraire ou ayant entamé des démarches en ce sens. Sa demande d'asile a cependant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, de même que sa demande de réexamen, ainsi qu'il a été dit au point 1. Si l'intéressée soutient, à l'appui de sa requête, qu'elle encourt des risques eu égard aux menaces dont elle pourrait faire l'objet dans le pays de renvoi fixé par le préfet de police, elle ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations qui ne présentent au demeurant pas un caractère précis et personnalisé. Ainsi, Mme F n'établit pas qu'elle serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à Mme F.

Article 2 : La requête de Mme F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

B. ROHMERLa greffière,

C. GAONACH-NEE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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