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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324619

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324619

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324619
TypeOrdonnance
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 26 octobre 2023, Mme A E et M. D C agissant en leur nom propre et au nom de leurs trois enfants mineurs, représentés par

Me Djemaoun, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à l'Etat de les prendre en charge dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, de manière pérenne et adaptée, assorti d'un accompagnement social conforme aux articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition relative à l'urgence est remplie, dès lors que leurs conditions de vie à la rue aggravent leur vulnérabilité et les exposent à des traitements inhumains et dégradants, en méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la carence de l'Etat est caractérisée et porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence, à l'intérêt supérieur de l'enfant et au principe de dignité de la personne humaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, le préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France représenté par Me Falala conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que les requérants disposent d'un hébergement à compter du 26 octobre 2023.

Par un mémoire enregistré au tribunal le 27 octobre 2023 Mme E et M. C déclarent persister dans toutes leurs conclusions.

Ils soutiennent qu'il n'est pas attesté de la pérennité de l'hébergement d'urgence outre qu'ils vivent dans la rue jusqu'au 31 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York

le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Boudina, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Sangue, substituant Me Djemaoun, en présence de Mme E et M. C, qui admet que les requérants bénéficient d'un hébergement à compter du 26 octobre 2023 mais qui demande des informations complémentaires concernant l'hébergement pérenne et adapté avec un accompagnement social ;

- les observations de Me Theobald, substituant Me Falala, représentant le préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France, qui maintient ses conclusions à fin de non-lieu.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

2. Aux termes de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () / 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L 345-1 à L. 345-3 () ". L'article L. 345-2 du même code prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse. Ce dispositif de veille sociale est, en Ile-de-France, en vertu de l'article L. 345-2-1, mis en place à la demande et sous l'autorité du représentant de l'Etat dans la région sous la forme d'un dispositif unique. L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. / () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées au point 2, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne concernée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. Dans leur requête, Mme E et M. C soutiennent vivre dans la rue depuis le 25 octobre 2023 avec leurs enfants nés les 13 janvier 2018, 14 avril 2019 et 14 octobre 2023. Ils indiquent également appeler, de manière régulière et répétée depuis de nombreux mois, le 115 pour obtenir un hébergement et relèvent qu'ils n'ont bénéficié que ponctuellement d'un hébergement d'urgence par le Samu social en remettant des pièces justificatives. Toutefois, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris fait valoir que les requérants ont obtenu un hébergement du 26 octobre au 30 octobre 2023 à l'hôtel Lemon Vigneux à Vigneux-sur-Seine puis du 30 au 31 octobre 2023 au centre d'hébergement GL Center à Paris. Il précise qu'ils seront orientés à compter du 31 octobre 2023 vers le SAS Pays-de-la-Loire, situé à Beaucouzé, dispositif leur procurant un hébergement temporaire et une évaluation sociale puis un hébergement pérenne en fonction de leur situation, et que le départ vers cette structure sera assuré par l'Etat. Il produit les éléments correspondants qui ont été communiqués aux requérants. Il y a dès lors lieu de faire droit à l'exception de non-lieu soulevée en défense. Les conclusions de la requête aux fins d'injonction sont dès lors devenues sans objet.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

5. Au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme E et M. C au titre des dispositions précitées

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête

de Mme E et M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A E,

à M. D C et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 27 octobre 2023.

Le juge des référés,

J.-M. B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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