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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324312

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324312

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324312
TypeDécision
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Bellanger, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle l'Université Paris Cité a refusé son inscription en deuxième année des études de santé, en particulier en médecine, de la délibération du jury PASS sur l'admission des candidats et leur classement dans les formations de santé, en particulier en médecine, et des décisions d'admission des étudiants en deuxième année de médecine prises en application de cette délibération ;

2°) d'enjoindre à l'Université Paris Cité de réunir le jury afin qu'il se prononce sur sa situation dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Université Paris Cité la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- cette condition est remplie dès lors qu'elle a présenté une demande de révision de son dossier auprès de la commission de dérogation, qui a été implicitement rejetée et ne peut dès lors plus espérer voir son dossier réexaminé, ni se voir accorder un redoublement ; cette saisine montre qu'elle n'a pas tardé à contester la décision du jury, et si la commission de dérogation n'était pas compétente pour connaître de sa demande, celle-ci aurait dû être transmise au jury ;

- si l'année universitaire a déjà commencé, elle n'est pas suffisamment avancée pour obérer ses chances de poursuivre dans l'une des formations de santé ;

- la décision compromet son avenir professionnel, faute pour elle de pouvoir redoubler sa première année du parcours PASS, dès lors qu'elle est obligée de s'inscrire dans un parcours de licence accès santé (LAS), plus contraignant pour espérer être admissible ;

- il y a urgence à ce que l'autorité administrative puisse remédier dans les meilleurs délais aux irrégularités invoquées susceptibles d'avoir affecté le déroulement du concours ;

- la décision de l'Université Paris Cité porte atteinte à sa situation personnelle dès lors qu'elle constitue un obstacle à la poursuite de son projet professionnel qui a toujours été de devenir médecin.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- les épreuves orales sont insuffisamment définies dans le règlement des modalités de contrôle des connaissances, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'éducation, du II de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l'accès aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique et de l'article 12 de l'arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence, dès lors qu'il ressort du " livret PASS " que si la nature, le nombre et la durée des épreuves sont précisées, rien n'est dit sur les compétences et les connaissances évaluées, rendant impossible aux étudiants de savoir sur quoi ils allaient être évalués lors des épreuves orales qui comptent pour les deux tiers de la note finale ;

- la préparation aux épreuves orales proposée par l'université et mise en œuvre par ses équipes pédagogiques est insuffisante, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'éducation et du III de l'article 1 de l'arrêté du 4 novembre 2019, dès lors qu'elle se limite à la mise en ligne de quatre documents correspondant à deux cours magistraux, un de présentation générale et un relatif à la communication avec le jury et à la place de l'argumentation, et à deux enseignements dirigés, un oral simulé de mise en situation réduit en réalité à un power point relatif aux " basiques ", sur la forme et sur le fond, et un oral simulé d'analyse de figures et de tableaux qui n'a en réalité jamais été mis en ligne, une association d'étudiant (l'A2SUP) ne faisant pas partie des équipes pédagogiques de l'université proposant par ailleurs, sur inscription, une préparation basée sur l'organisation d'examens blancs et, pour ses seuls adhérents payants, la mise à disposition d'annales de sujets d'oraux ;

- les dispositions de l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation, de l'arrêté du 4 novembre 2019 et de la décision de l'université arrêtant ces modalités de pondération, sur lesquelles les décisions attaquées sont fondées, sont entachées d'incompétence négative et d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent le principe d'égalité de traitement des candidats à l'admission en deuxième année d'études de santé pour avoir prévu un système de grands admis et laissé toute latitude aux universités pour déterminer la pondération des épreuves du premier et du second groupe.

- en prévoyant que les sujets des épreuves orales peuvent ne pas porter sur le domaine de la santé, l'université a placé les examinateurs en situation de ne pas pouvoir vérifier les aptitudes des étudiants à suivre les études dans l'une des formations de santé et a ainsi méconnu les dispositions des articles L. 613-1, L. 631-1 et R. 613-1-2 du code de l'éducation et de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 ;

- la circonstance qu'à une même épreuve les sujets donnés ont porté, selon les étudiants, sur le domaine de la santé ou sur un tout autre domaine ne nécessitant aucune compétence particulière n'a pu que provoquer d'importantes disparités dont il résulte une rupture d'égalité entre les candidats et une atteinte à l'obligation de contrôle des connaissances manifestes ;

- l'épreuve consistant en une " analyse de figure ou de tableau légendé(e) " ne relevant pas nécessairement du domaine de la santé compte tenu du choix laissé aux étudiants et ne se rapportant pas au texte d'un article d'une revue spécialisée ne permet pas d'apprécier si les candidats disposent des compétences nécessaires pour accéder aux formations de santé ;

- il n'est pas établi que le nombre de candidats justifiait le nombre de sous-jurys ou de groupes d'examinateurs distincts constitués ;

- il n'est pas établi que, pour assurer l'égalité entre les candidats, un système de péréquation ou d'harmonisation des notes attribuées par chaque groupe d'examinateurs, qui s'imposait d'autant plus eu égard aux disparités entre les sujets - dans et en dehors du domaine de la santé - a été prévu ni que le jury aurait effectivement procédé à une telle péréquation à l'issue des épreuves orales avant de précéder à la délibération finale ;

