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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324791

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324791

mercredi 27 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324791
TypeDécision
Avocat requérantVEILLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2023, M. A, représenté par Me Veillat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui fixer un rendez-vous afin d'enregistrer sa demande de carte de résident en qualité de réfugié, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente de la fabrication de son titre de séjour, une attestation de prolongation d'instruction de six mois avec droit au séjour et au travail, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Veillat, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est maintenu dans une situation irrégulière et précaire pour une durée anormalement longue et qu'il ne dispose d'aucun document de séjour l'autorisant à travailler alors qu'il aurait dû bénéficier d'un titre de séjour en qualité de réfugié dans un délai de trois mois à compter de la date de reconnaissance de sa qualité de réfugié, soit le 27 octobre 2023 ;

- la mesure est utile dès lors qu'il a tenté à plusieurs reprises d'effectuer des démarches d'enregistrement de sa demande de titre de séjour sur le site de l'administration des étrangers en France (ANEF) dès le mois de juillet 2023, sans y parvenir ;

- les mesures sollicitées ne font pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perrin pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né le 23 juin 2002, a obtenu le statut de réfugié par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du

27 juillet 2023. N'étant pas parvenu à enregistrer sa demande de carte de résident en qualité de réfugié auprès de la préfecture de police de Paris, M. A demande au juge des référés du tribunal administratif de Paris, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de lui fixer un rendez-vous afin d'enregistrer sa demande de carte de résident en qualité de réfugié et de lui délivrer dans l'attente de la fabrication de son titre de séjour, une attestation de prolongation d'instruction de six mois.

Sur les conclusions relatives à l'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Si, dans le cadre d'un " téléservice ", l'étranger, après avoir déposé son formulaire de demande et les pièces justificatives exigées, établit ne pas avoir été convoqué dans un délai raisonnable, en dépit de plusieurs relances auprès des services de la préfecture, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous.

6. Il résulte de l'instruction que le 5 septembre 2023, M. A s'est rendu à un rendez-vous au kiosque d'appui numérique pour les étrangers de la préfecture de police durant lequel un agent a tenté de se connecter, pour le compte de M. A, sur la plateforme de l'ANEF, en vain. M. A a envoyé plusieurs courriers électroniques, les 4, 13 et 26 octobre 2023, à l'adresse électronique dédiée de la préfecture de police informant de ce qu'il ne parvenait pas à enregistrer sa demande de titre de séjour, qu'il avait essayé de réinitialiser son mot de passe à plusieurs reprises, sans succès, et qu'il avait tenté, en vain, de se connecter via une autre adresse de messagerie. Les services de la préfecture de police ont accusé réception de ces messages et lui ont demandé la communication de pièces complémentaires. Depuis le mois de septembre 2023,

M. A établit, par les pièces produites, être dans l'impossibilité de déposer sa demande de titre de séjour. Il justifie donc de l'utilité et de l'urgence particulière de sa situation par la prolongation pendant une durée anormalement longue de la situation précaire qui lui est imposée par la préfecture de police.

7. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la demande présentée par M. A ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de fixer à

M. A un rendez-vous dans un délai de quinze jours à compter de la notification l'ordonnance à intervenir afin qu'il puisse déposer sa demande de carte de résident en qualité de réfugié.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Veillat, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Veillat, de la somme de 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de fixer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, un rendez-vous à M. A pour lui permettre de déposer une demande de carte de résident en qualité de réfugié.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Veillat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Veillat, avocat de M. A, une somme de 500 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à M. A.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Veillat.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 27 décembre 2023.

La juge des référés,

A. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2324791/9

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