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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324688

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324688

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324688
TypeOrdonnance
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023, M. E B et Mme C A, représentés par Me Djemaoun, demandent au juge des référés, en leur nom et au nom de leurs enfants mineurs, M. D B et M. F B :

1°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, de les prendre effectivement en charge, d'une manière pérenne et adaptée, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, en prenant en compte la situation de handicap de M. F B qui requiert impérativement un hébergement en rez-de-chaussée, et d'assurer leur accompagnement social, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent :

- que la condition d'urgence est remplie dès lors qu'ils ont été remis à la rue le 25 octobre 2023, malgré la présence d'un enfant en situation de handicap ;

- qu'il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence, à l'intérêt supérieur de l'enfant, au principe de dignité de la personne humaine et au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant, qui constituent des libertés fondamentales au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, et une pièce complémentaire enregistrée le 27 octobre 2023, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la carence des services de l'Etat n'est pas établie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fouassier pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 27 octobre 2023, en présence de M. Drai, greffier d'audience, M. Fouassier a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Sangue, substituant Me Djemaoun, représentant M. B et Mme A, qui concluent aux mêmes fins que leur requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Theobald, substituant Me Falala, représentant le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, qui conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer dès lors que les requérants bénéficient désormais d'un hébergement, et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. Il résulte de l'instruction, et en particulier d'un courriel du service " 115 SIAO " du 27 octobre 2023 produit en défense, et il n'est au demeurant pas contesté, que les requérants et leurs enfants sont, à la date de la présente ordonnance, hébergés par le " 115 de Paris " à l'Hôtel Mister Bed City Torcy à Torcy, dans le département de la Seine-et-Marne. Il n'est par ailleurs ni établi, ni au demeurant allégué, que cet hébergement ne serait pas accessible à l'enfant handicapé des requérants. S'il est vrai que le courriel du service " 115 SIAO " fait état d'un hébergement à cette adresse jusqu'au 2 novembre 2023, il ne résulte pas de l'instruction que cette mise à l'abri, dont il appartiendra à l'administration, en tout état de cause, d'assurer la pérennité, serait susceptible de s'interrompre rapidement, alors qu'il est constant que depuis que cette famille a dû quitter en juillet 2023 le logement des personnes qui avaient accepté temporairement de les accueillir, le nombre de jours où un hébergement d'urgence leur a été refusé faute de place disponible par le 115 est demeuré très limité. Cette mesure d'hébergement d'urgence est ainsi de nature, en l'état de l'instruction, à répondre à l'état de détresse, notamment médicale, que rencontre actuellement cette famille et qui en fait, sans doute possible, une des familles les plus vulnérables justifiant l'action de l'Etat à ce titre. Dans ces conditions, les conclusions des requérants tendant à ce que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative afin d'enjoindre à l'Etat de leur procurer, à bref délai, un hébergement d'urgence et un accompagnement social, sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu, dès lors, d'y statuer.

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B et Mme A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E B et Mme C A et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris le 27 octobre 2023.

Le juge des référés,

C. FOUASSIER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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