jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2324864 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2023, M. B F et Mme A C, agissant tant en leur nom personnel qu'au nom de leurs enfants mineurs, E C et D F, représentés par Me Sangue, demandent au juge des référés :
1°) de leur accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet compétent de les prendre en charge dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1200 euros à verser à leur conseil en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'urgence est caractérisée dès lors que, contraints de dormir dans la rue alors que le plus jeune de leurs enfants a moins de deux ans, ils sont en situation de détresse sociale, compte tenu également des conditions climatiques actuelles ;
- la carence des services de l'Etat, compte tenu de leur vulnérabilité et de leurs nombreuses tentatives de joindre le 115, caractérise une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence, en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention de New-York.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er novembre 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la famille a été prise en charge du 25 juillet au 11 septembre 2023, que les requérants sont imprécis quant aux proches susceptibles de les héberger et que les services de l'Etat font face à des demandes très importantes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'action sociale et des familles. ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Boudina, greffier d'audience, Mme Weidenfeld a lu son rapport et entendu les observations de Me Sangue, représentant les requérants, et de Me Falala, représentant le préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, Mme A C G et M. B F H, ressortissants congolais âgés de 21 et 23 ans, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, de les prendre en charge, avec leur fils âgé de trois ans et demi et leur fille âgée de 7 mois, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence sans délai à compter de l'ordonnance à intervenir.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
4. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
5. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
6. Il résulte de l'instruction que les requérants, qui sont présents sur le territoire français depuis 2022, sont arrivés en Ile-de-France en mai 2023. Il est constant que la famille, qui a bénéficié d'un hébergement d'urgence par le Samu social du 25 juillet au 11 septembre 2023, appelle le 115, de manière régulière et répétée depuis cette date, sans succès et est, par suite, sans abri.
7. Toutefois, il résulte également de l'instruction que les requérants ont sollicité l'asile auprès de la préfecture de Strasbourg le 14 octobre 2022 et ont fait, à une date indéterminée, l'objet d'un placement en procédure dite Dublin. En dépit des questions qui leur ont été posées à l'audience, les requérants, qui ont indiqué ne pas avoir exécuté les arrêtés de transfert dont ils ont fait l'objet, n'ont précisé ni les conditions dans lesquelles ils étaient hébergés avant le 13 mars 2023, ni leur situation administrative présente, ni les raisons qui les ont conduits à se rendre en Ile-de-France. Dans ces conditions, en raison du caractère lacunaire des informations qu'ils ont transmises au juge des référés, lesquelles ne permettent pas d'apprécier pleinement leur situation, les requérant ne peuvent, en l'état de l'instruction, qu'être regardés comme s'étant eux-mêmes placés dans la situation d'urgence qu'ils invoquent. Il s'ensuit que la requête présentée par Mme C G et M. F H doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C G et M. F H sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C G et M. F H, à Me Sangue et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressée au préfet de Paris, préfet de la région Île-de-France.
Fait à Paris, le 2 novembre 2023.
La juge des référés,
K. Weidenfeld
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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