vendredi 27 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2324382 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2023, M. B A, représenté par Me David, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil auxquelles il a droit à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 3 600 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la suspension demandée doit être regardée comme remplie, dès lors qu'il est privé de toutes ressources et de domicile, qu'il se trouve dans un état de précarité, et qu'il justifie d'une grande vulnérabilité au regard de son état de santé, qui n'a pas été pris en compte par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite attaquée ; en effet, elle est entachée d'incompétence, n'a jamais été motivée, malgré sa demande de communication des motifs, et méconnaît donc les dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, n'a pas fait l'objet d'un examen individuel ni d'un débat contradictoire, méconnaît les articles L. 551-9, R. 551-23 et L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son état de vulnérabilité.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 15 septembre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le dossier de la requête au fond enregistrée le 23 octobre 2023 sous le n° 2324380 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fouassier pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée ", sans instruction ni audience publique.
2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant afghan né le 2 décembre 1982, a adressé, le 25 mai 2023, par l'intermédiaire de son conseil, un courriel à l'adresse électronique " Contentieux CMA " demandant " le bénéfice des CMA ". Considérant qu'un refus implicite lui avait été opposé en raison de l'absence de réponse dans le délai de deux mois, il a demandé, par un courrier adressé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 25 juillet 2023, la communication des motifs de ce refus implicite. M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision implicite de rejet.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de cette décision, M. A soutient qu'il est demandeur d'asile, et qu'il est isolé, sans ressources ni domicile, et produit un certificat médical établi le 14 mars 2023 par un médecin généraliste mentionnant qu'il présente un syndrome dépressif avec troubles du sommeil et lombalgies chroniques en rapport avec des agressions physiques subies pendant son parcours d'exil. Toutefois, le requérant, qui produit une attestation de demandeur d'asile en procédure accélérée valable jusqu'au 26 août 2023, n'apporte pas la moindre explication sur sa situation et ses conditions de vie depuis son arrivée en France, qui semble remonter, selon l'attestation de demandeur d'asile produite, à février 2020, pas plus que sur la chronologie de l'examen de ses demandes d'asile. Dans ces conditions, et au regard des seuls éléments figurant au dossier, M. A ne démontre pas que la décision litigieuse préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts. En conséquence, la situation d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite attaquée, que les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sans que, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, il y ait lieu d'engager une procédure contradictoire ni de tenir une audience.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me David et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Paris le 27 octobre 2023.
Le juge des référés,
C. FOUASSIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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