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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2325428

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2325428

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2325428
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET BRIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 novembre 2023 et le 9 septembre 2024, Mme C B épouse A, représentée par Me Dire, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juin 2023 par laquelle le président du conseil d'administration de l'Institut national des formations notariales (INFN) a refusé de la dispenser de l'examen de contrôle des connaissances techniques pour l'accès aux fonctions de notaire, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'INFN de la dispenser du diplôme de notaire, sans la réserve de réussir l'examen de contrôle des connaissances techniques ;

3°) à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'INFN une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur, dès lors qu'elle a été signée par le président du conseil d'administration de l'INFN ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, de sorte qu'elle méconnaît son droit au procès équitable et son droit à un recours effectif ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 5° de l'article 4 du décret du 5 juillet 1973 relatif à la formation professionnelle dans le notariat et aux conditions d'accès aux fonctions de notaire, dès lors qu'elle maîtrise la langue française et qu'elle remplit les conditions de compétence technique au vu de ses diplômes et de son expérience professionnelle ;

- elle méconnaît l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 août et le 23 septembre 2024, l'INFN conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la mise à la charge de Mme B une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- le décret n° 73-609 du 5 juillet 1973 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doan,

- les conclusions de M. Pény, rapporteur public,

- et les observations de Me Dire, représentant Mme B, et de Me Chauvelier, représentant l'INFN.

Une note en délibéré a été enregistrée le 18 octobre 2024 pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a sollicité, le 17 juin 2022, auprès de l'Institut national des formations notariales (INFN), la dispense du diplôme d'études supérieures du notariat, du diplôme de notaire et du diplôme supérieur du notariat, sur le fondement des dispositions du 5° de l'article 4 du décret n° 73-609 du 5 juillet 1973. Par un avis du 4 mai 2022, le conseil supérieur du notariat a émis l'avis qu'elle soit dispensée, sans réserve, de la condition du 5° de l'article 4 de ce décret. Par une décision du 7 juin 2023, dont elle demande l'annulation, le président du conseil d'administration de l'INFN a dispensé Mme B du diplôme de notaire sous réserve qu'elle réussisse l'examen de contrôle des connaissances techniques.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 4 du décret du 5 juillet 1973 relatif à la formation professionnelle dans le notariat et aux conditions d'accès aux fonctions de notaire : " Sont dispensés de la condition de l'article 3 (6°) sous réserve d'une certaine durée de pratique professionnelle dans un office de notaire et, le cas échéant, d'un contrôle de connaissances techniques : / () / 5° Les anciens avocats et anciens avocats défenseurs ayant été inscrits pendant deux ans au moins au tableau d'un barreau de la métropole, d'un département d'outre-mer, d'une collectivité d'outre-mer ou d'un Etat lié à la France par un accord de coopération ". Aux termes de son article 5 : " () L'Institut national des formations notariales peut, après avis du bureau du Conseil supérieur du notariat, décider qu'il y a lieu de faire subir à l'intéressé un examen de contrôle des connaissances techniques. () ". Aux termes de son article 7 : " () II. - Nul ne peut se présenter aux épreuves de l'examen de contrôle des connaissances techniques s'il n'a suivi la préparation dispensée à cette fin par l'Institut national des formations notariales dont les modalités et le programme pédagogique d'enseignement sont définis par arrêté du garde des sceaux après avis du bureau du Conseil supérieur du notariat et de l'Institut national des formations notariales. Ce programme d'enseignement inclut un module consacré à la gestion d'un office de notaire, la déontologie et la discipline notariales. La préparation mentionnée au premier alinéa du présent II peut être suivie dans les deux ans qui précèdent la possibilité pour les candidats de se présenter à l'examen de contrôle des connaissances techniques. Une préparation acquise demeure valable jusqu'à l'expiration de la troisième année civile qui suit celle de sa validation. L'admission à subir les épreuves de l'examen est prononcée par le garde des sceaux, ministre de la justice. Nul ne peut se présenter plus de trois fois à l'examen de contrôle des connaissances techniques. Un certificat d'aptitude aux fonctions de notaire est décerné aux personnes ayant subi avec succès l'examen de contrôle des connaissances prévu au présent article. " Aux termes de son article 102 : " Le conseil d'administration établit le règlement intérieur de l'Institut national des formations notariales. Ce règlement fixe la liste des sites d'enseignement, après avis du Conseil supérieur du notariat, en tenant compte de la nécessité de garantir le maillage territorial et le maintien d'une formation de proximité ainsi que des capacités d'accueil des élèves suffisantes pour couvrir les besoins prévisibles en services notariaux. Il détermine en outre les conditions de fonctionnement de l'Institut national des formations notariales et de ses sites d'enseignement, les modalités d'organisation et de contrôle des stages et des divers enseignements qu'il assure et les modalités de mise en œuvre des compétences qu'il tient de l'article 94. " Aux termes de l'article 7 du règlement intérieur de l'INFN, intitulé " Le Président " : " Il convoque le Conseil d'administration, en fixe l'ordre du jour et le préside. Il représente l'INFN dans tous les actes de la vie civile et en justice. Il détient tout pouvoir à l'effet d'engager l'INFN, sous réserve des pouvoirs dévolus au Conseil d'administration. Il ordonnance les dépenses et exécute les décisions arrêtées par le Conseil d'administration. Pour les missions non définies par l'article 104-1 du décret du 5 juillet 1973 modifié, il donne délégation de pouvoirs au Directeur général avec faculté de subdélégation. Il peut également donner délégation de pouvoirs à toute personne de son choix ".

3. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 7 du règlement intérieur de l'INFN que le président de son conseil d'administration est compétent pour prendre toutes les décisions générales engageant l'Institut, sauf dispositions particulières. Contrairement à ce qu'allègue Mme B, il ne résulte pas de ces dispositions que le président du conseil d'administration ne serait pas compétent pour imposer à un candidat le passage de l'examen de contrôle des connaissances techniques afin d'être dispensé du diplôme de notaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles 4, 5 et 7 du décret du 5 juillet 1973 et indique que les observations émises par la direction générale de l'INFN concernant les connaissances de la requérante après audition de cette dernière, en matière de gestion d'un office notarial, de déontologie et de discipline notariales, justifiaient de la soumettre à la réussite de l'examen de contrôle des connaissances techniques. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'insuffisance de motivation, ni, par voie de conséquence et en tout état de cause, qu'il méconnaitrait le droit au procès équitable et à un recours effectif.

5. En troisième lieu, pour adopter la décision attaquée, l'Institut national des formations notariales a reconnu que Mme B remplissait les conditions du 5° de l'article 4 du décret du 5 juillet 1973, a rappelé que le ministère de la justice avait décidé de ne fixer aucune durée de pratique professionnelle supplémentaire au regard des années de pratique professionnelles déjà effectuées par la requérante, et a retenu qu'après audition de celle-ci, il était nécessaire de la soumettre à l'examen de contrôle des connaissances techniques.

6. Mme B fait valoir qu'elle a bénéficié du programme Erasmus à l'Université de Metz avec d'excellents résultats, qu'elle parle couramment la langue française, qu'elle a collaboré pendant de nombreuses années avec un cabinet d'avocats français à Nice, et qu'elle travaille depuis 2017 dans un cabinet de notaires en France, de sorte qu'elle cumule plus de 5 années de pratique dans le notariat français, où elle a progressé en qualification selon la convention collective du notariat. Elle souligne également qu'elle est titulaire d'un master en droit de l'Université de Salento, d'une spécialisation en notariat obtenue à Lecce, et qu'elle est inscrite aux barreaux de Lecce et de la Cour de cassation italienne. Toutefois, aux termes de l'article 5 du décret du 5 juillet 1973, l'INFN peut, sans conditions, décider qu'il y a lieu de faire subir au candidat un examen de contrôle des connaissances techniques, et aux termes de son article 7, les personnes titulaires du diplôme de premier clerc de notaire ou du diplôme des métiers du notariat depuis au moins quatre ans et d'un master en droit et qui justifient qu'elles ont exercé pendant quatre années au moins des activités professionnelles auprès d'un notaire doivent systématiquement subir avec succès les épreuves du contrôle de connaissances techniques. Au regard de ces exigences, les circonstances avancées par Mme B ne sont pas de nature à faire regarder la décision attaquée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, s'ils participent à l'exercice de l'autorité publique et ont ainsi la qualité d'officier public nommé par le garde des sceaux, les notaires titulaires d'un office n'occupent pas des " dignités, places et emplois publics " au sens de l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'INFN, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par l'INFN au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à l'Institut national des formations notariales.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- M. Cicmen, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

R. Doan

Le président,

H. Delesalle Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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