- l'université a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation et du III de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 en décidant d'accorder aux épreuves orales du second groupe un poids prépondérant des deux tiers de la note finale dès lors que les seize heures d'épreuves écrites du premier groupe sanctionnent douze unités d'enseignement correspondant à plus d'une centaine de cours magistraux alors que le second groupe d'épreuve se limite à deux épreuves orales de dix minutes chacune sur des sujets ne portant pas nécessairement sur le domaine de la santé et ne sanctionne aucun enseignement ni aucune connaissance ou compétence définie enseignée au cours de l'année ; le poids prépondérant accordé aux épreuves orales dont les candidats admis à l'issue du premier groupe sont dispensés est contraire à l'égalité de traitement et à l'intérêt général et dénature le système des grands admis mis en place par les articles R. 631-1-2 du code de l'éducation et 11 de l'arrêté du 4 novembre 2019.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2023, l'Université Paris Cité, représentée par Me Moreau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, d'une part, que l'urgence n'est pas caractérisée, d'autre part, que les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 23 octobre 2023, sous le numéro 2324313, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- l'arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l'accès aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes en référés.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 7 novembre 2023, tenue en présence de Mme Parewyck, greffière d'audience :

- le rapport de M. Rohmer, juge des référés ;

- les observations de Me Cortes pour Mme A, qui reprend les éléments développés dans ses écritures ;

- les observations de Me Lecourt pour l'Université Paris Cité, qui reprend les éléments développés dans ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, étudiante inscrite en parcours accès santé spécifique (PASS) à l'Université Paris Cité au titre de l'année universitaire 2022-2023, a été ajournée aux épreuves orales de passage en deuxième année du premier cycle des formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique par une décision du 20 juillet 2023. Elle a saisi la commission de dérogation de l'Université Paris Cité le 24 juillet 2023, qui a rejeté sa demande par une décision du 6 septembre 2023, notifiée au plus tard par courriel le 25 octobre 2023. Par la requête susvisée, elle demande la suspension de l'exécution de cette décision, de la délibération du jury PASS arrêtant le classement des candidats et leur admission dans les formations de santé, en particulier en médecine, et des décisions d'admission des étudiants en deuxième année de médecine prises en application de cette délibération, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. D'une part, Mme A demande la suspension de l'exécution de la délibération du jury PASS arrêtant le classement des candidats et leur admission dans les formations de santé, en particulier en médecine, ainsi que des décisions d'admission des étudiants en deuxième année de médecine prises en application de cette délibération, en raison, notamment, de l'irrégularité des épreuves orales découlant de l'absence de définition des connaissances et compétences évaluées lors de ces épreuves, de l'insuffisance de la préparation à ces épreuves par l'Université Paris Cité et de l'absence de péréquation des notes. Toutefois, la suspension de l'exécution de ces décisions pour ces motifs impliquerait de remettre en cause la totalité des décisions d'admission notifiées aux étudiants, de rendre nécessaire l'organisation de nouvelles épreuves orales pour les candidats ayant déjà commencé leur année de formation santé et de définir les connaissances et compétences évaluées lors de ces épreuves en organisant une nouvelle préparation à celles-ci. De telles conséquences perturberaient significativement, à la date de la présente ordonnance, l'organisation de la filière santé de l'Université Paris Cité. Par suite, l'intérêt public commande, en l'état de l'instruction, que ne soit pas ordonnée à ce stade de l'année la suspension de l'exécution de la délibération du jury PASS sur le classement des candidats et leur admission dans les formations de santé, en particulier en médecine, ainsi que des décisions d'admission des étudiants en deuxième année de médecine prises en application de cette délibération.

5. D'autre part, si Mme A demande la suspension de l'exécution de la décision par laquelle l'Université Paris Cité a refusé son inscription en deuxième année des études de santé, en particulier en médecine, il résulte de l'instruction que l'intéressée a eu connaissance de son inscription sur liste complémentaire par une décision du 20 juillet 2023 et n'a saisi le juge des référés que le 23 octobre 2023, soit plus de trois mois après la naissance de cette décision. La circonstance qu'elle ait effectué une demande de dérogation auprès de l'Université Paris Cité, dans le cadre de la procédure définie à l'article 6 de l'arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l'accès aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique, qui n'a ni pour objet ni pour effet de permettre une inscription en deuxième année de médecine mais vise à obtenir l'autorisation de présenter une troisième candidature pour une admission dans les formations de santé, n'est pas de nature à justifier la saisine tardive du juge des référés. Dans ces conditions, la requérante ayant contribué à créer la situation d'urgence dont elle se prévaut, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut davantage être regardée comme satisfaite pour les conclusions précitées.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à la suspension de l'exécution de la décision par laquelle l'Université Paris Cité a refusé son inscription en deuxième année des études de santé, en particulier en médecine, de la décision du jury PASS sur l'admission des candidats et leur classement dans les formations de santé, en particulier en médecine, et des décisions d'admission des étudiants en deuxième année de médecine prises en application de cette délibération, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par l'Université Paris Cité sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D ON N E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'Université Paris Cité sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à l'Université Paris Cité.

Fait à Paris le 16 novembre 2023.

Le juge des référés,

B. ROHMER

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance./1

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