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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324489

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324489

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324489
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2023, M. A B, représenté par

Me Nombret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, l'ensemble dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à

Me Nombret, son avocate, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été émis conformément aux dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 ainsi que de l'arrêté du 5 janvier 2017 ;

- elle méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elles assortissent ;

- elles sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été émis conformément aux dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 ainsi que de l'arrêté du 5 janvier 2017 ;

- elles méconnaissent les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

5 décembre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

19 septembre 2023.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées par un courrier du 29 novembre 2023 que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur le moyen relevé d'office tiré de ce que le préfet de police a méconnu le champ d'application de la loi en faisant application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. B dès lors que ces dispositions ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, et qu'il y a lieu de substituer à ces dispositions les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 comme fondement légal de la décision de refus de titre de séjour opposée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hermann Jager.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 1er avril 1997, entré en France le

2 février 2022, selon ses déclarations, a sollicité le 14 mars 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968. Par un arrêté du 17 juillet 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, vise l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ()". La procédure de délivrance des certificats de résidence portant la mention " vie privée et familiale " prévue par ces stipulations de l'accord franco-algérien, équivalentes à celles prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est régie par les dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code, et par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pris pour leur application.

4. Dès lors que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, le préfet de police a commis une erreur de droit en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le requérant le soutient. Toutefois, ce refus trouve son fondement légal dans les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien qu'il y a donc lieu de substituer à ces dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette substitution n'a pas pour effet de priver l'intéressé d'une garantie et que le préfet de police dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer ces stipulations et dispositions

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII, produit par le préfet de police, comporte le nom des trois médecins ayant siégé au sein de ce collège le 26 juin 2023, avec leur signature. Il ressort par ailleurs de cet avis que le médecin instructeur, dont le rapport a été transmis au collège le 15 juin 2023, ainsi que l'indique le bordereau de transmission également produit, ne figurait pas parmi ses signataires. En outre, l'avis du collège de médecins de l'OFII mentionne que l'état de santé de M. B, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque, conformément aux exigences de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. D'autre part, pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour, le préfet de police a estimé, ainsi que l'avait fait le collège de médecins de l'OFII dans son avis du 26 juin 2023, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine . Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du 20 octobre 2023 rédigé par le docteur C, médecin chef adjoint du service hémodialyse à la clinique médicale Edouard Rist, et des ordonnances de ce même médecin en date du 2 juin et du 12 octobre 2023, que M. B est atteint d'une " néphropathie d'origine indéterminée, arrivée au stade terminale d'insuffisance rénale chronique ", qu'il bénéficie à ce titre d'un traitement médical à base de Bisoprolol, de Lansoprazole, de Cacit, de Lasilix, de Lercan, de Mimpara, de Ramipril, de Renvela et de Resikali et qu'il est " dialysé 3 fois par semaine ". Si le requérant fait valoir qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine, en se fondant notamment sur le certificat médical du docteur D C du 20 octobre 2023 précité, indiquant qu'" il est dialysé par une technique hautement spécifique d'hémodiafiltration post-filtration, impossible d'être obtenue en Algérie " et sur des articles généraux indiquant les carences du système de santé algérien, ces documents ne sont assortis d'aucune précision permettant d'établir que lui-même ne pourrait effectivement bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée en Algérie. En outre, s'il soutient qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement médicamenteux, notamment dès lors qu'il n'est pas pris en charge par l'assurance maladie, le préfet de police produit, en défense, la liste non exhaustive des médicaments disponibles et remboursables par la sécurité sociale en Algérie sur laquelle figurent le Bisoprolol et le Ramipril. La circonstance invoquée selon laquelle l'intéressé ne serait pas pris en charge par l'assurance maladie de son pays est à cet égard sans influence sur la légalité de la décision du préfet. Ainsi, les éléments développés par M. B ne sont pas susceptibles de contrebattre l'appréciation portée par le préfet de police sur son état de santé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait inexactement appliqué les dispositions de l'accord franco algérien précité.

7. En dernier lieu, si le refus de titre de séjour porte préjudice à la situation personnelle de M. B, cette circonstance ne suffit pas à établir que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La décision portant de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". En application de ces dispositions, l'obligation de quitter le territoire français, qui vise le 3° de l'article L. 611-1, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en fait de celle de la décision portant refus d'un titre de séjour dès lors que celle-ci est suffisamment motivée ainsi qu'il a été précisé au point 2.

9. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 8, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En troisième lieu, le moyen tiré du vice de procédure relatif à l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est inopérant à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

11. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien est inopérant à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

12. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point 8, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme entachée d'une une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de ce dernier.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce que M. B fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qu'il est de nationalité algérienne. En outre, le préfet s'est prononcé sur les risques encourus en cas de retour en Algérie en relevant que l'intéressé n'établissait pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées dans ce pays ni qu'il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 8, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

15. En troisième lieu, le moyen tiré du vice de procédure relatif à l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, et doit être écarté.

16. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, et doit être écarté.

17. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point 8, la décision fixant le pays de destination ne peut être regardée comme entachée d'une une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de ce dernier.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et à Me Nombret.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente-rapporteure ;

- Mme Marik-Descoings, première conseillère ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseure la plus ancienne,

N. Marik-Descoings

La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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