mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2325185 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | ORHANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 novembre 2023 et un mémoire enregistré le 10 novembre 2023 à 13 :21, M. B A, représenté par Me Orhant, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 septembre 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses conditions d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif depuis la cessation, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est privé de l'allocation pour demandeur d'asile, ne peut travailler et ne dispose d'aucune ressource.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- la décision litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation, révélant que sa situation n'a pas été examinée sérieusement ;
- cette décision n'a pas été précédée d'un entretien sur sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tenant à l'impossibilité pour lui de faire valoir ses observations préalablement à l'édiction de la décision contestée ;
- elle méconnait l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023 à 12 :55, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, d'une part, que l'urgence n'est pas caractérisée et, d'autre part, que les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 octobre 2023 sous le numéro 2325187 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Amadori pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Amadori, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 10 novembre 2023 en présence de Mme Ramphort, greffière d'audience.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées à l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 15 août 1993, a présenté le 18 janvier 2023 2023 une demande d'asile en France qui a été placée en procédure dite " Dublin ". M. A a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 19 janvier 2023 et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le 14 février 2023, M. A a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités allemandes qui ont été désignées comme étant responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par décision du 5 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin de suspension présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
6. Il n'est pas sérieusement contesté que M. A est dépourvu de ressources. La décision ordonnant la cessation des conditions matérielles d'accueil le place ainsi dans une situation de grande précarité. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
7. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / ()/ 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; (). ".
8. D'une part, si l'OFII soutient dans ses écritures que M. A n'aurait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant, notamment, de se rendre aux entretiens et qu'il aurait cessé de se présenter aux autorités depuis le 12 octobre 2022, cette affirmation n'est pas corroborée par les dates mentionnées sur le document versé aux débats intitulé " convocation pour exécution de la mesure dont vous faites l'objet : arrêté de transfert ". D'autre part, la décision attaquée fait mention d'une omission à se présenter à deux rendez-vous des 29 juin et 6 juillet 2023, alors que le document précité mentionne deux rendez-vous en date des 5 et 6 juillet 2023. Enfin, ce même document est revêtu, aux côtés des dates indiquées, d'une signature, analogue à celle figurant sur l'accusé de réception de du courrier du 1er août 2023 et identifiable, comme étant celle de M. A. L'OFII ne pouvant, en l'état de l'instruction, justifier de manière suffisante une défaillance réitérée de M. A aux convocations qui lui auraient été adressés, le moyen tiré de ce que M. A ne pouvait être regardé comme n'ayant pas respecté, au sens et pour l'application de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile, les exigences des autorités chargées de l'asile, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 5 septembre 2023 mettant fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du directeur de l'OFII du 5 septembre 2023 prononçant la cessation des conditions matérielles d'accueil de M. A, jusqu'à ce qu'il soit statué, au fond, sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".
11. Il résulte de la suspension ordonnée au point 9 qu'il y a lieu d'enjoindre au directeur de l'OFII de rétablir provisoirement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont le requérant a été privé par l'effet de la décision du 5 septembre 2023, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Orhant renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Orhant d'une somme de 900 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision de l'OFII du 5 septembre 2023 est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint à l'OFII, à titre provisoire, de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont M. A a été privé par l'effet de la décision attaquée du 5 septembre 2023, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Orhant renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'OFII versera à Me Orhant la somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Orhant et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Paris, le 14 novembre 2023.
Le juge des référés,
A. AMADORI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/1