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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324798

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324798

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324798
TypeOrdonnance
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 et 28 octobre 2023, Mme B et M. C, agissant en leur nom propre et pour le compte de leurs enfants mineurs, A C et E C, représentés par Me Djemaoun, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris et au SAMU social de Paris, de les prendre effectivement en charge, de manière pérenne et adaptée, en Ile-de-France, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, en prenant en compte la situation de santé de Mme C et de l'enfant A C scolarisé actuellement en école maternelle et d'assurer leur accompagnement social, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'ils vivent à la rue malgré la présence d'un nourrisson âgé de sept jours et de leur fils âgé de quatre ans et scolarisé à Paris, en dépit d'appels répétés au 115 ; l'hébergement de la famille au sein du centre d'hébergement GL Center à Paris et l'éloignement vers le SAS Pays-de la Loire à Beaucouzé ne font pas disparaître l'urgence de leur situation car il n'est pas prouvé qu'ils bénéficieront d'un hébergement pérenne, adapté et d'un accompagnement social, et alors qu'elle subit les suites de son accouchement et que l'enfant scolarisé en école maternelle à Paris a besoin de stabilité ;

- la carence de l'Etat dans la prise en charge de leur famille porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence, à l'intérêt supérieur de l'enfant, au principe de dignité de la personne humaine et au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant, qui constituent des libertés fondamentales au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, le préfet de la région d'Ile-de- France, préfet de Paris, représentée par Me Falala, conclut au non-lieu à statuer

Il fait valoir que la famille a fait l'objet d'une prise en charge quasi-continue depuis la mi-juillet et qu'elle est hébergée jusqu'au 31 octobre 2023 et qu'à cette date l'Etat se charge de la diriger vers le dispositif du SAS Pays-de-la-Loire, situé à Beaucouzé pour un hébergement temporaire avec une évaluation sociale puis un hébergement pérenne en fonction de la situation de la famille au sein de la région du SAS.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Rahmouni, greffière d'audience, Mme Salzmann a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Djemaoun, en présence des membre de la famille, qui maintient les conclusions de sa requête par les mêmes moyens et insiste sur l'état de santé de la requérante et le défaut de garantie d'un hébergement pérenne et adapté avec accompagnement social,

- les observations de Me Falala, représentant le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, qui maintient ses conclusions aux fins de non-lieu.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B et M. C, ressortissants ivoiriens, agissant en leur nom propre et pour le compte de leurs enfants mineurs, A C, né le 3 septembre 2019 à Tunis et E C, née le 20 octobre 2023 à Paris, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris et au SAMU social de leur attribuer sans délai un hébergement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L.121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () / 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L.345-1 à L.345-1 à L.345-3 () ". Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". Ce dispositif de veille sociale est, en Ile-de-France, en vertu de l'article L.345-2, mis en place à la demande et sous l'autorité du représentant de l'Etat dans la région sous la forme d'un dispositif unique. L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. Il résulte de l'instruction, en particulier des captures d'écran des messages communiqués à chacun des parents par les services de l'Etat et des déclarations du représentant du préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, confirmant ses écritures valant engagement écrit de l'Etat, que Mme B et M. C et leurs enfants, après avoir obtenu un hébergement, du 27 octobre au 30 octobre 2023, au sein de l'hôtel Résidence Garges Stalingrad, situé à Garges-lès-Gonesse, sont, à la date de l'ordonnance, hébergés, du 30 au 31 octobre, au sein du centre GL Center à Paris et qu'ils seront orientés, à compter de cette date, vers le SAS Pays-de-la-Loire, situé à Beaucouzé, à proximité d'Angers. Il résulte de l'instruction que ce dispositif comprend un hébergement temporaire et une évaluation sociale puis un hébergement pérenne en fonction de leur situation et que le départ vers cette structure dont il leur est indiqué qu'elle se fera à partir du centre GL Center à Paris où ils sont hébergés, est pris en charge par l'Etat. S'il est soutenu que cette orientation vers cette structure en province est incompatible avec la situation de la famille dès lors que l'enfant A, scolarisé à l'école maternelle à Paris, a besoin de stabilité et que Mme B a des lochies à la suite de son accouchement, il ne résulte pas de l'instruction que ces seules circonstances, et alors qu'aucune pièce médicale n'est versée contre-indiquant un voyage d'environ trois heures, feraient obstacle au transfert assuré par l'Etat vers le SAS Pays-de-la-Loire, situé à Beaucouzé, qui a pour mission également, dans le cadre de l'accompagnement mis en place, d'organiser la scolarisation des enfants et un éventuel suivi médical. Ces mesures d'hébergement d'urgence sont ainsi de nature, en l'état de l'instruction, à répondre à l'état de détresse que rencontre actuellement cette famille et qui en fait, sans doute possible, une des familles les plus vulnérables justifiant l'action de l'Etat à ce titre. Dans ces conditions, les conclusions des requérants tendant à ce que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative afin d'enjoindre à l'Etat de leur procurer, à bref délai, un hébergement d'urgence et un accompagnement social, sont devenues sans objet. Ainsi que le non lieu-d'exception en a été opposé en défense, il n'y a plus lieu, dès lors, de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction de la requête.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction de la requête.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B et M. F C et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 30 octobre 2023.

La juge des référés,

M. SALZMANN

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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