lundi 30 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2324807 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 octobre 2023, Mme D, M. E, agissant en leur nom propre et pour le compte de leurs enfants mineurs, G F, B F et A E, représentés par Me Djemaoun, demandent au juge des référés saisi sur le fondement des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris et au SAMU social de Paris, de les prendre effectivement en charge, de manière pérenne et adaptée, en Ile-de-France, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, et d'assurer leur accompagnement social, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'ils vivent à la rue malgré la présence d'un nourrisson âgé de dix-sept jours et des deux autres enfants âgés de neuf et onze ans, en dépit d'appels quotidiens au 115 depuis leur remise à la rue le 26 septembre ;
- la carence de l'Etat dans la prise en charge de leur famille porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence, à l'intérêt supérieur des enfants, au principe de dignité de la personne humaine et au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant, qui constituent des libertés fondamentales au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 octobre 2023, le préfet de la région d'Ile de France, préfet de Paris représentée par Me Falala conclut, en dernier lieu, au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que la famille est hébergée depuis le 27 octobre 2023 et sera orientée vers la province vers le dispositif du SAS Pays-de-la-Loire, situé à Beaucouzé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Boudina, greffière d'audience, Mme Salzmann a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Djemaoun en présence des membres de la famille, qui maintient ses conclusions et soutient qu'il n'est pas prouvé le bénéfice pour la famille d'un hébergement pérenne et adapté avec accompagnement social et que le voyage projeté d'une durée de trois heures vers le SAS de Beaucouzé préjudicie à la santé de Mme D et de son nourrisson ;
- les observations de Me Falala, représentant le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, qui maintient ses conclusions aux fins de non-lieu.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D et M. E, ressortissants algériens, agissant en leur nom propre et pour le compte des enfants mineurs, G et B F, nés respectivement le 17 août 2014 et le 9 février 2012 en Algérie, issus d'un premier mariage de Mme D, et A E née le 10 octobre 2023 à Paris, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet d'Ile-de-France, préfet de Paris et au SAMU social de leur procurer sans délai une solution d'hébergement.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L.121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () / 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L.345-1 à L.345-1 à L.345-3 () ". Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". Ce dispositif de veille sociale est, en Ile-de-France, en vertu de l'article L.345-2, mis en place à la demande et sous l'autorité du représentant de l'Etat dans la région sous la forme d'un dispositif unique. L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
3. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
4. Il résulte de l'instruction que Mme D, qui a appelé le 115, a été prise en charge dès son premier appel du 9 septembre au 11 septembre puis du 12 au 26 septembre 2023 et qu'à la suite de son accouchement, ses trois enfants et elle-même ont été pris en charge à compter du 27 octobre à l'hôtel Grand Paris à Villejuif jusqu'au 30 octobre. Il résulte également de l'instruction, en particulier des éléments communiqués en défense tels les captures d'écran des messages et le courriel du service des urgences sociales du lundi 30 octobre 2023 que Mme D et M. E bénéficient d'une prise en charge hôtelière au GL Center pour le 30 octobre et sont informés d'une orientation à compter du 31 octobre vers le SAS Pays-de-la-Loire, situé à Beaucouzé, à proximité d'Angers, dispositif comprenant un hébergement temporaire et une évaluation sociale puis un hébergement pérenne en fonction de leur situation, que le départ vers cette structure est assuré par l'Etat. S'il est soutenu que cette orientation vers cette structure en province est incompatible avec la situation de la famille dès lors que le voyage d'une durée de trois heures environ ne peut que préjudicier à la santé du nourrisson et de sa mère eu égard aux suite de l'accouchement, il ne résulte pas de l'instruction que cette circonstance qui n'est pas étayée par un justificatif médical ferait obstacle au transfert vers le SAS Pays-de-la-Loire, situé à Beaucouzé, qui a pour mission également, dans le cadre de l'accompagnement mis en place, de veiller en tout état de cause à un éventuel suivi médical. Par ailleurs, la circonstance invoquée par l'avocat des requérants selon laquelle un hébergement pérenne serait subordonné à la régularité du séjour n'est pas établie. Dans ces conditions, les mesures d'hébergement d'urgence sont de nature, en l'état de l'instruction, à répondre à l'état de détresse que rencontre actuellement cette famille et qui en fait, sans doute possible, une des familles les plus vulnérables justifiant l'action de l'Etat à ce titre. Dans ces conditions, les conclusions des requérants tendant à ce que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative afin d'enjoindre à l'Etat de leur procurer, à bref délai, un hébergement d'urgence et un accompagnement social, sont devenues sans objet. Ainsi que le non lieu-d'exception en a été opposé en défense, il n'y a plus lieu, dès lors, de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction de la requête.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction de la requête.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D, M. E et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressée au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 30 octobre 2023.
La juge des référés,
M. SALZMANN
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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