mercredi 27 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2324707 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | BREVAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023, Mme C B, représentée par Me Brevan, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en cas de rejet de sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès que son titre de séjour expirant le
21 octobre 2023, elle risque de se retrouver privée de ses droits à séjourner sur le territoire français, qu'elle craint d'être éloignée du territoire français alors qu'elle est mère d'un enfant français qu'elle élève, qu'elle risque d'être privée du droit de travailler en France alors qu'elle est employée en contrat à durée indéterminée depuis le 31 juillet 2023 comme auxiliaire de vie au sein d'une association et d'être privée du droit à obtenir un logement social dès lors que son dossier passe en commission d'attribution le 3 novembre 2023 et qu'il est nécessaire d'avoir un titre valide ;
- la mesure est utile dès lors qu'elle essaye en vain de déposer la demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien auprès de la préfecture de police depuis le mois de juillet 2023 ;
- elle ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante algérienne, née le 23 novembre 1987, a bénéficié d'un certificat de résidence algérien valable du 22 octobre 2013 au 21 octobre 2023. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en juillet 2023. N'étant pas parvenue à déposer sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien auprès de la préfecture de police, Mme C B demande au juge des référés du tribunal administratif de Paris, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de lui fixer un rendez-vous afin de pouvoir déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 7 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme C B. Par suite, les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
5. Si, dans le cadre d'un " téléservice ", l'étranger, après avoir déposé son formulaire de demande et les pièces justificatives exigées, établit ne pas avoir été convoqué dans un délai raisonnable, en dépit de plusieurs relances auprès des services de la préfecture, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de l'absence de convocation sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
6. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien, Mme C B a entrepris de contacter la préfecture de police par courriel, à plusieurs reprises, les 22 septembre, 2, 3 et 10 octobre 2023 afin de faire enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour. Dans ces conditions, dès lors que la requérante, qui se trouve, à la date de la présente ordonnance, en situation irrégulière, son titre de séjour ayant expiré le 21 octobre 2023, risque de ne pas pouvoir bénéficier d'un logement social et de ne pas pouvoir demeurée inscrite sur la liste des demandeurs d'emploi de Pôle emploi, elle établit l'existence d'une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. En outre, la mesure qu'elle sollicite est utile, dès lors qu'elle soutient, sans être contestée par le préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'elle constitue l'unique moyen pour la requérante de lui permettre d'être convoquée en vue du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par ailleurs, elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, puisque la mesure sollicitée permet uniquement à la requérante de déposer sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien et elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de convoquer Mme C B dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien, sans qu'il soit besoin à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives au frais d'instance :
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brevan, avocat de Mme C B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Brevan d'une somme de 500 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de Mme C B à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de donner un rendez-vous à Mme C B dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien.
Article 3 : L'Etat versera à Me Brevan une somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Brevan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Brevan.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 27 décembre 2023.
La juge des référés,
A. PERRIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2324707/9