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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2325319

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2325319

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2325319
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 novembre 2023 et 6 novembre 2023, M. C D, maintenu en zone d'attente de l'aéroport de Paris Orly, représenté par Me Berte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande d'admission sur le territoire français au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre fin aux mesures privatives de liberté et de lui délivrer un visa de régularisation de huit jours et une autorisation provisoire de séjour pour lui permettre de saisir l'OFPRA de sa demande d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- la transcription de l'interrogatoire est entachée d'erreurs de transcription ;

- les conditions matérielles de l'entretien ne lui ont pas permis de développer son récit ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des faits ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision fixant le pays de destination viole le principe de non refoulement et viole l'article 33 de la convention de Genève ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par la SCP Saidji et Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hémery en application de l'article

R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hémery,

- les observations orales de Me Berte, représentant M. D, assisté de M. E, interprète en langue lingala,

- et les observations orales de Me Lecourt, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer,

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. D, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né le 8 novembre 1989, demande au tribunal d'annuler la décision du 2 novembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande d'admission sur le territoire français au titre de l'asile.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée pour le ministre et par délégation par Mme B A, adjointe à la cheffe du département de la coopération et de la dimension extérieure de l'asile. Par une décision du 30 mai 2023, régulièrement publiée, modifiant la décision du 24 août 2020 portant délégation de signature, Mme A a reçu délégation pour signer au nom du ministre " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions du département de l'accès à la procédure d'asile ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. D a été entendu par l'officier de protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 02 novembre 2023. L'entretien a fait l'objet d'un enregistrement sonore conformément à l'article R. 723-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le conseil de M. D fait valoir que la transcription écrite dudit entretien serait entachée d'erreurs. Toutefois, il ne soutient pas que le rapport écrit produit au dossier ne serait pas fidèle aux propos tenus, même s'ils ne sont pas tous consignés et même si certaines erreurs de plume ont pu s'y glisser, et le requérant n'apporte aucun élément permettant de considérer que l'entretien est entaché d'irrégularité.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. " et de l'article L. 352-2 du même code : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées à l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article. Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration. ".

5. M. D soutient que les conditions matérielles de l'entretien avec l'officier de protection de l'OFPRA ne lui ont pas permis de développer son récit dans des conditions correctes. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant n'aurait pas été en mesure, au cours de cet entretien, d'exposer de manière suffisamment précise sa situation afin de permettre à l'administration de procéder à l'examen prévu à l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. D a bénéficié de l'aide d'un interprète par téléphone. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que l'OFPRA n'aurait pas tenu compte de sa vulnérabilité. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

6. En dernier lieu, le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. D telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'OFPRA, que le requérant soutient que, de nationalité congolaise et appartenant à la communauté molobo, il est originaire de Kinshasa, qu'en 2006, le père de l'intéressé rejoint la garde républicaine et y occupe les postes de major, puis de chargé de mission, au grade de colonel, qu'en mars 2018, son père est envoyé en mission dans le Kivu, qu'en juin 2018, à son retour à Kinshasa, son père dénonce les infiltrations dans l'armée congolaise d'éléments rwandais, burundais et ougandais, que, le 25 juin 2018, l'intéressé assiste à l'attaque de son domicile par des membres de forces de l'ordre congolaises, au cours de laquelle son père est assassiné, sa mère et sa sœur violées, et lui-même est grièvement blessé, que, le 28 septembre 2018, il dépose une plainte auprès des forces de l'ordre, en vain, qu'il vit ensuite en clandestinité, chez un ami, qu'en octobre 2023, il est informé par sa mère des recherches actives dont il fait l'objet de la part des forces de l'ordre, que, pour ce motif, il craint pour sa sécurité et quitte en conséquence son pays d'origine le 22 octobre 2023. Toutefois, les déclarations de l'intéressé sont entachées d'imprécisions et d'incohérences. Si M. D invoque des faits qui datent de 2018, il n'explique pas comment il aurait vécu pendant cinq ans sous la menace de ces hommes dans son pays et pourquoi il aurait décidé de fuir son pays aujourd'hui. D'autre part, M. D ne parvient pas à expliquer pourquoi il est menacé alors que c'est son père qui était visé et qu'il est décédé et expose de manière vague et faiblement étayée le parcours de son père au sein de l'armée congolaise ainsi que les fonctions occupées par celui-ci. Il livre par ailleurs un discours confus quant à l'identité précise des personnes, au sein des autorités congolaises, l'ayant menacé lui-même et sa famille. Enfin, il ne parvient pas à rendre compte de manière détaillée des démarches accomplies lors de sa tentative de dépôt de plainte. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de M. D au regard notamment de sa vulnérabilité, et sans méconnaître l'article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non refoulement, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, considérer que la demande de l'intéressé d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu'il serait réacheminé vers tout pays dans lequel il serait légalement admissible. Il s'ensuit que le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui ne s'est pas estimé en situation de compétence liée au regard de l'avis émis par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et ne s'est pas livré à un examen au fond de la demande, a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à M. D l'entrée en France au titre de l'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Jugement rendu en audience publique le 7 novembre 2023.

Le magistrat désigné,La greffière

D. HEMERY D. MIGEON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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