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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324031

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324031

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324031
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, M. B A C, retenu en zone d'attente de l'aéroport de Paris-Roissy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 octobre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre fin aux mesures privatives de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

Il soutient que :

- la décision fait une inexacte application de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'examen du ministre a dépassé le caractère manifestement infondé de la demande et entachée d'une erreur de droit ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation et ne prend pas en compte l'état de sa vulnérabilité ;

- la décision méconnaît le principe de non refoulement et l'article 33 de la convention de Genève, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par le cabinet Saidji et Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin-Genier,

- les observations orales de Me Ait Ali, avocat commis d'office représentant M. A C assisté d'un interprète en espagnol,

- et les observations orales de Me Ben Hamouda, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant cubain née le 13 mars 1996, demande l'annulation de la décision du 17 octobre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile.

2. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". L'article L. 352-2 de ce même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ".

3. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. A C telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'OFPRA, que le requérant, de nationalité cubaine, fait valoir que faisant partie du service protocolaire du ministère des affaires étrangères cubain en qualité d'agent en charge de la sécurité, il part au Nigéria pour effectuer une mission à l'ambassade. Il dit alors avoir été en désaccord par l'achat de véhicules de fonction onéreux par l'ambassade alors que le peuple vit dans la misère et a fait part de sa désapprobation à ses supérieurs. Sa position n'aurait pas été acceptée par les autorités de l'ambassade et fait valoir qu'il a été enfermé pendant cinq mois au sein de l'ambassade à Abuja. Alors qu'il était en cours de rapatriement forcé vers Cuba, en transitant par l'aéroport de Paris Charles de Gaulle, il a sollicité son entrée dans l'espace Schengen pour y solliciter l'asile politique. Les éléments que le requérant apporte ainsi que les explication fournies, détaillées, diversifiées et nombreuses lors de l'audience permettent d'estimer très plausibles les craintes exprimées par ce fonctionnaire du ministère des affaires étrangères qui explique qu'il a fait défection, de la même façon que son frère qui exerçait aussi des fonctions à l'ambassade de Cuba au Nigéria et qui est aujourd'hui demandeur d'asile en Espagne. En particulier, il explique avec force détails qu'il a été exfiltré du Nigéria pour être rapatrié de façon contrainte à Cuba, que lorsqu'il est arrivé à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle il a exigé de ses supérieurs hiérarchiques, devant la police de l'air et des frontières, de lui rendre à la fois son passeport et son téléphone portable, ce que ces derniers ont été obligés de faire et comment il a, à l'aide du traducteur via son téléphone portable, informé la police de sa volonté de demander l'asile politique en France. Il a alors été placé en zone d'attente pendant que le reste de la délégation cubaine repartait à destination de Cuba. Ainsi, les craintes évoquées en cas de retour dans son pays d'origine apparaissent crédibles ainsi que les risques qu'il encourt lors de son retour dans ce pays. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de M. A C au regard notamment de sa vulnérabilité, et sans méconnaître le principe de non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, considérer que la demande de l'intéressé d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu'il serait réacheminé vers le Nigéria ou tout pays où il serait légalement admissible.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 17 octobre 2023 du ministre de l'intérieur doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Le présent jugement qui annule la décision attaquée du ministre de l'intérieur, implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A C une autorisation provisoire de séjour au titre de l'asile dans un délai de deux mois à compter de sa notification.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 17 octobre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A C une autorisation provisoire de séjour au titre de l'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au ministre l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 23 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

P. MARTIN-GENIER La greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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