mercredi 27 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2325115 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TORDO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Tordo, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, au préfet de police de lui fixer un rendez-vous afin d'enregistrer sa demande de changement de statut, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, au préfet de police de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il se trouve dans l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous à la préfecture pour changer de statut depuis le mois de mai 2021, que son titre de séjour en cours de validité, portant la mention " visiteur ", ne l'autorise pas à travailler alors même qu'il exerce un emploi de salarié à temps plein, qu'il risque de perdre son emploi faute de titre de séjour l'autorisant à travailler et qu'il justifie d'au moins cinq années de présence continue sur le territoire français où il a de nombreuses attaches ;
- la mesure est utile dès lors qu'elle constitue le seul moyen d'obtenir un rendez-vous afin de pouvoir renouveler son titre de séjour et changer de statut afin de pouvoir travailler de manière régulière sur le territoire français ;
- la mesure demandée ne fait pas obstacle à une décision de l'administration.
La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 30 mai 1980, présent en France depuis 2017 selon ses déclarations, a obtenu la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " valable du 11 janvier 2023 au 10 janvier 2024. M. A B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un rendez-vous afin de pouvoir déposer sa demande de changement de statut et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions tendant à la délivrance d'un rendez-vous afin de déposer sa demande de changement de statut :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. Pour justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai de la mesure d'injonction qu'il demande, M. A B qui produit plusieurs courriels adressés à la préfecture de police depuis 2021 pour obtenir un changement de statut et un rendez-vous à cette fin, soutient que la durée d'obtention d'un tel rendez-vous est anormalement longue, et fait état de l'urgence au regard du risque qu'il encourt de perdre son emploi du fait de l'irrégularité de son séjour et du risque d'atteinte à son droit à mener une vie familiale normale sur le territoire français. Toutefois, M. A B est titulaire d'un titre de séjour qui le maintient en situation régulière en France jusqu'au 10 janvier 2024 et il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il risquerait de perdre son emploi, alors qu'au demeurant, il travaille dans la même entreprise, sans titre l'autorisant à travailler, depuis le 11 novembre 2018. Dans ces conditions, sa demande tendant à ce qu'il soit fait injonction au préfet de police de lui fixer un rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de changement de statut ne présente pas de caractère d'urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative justifiant que le juge des référés ordonne une mesure sur ce fondement.
Sur les conclusions tendant à la délivrance d'un récépissé l'autorisant à travailler :
6. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement précité au point 2, dans le cadre de son office, d'enjoindre au préfet de police de délivrer au moyen d'un récépissé, une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 27 décembre 2023.
La juge des référés,
A. Perrin
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des outre-mer et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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