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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324231

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324231

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324231
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantPLUCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Pluchet, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre la décision du 14 août 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a implicitement refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII d'accorder des conditions matérielles d'accueil au requérant dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et ce depuis la demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est sans ressource et sans hébergement. Il nécessite l'aide d'associations pour se nourrir et se vêtir. En outre, il est dans une situation de grande vulnérabilité en raison de sa santé mentale.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de compétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de la requérante ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la modulation de la sanction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 20 octobre 2023 sous le numéro 2324232 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rohmer pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 7 novembre 2023, tenue en présence de Mme Parewyck, greffière d'audience :

- le rapport de M. Rohmer, juge des référés ;

- les observations de Me Pluchet, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1997, entré en France irrégulièrement au mois de juin 2021. Il a déposé le 17 juin 2021 une demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile et a été placé en procédure dite " Dublin ". Les autorités slovènes ayant accepté sa prise en charge, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert le 1er février 2022. Postérieurement à son admission en Slovénie en février 2022, M. B est revenu en France et a déposé une nouvelle demande d'asile. Le 31 juillet 2023, une attestation de demandeur d'asile en procédure normale lui a été remise. Puis le 14 août 2023, le requérant a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII de Paris. Le 14 octobre 2023, une décision implicite de rejet de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil est née. M. B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'OFII sur sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de M. B, il y a lieu d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'OFII de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 551-16, 3°, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

5. Il résulte de l'instruction que M. B est revenu en France après avoir fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités slovènes. Le requérant soutient, sans au demeurant apporter de pièces au soutien de ses allégations, que les autorités slovènes n'ont pas accepté d'examiner son dossier. Toutefois, pour refuser, le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'OFII a retenu que M. B dans le cadre de sa procédure Dublin s'était opposé à son second transfert en ne respectant ses obligations de présentation les 31 mars 2022 et 7 avril 2022, et qu'il s'était ainsi maintenu en situation irrégulière en France jusqu'à la requalification de sa demande d'asile en procédure normale le 31 juillet 2023.

6. M. B n'invoque aucun moyen de nature à faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Par suite et sans qu'il y ait lieu d'examiner le respect de la condition d'urgence fixée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, les conclusions aux fins de suspension de cette décision doivent être rejetées.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent être également rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Pluchet, et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 16 novembre 2023.

Le juge des référés,

B. ROHMER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1

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