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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324648

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324648

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324648
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Hug, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de carte de résident présentée le 15 mars 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Paris de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction assortie d'une autorisation de travail, dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors qu'il était en situation régulière, ayant bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 27 août 2023 et que l'attestation de séjour qui lui avait été délivrée n'a pas été renouvelée en septembre 2023 ; l'irrégularité de son séjour le prive de toutes ressources, son contrat de travail n'ayant pas été renouvelé en octobre 2023, le plaçant ainsi dans une situation de précarité injustifiée ; il est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement alors même qu'il bénéficie toujours de la protection subsidiaire ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

. en vertu des dispositions combinées des articles L. 424-9 et L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est fondé à obtenir la délivrance d'une carte de résident dès lors qu'il justifie d'une présence régulière en France de plus de quatre ans ; l'absence de renouvellement de son attestation de séjour doit être regardée comme une décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident ;

. une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ont été commises dès lors que seul l'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut envisager de lui retirer la protection subsidiaire, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, et qu'il remplissait les conditions pour obtenir une carte de résident, ainsi qu'il a été dit précédemment ; un récépissé devait en outre lui être remis dans l'attente de la fabrication de son titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2023, le préfet de police conclut à titre principal, au rejet de la requête, et à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer et au rejet de la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la demande de titre de séjour de M. A est toujours en cours d'instruction, dans l'attente de l'établissement de l'état civil par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides afin de pouvoir statuer sur cette demande ;

- une attestation de prolongation d'instruction (ADP) lui a été délivrée le 2 novembre 2023, valable jusqu'au 1er février 2024.

Par un mémoire enregistré le 4 novembre 2023, M. A maintient les conclusions de sa requête.

Il soutient que tous les documents d'état civil le concernant ont déjà été remis à l'administration par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dès lors qu'il s'agit d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour ; aucun non-lieu à statuer ne peut, dès lors, être prononcé.

Vu :

- la requête par laquelle M. A C demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Riou pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Riou a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de référé :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Selon les termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. ".

En ce qui concerne l'urgence :

2. Il est constant que M. A C, ressortissant soudanais né le 11 août 1995, bénéficie de la protection subsidiaire et a été muni d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 28 août 2019 au 27 août 2023. Il a sollicité la délivrance d'une carte de résident le 15 mars 2023 et une attestation de séjour valable jusqu'au 14 septembre 2023 lui a été remise, non renouvelée. Il demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de carte de résident présentée le 15 mars 2023 sur le fondement de l'article L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. D'une part, le préfet soutient que ses services sont toujours dans l'attente de la production, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, de documents d'état civil concernant le requérant. Or, M. A C a versé au dossier une copie, non discutée par le préfet, certifiée conforme à l'original et datant du 13 septembre 2023, du certificat de naissance tenant lieu d'acte d'état civil établi par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 octobre 2018 et comprenant des mentions marginales datant du 12 avril 2021.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet de police a délivré à M. A C une attestation de prolongation d'instruction (ADP) valable du 2 novembre 2023 au 1er février 2024 en application de l'article R. 431-15-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce document autorisant notamment son bénéficiaire à travailler et à voyager dans l'espace Schengen. Toutefois, il est constant que M. A C réside en France depuis cinq ans, qu'il a justifié d'une carte pluriannuelle valable de 2019 à 2023 et qu'en l'absence ponctuelle de renouvellement de son attestation de séjour, son contrat de travail, renouvelé chaque mois, ne l'a pas été pour le mois d'octobre, le privant ainsi de la possibilité de travailler et donc de ressources. Il verse d'ailleurs au dossier une lettre de Pôle emploi mettant fin à son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi en l'absence d'un titre de séjour en cours de validité. La carence des services préfectoraux à traiter sa demande datant de mars 2023 au seul motif, erroné ainsi qu'il a été rappelé au point 4, de l'absence de production d'un document d'état civil émanant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le place ainsi dans une situation administrative précaire, dès lors que les services préfectoraux ne lui ont pas délivré, en temps utile, l'attestation sollicitée, lui interdisant la poursuite normale de son activité professionnelle alors même qu'il bénéficie de la protection subsidiaire. Par suite, et contrairement à l'allégation du préfet, la demande présentée par le requérant n'a pas perdu son objet et il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

6. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Par suite, M. A C est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

8. La présente ordonnance n'implique aucune mesure particulière, compte tenu de la délivrance à M. A C, conformément à sa demande, de l'attestation de prolongation d'instruction (ADP) valable du 2 novembre 2023 au 1er février 2024.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A C et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite refusant à M. A C la délivrance d'une carte de résident est suspendue.

Article 2 : L'Etat versera à M. A C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 9 novembre 2023.

La juge des référés,

C. Riou

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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