jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2324865 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 octobre et 1er novembre 2023, M. C A et Mme B épouse A, représentés par Me Aboukhater, demandent au juge des référés :
1°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de leur proposer une solution d'hébergement pour eux-mêmes et leur enfant, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de son renoncement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et à défaut d'admission des requérants au bénéficie de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la carence de l'Etat à leur trouver un hébergement d'urgence caractérise une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence dès lors que, depuis le 27 octobre 2023, les services de l'Etat refusent de leur proposer un hébergement d'urgence, alors qu'ils ont un nourrisson de moins d'un mois, que les températures extérieures baissent et qu'ils ne disposent d'aucune aide ; ils précisent que le refus de l'hébergement proposé près d'Angers était lié au fait que M. A est salarié en CDI à temps plein depuis le 2 mai 2022, exerce son activité en Ile-de-France et ne pouvait risquer de perdre son emploi.
- l'urgence est caractérisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2023, le préfet de
Paris, préfet de la région Ile-de-France, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'un hébergement a été proposé à la famille près d'Angers et que celle-ci l'a refusé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Boudina, greffier d'audience, Mme Weidenfeld a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Aboukhater, représentant les requérants, qui précise que ses conclusions en matière de frais de justice sont fondées sur le seul article L. 761-1 du code de justice administrative et qu'un revenu mensuel de 2 500 euros ne permet pas de pourvoir à l'hébergement d'une famille :
- Me Falala, représentant le préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France, qui indique que le requérant perçoit un salaire mensuel de 2 500 euros.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
2. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse " et l'article L. 345-2-2 du même code précise que " toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Enfin aux termes de l'article L. 345-2-3 dudit code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
3. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
4. M. A, ressortissant afghan auquel la qualité de réfugié a été reconnue, son épouse et leur enfant, né le 10 octobre 2023, ont été pris en charge par le Samu social à la sortie de la maternité le 20 octobre 2023, puis orientés vers Bezons jusqu'au 27 octobre 2023. Se retrouvant sans hébergement, avec un nouveau-né, ils demandent au juge du référé-liberté d'enjoindre au préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France de leur désigner un hébergement sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles.
5. Il résulte de l'instruction que les requérants ont reçu une proposition d'hébergement pour une prise en charge à Beaucouzé, à proximité immédiate d'Angers, que M. A a déclinée en raison de l'emploi qu'il occupe, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, en région parisienne. Toutefois, l'existence d'une ligne à grande vitesse entre Angers et Paris permettait au requérant, au moins temporairement, de mettre sa famille à l'abri, tout en conservant son emploi. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contredit, que le requérant perçoit un salaire mensuel d'environ 2 500 euros par mois et n'est, par suite, pas dépourvu de ressources. Dans ces conditions, eu égard au refus par M. A de la proposition qui lui a été faite, aux revenus dont il dispose et à la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence dans la région de l'Ile-de-France, les requérants ne démontrent pas l'existence d'une carence de l'Etat de nature à révéler une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales qu'ils invoquent, et ce, en dépit du très jeune âge de leur enfant.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et Mme B épouse A et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressée au préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France.
Fait à Paris, le 2 novembre 2023.
La juge des référés,
K. Weidenfeld
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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