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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324842

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324842

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324842
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 27 octobre 2023 et le 22 novembre 2023, Mme E F D, représentée par Me Fazolo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", et à titre très subsidiaire, de réexaminer sa situation, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle assortit.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 5 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager ;

- et les observations de Me Fazolo, conseil de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante ivoirienne née le 26 août 1992, entrée en France le

15 septembre 2019 sous visa de long séjour en vue de suivre des études, a sollicité, le

29 décembre 2022, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 octobre 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur la légalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. A C, attaché d'administration de l'Etat, placé sous l'autorité de la cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme D. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D avant de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour. Si Mme D soutient que son choix de s'inscrire en certificat d'aptitude professionnelle " petite enfance " était justifié, le préfet pouvait légalement, en l'absence de progression dans les études, ainsi qu'il sera dit au point 7, lui refuser le renouvellement de son titre de séjour présenté sur ce fondement.

5. En quatrième lieu, si Mme D soutient qu'en estimant que la naissance de son enfant sur le territoire français ne lui accorde aucun droit au séjour, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait, cette circonstance, ainsi qu'il sera dit au point 8, est sans incidence sur la légalité de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour mention " étudiant ".

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

7. Pour refuser de renouveler le titre de séjour " étudiant " de Mme D, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'elle ne justifiait pas du caractère sérieux et réel de ses études ni d'une progression, en relevant que si elle s'était inscrite pour l'année universitaire

2019-2020 en Master 1 de philosophie, à l'université de Paris Est Créteil Val de Marne , qu'elle a validé, elle s'est ensuite inscrite en Master 2 " Ethiques et norme savoir ", qu'elle n'a pas validé, qu'elle s'est réinscrite dans ce même master 2, sans obtenir le diplôme et qu'elle a ensuite suivi une formation de CAP au titre de l'année 2022-2023. Il ressort en effet des pièces du dossier et notamment des certificats de scolarité qu'elle n'a pas validé le master 2, et qu'elle s'est réinscrite dans ce même master au titre de l'année 2021-2022, sans justifier de sa réussite, avant, enfin, d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle " accompagnant éducatif petite enfance ", le

6 juillet 2023. Dans ces conditions, le préfet de police, en estimant, à la date de son arrêté, que Mme D ne justifiait pas d'une progression dans ses études ni de leur caractère réel et sérieux, n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.

8. En sixième lieu, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent être utilement soulevés à l'encontre d'une décision de refus de renouvellement de titre de séjour " étudiant ".

9. En dernier lieu, si le refus de titre de séjour porte préjudice à la situation de

Mme D, cette circonstance ne suffit pas à établir que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de l'intéressée.

10. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour en litige. Les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées dans leur ensemble.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / (). ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est la mère d'un enfant de nationalité française, Ange-Yoan B, né le 15 mai 2022, de sa relation avec M. B, un ressortissant français. Si Mme D et M. B ne partagent pas la vie commune, l'intéressée justifie vivre avec son enfant et contribuer effectivement à son entretien et à son éducation depuis sa naissance, comme le démontrent les différentes factures produites à son nom entre juin 2022 et août 2023 pour acheter des aliments pour bébé, des vêtements et des fournitures infantiles ainsi que le carnet de santé de l'enfant. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme établissant contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant Ange-Yoan dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans. Il suit de là que le préfet de police a méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en faisant obligation à Mme D de quitter le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme D est seulement fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement implique seulement que le préfet de police réexamine la situation de Mme D. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme D d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 4 octobre 2023 est annulé en tant qu'il oblige Mme D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et qu'il fixe le pays de destination.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme D dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F D et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente-rapporteure ;

- Mme Marik-Descoings, première conseillère ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseure la plus ancienne,

N. Marik-Descoings

La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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