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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324715

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324715

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324715
TypeOrdonnance
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 et 28 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Sangue, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris de la prendre en charge avec sa fille mineure dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à elle-même.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est sans hébergement et qu'elle vit à la rue avec une enfant âgée d'un an ;

- la carence de l'Etat à lui proposer un hébergement, malgré ses appels au 115, porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence et à l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2023, le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la carence de l'Etat dans l'hébergement d'urgence de la requérante n'est pas caractérisée dès lors qu'elle dispose d'une sœur en capacité de l'accueillir, compte tenu de la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence pour des personnes en situation encore plus vulnérable que la sienne, et au regard des prises en charges temporaires effectuées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Rahmouni, greffière d'audience, Mme Salzmann a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Djemaoun substituant Me Sangue en présence de Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de Me Falala, représentant le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, mère d'une enfant mineure, née le 7 mars 2022, fait valoir qu'elle est dépourvue d'hébergement et qu'en dépit de ses tentatives réitérées, elle ne parvient pas à obtenir un hébergement alors que son enfant est âgée d'un an. Elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet d'Ile-de-France, préfet de Paris de leur procurer sans délai une solution d'hébergement.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de Mme B, il y a lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

4. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. Il résulte de l'instruction et des observations présentées à l'audience que Mme B, qui est arrivée en France le 27 octobre 2019, a été hébergée au domicile de sa sœur qu'elle a été contrainte de quitter en raison de l'opposition de son beau-frère et vit dans la rue avec son enfant née le 7 mars 2022, depuis le 4 juillet 2023. Par les pièces qu'elle produit, la requérante justifie appeler, de manière régulière et répétée depuis cette date, le 115 pour obtenir un hébergement et n'avoir que ponctuellement bénéficié d'un hébergement d'urgence par le Samu social, du 13 au 17 juillet 2023, du 21 au 24 juillet, du 1er au 4 août, du 18 au 21 août, du 30 août au 12 septembre et en dernier lieu, au mois d'octobre, du 1er au 3 octobre et du 23 au 24 octobre.

6. Il résulte également de l'instruction que malgré les efforts globaux de l'Etat pour accroître les capacités d'hébergement d'urgence à Paris et dans la région d'Ile-de-France, l'ensemble des besoins les plus urgents, en constante augmentation, ne peut être satisfait. Tel est notamment le cas pour les familles avec des enfants. Ainsi, il n'est pas contesté que, pour le seul territoire de Paris, au cours de la journée du 25 octobre 2023, 1 421 personnes ont vu leur demande d'hébergement rejetée dont 1080 étaient en situation de famille avec enfants (dont 506 mineurs), représentant 332 familles différentes.

7. Toutefois, compte tenu du jeune âge de l'enfant, et eu égard à l'absence d'aide familiale effective, la jeune femme et son enfant, sans abri, doivent être regardées comme se trouvant dans une situation de détresse sociale au sens des dispositions précitées de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Eu égard à leur situation de particulière vulnérabilité, l'absence d'hébergement d'urgence au bénéfice de la requérante et de son enfant en bas-âge constitue une carence caractérisée dans l'accomplissement de la mission confiée à l'Etat justifiant que soit ordonné, au motif d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence, constitutive d'une situation d'urgence, de prendre les mesures pour les mettre à l'abri.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris de faire procéder à l'hébergement d'urgence de Mme B et de sa fille dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 900 euros qui sera versée à Me Sangue en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Mme B soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de proposer à Mme B et sa fille un hébergement d'urgence pouvant les accueillir et d'assurer leur accompagnement social dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sangue renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Sangue une somme de 900 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Sangue et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de paris, préfet de la région Île-de-France.

Fait à Paris, le 30 octobre 2023.

La juge des référés,

M. SALZMANN

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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