mercredi 22 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2325447 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | FIDAL DIRECTION PARIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023, la société de droit allemand Gapola Armbrust-Spiele, représentée par Mes Pezzali et Charvin, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 9 février 2023 par laquelle la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a notifié à la Commission européenne, en application de l'article 12 de la directive 2001/95 du 3 décembre 2001 relative à la sécurité générale des produits, le produit " jouet-arbalète " qu'elle commercialise dans plusieurs Etats de l'Union européenne en raison des risques graves pour la santé que son utilisation est susceptible d'engendrer ;
2°) d'enjoindre à la DGCCRF de prendre toutes les mesures utiles pour que la Commission européenne retire de la section " Système d'alerte rapide de l'UE pour les produits non alimentaires dangereux " de son site internet l'alerte relative à la non-conformité du produit litigieux dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- l'urgence tient à la baisse importante de son chiffre d'affaires consécutive à la publication par la Commission européenne de l'alerte dont elle a été saisie par les autorités françaises concernant la sécurité du produit commercialisé, baisse qui l'a contrainte à mettre fin à trois emplois à temps partiel, et alors, notamment, qu'elle ne commercialise, outre ce produit principal, qu'un seul autre produit secondaire ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse dès lors que le produit commercialisé ne méconnaît pas les exigences de sécurité telles que définies par la norme EN 71-1, ainsi qu'il résulte de plusieurs rapports des autorités allemandes compétentes.
Par un mémoire enregistré le 16 novembre 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2325243 par laquelle la société requérante demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la directive 2001/95 du 3 décembre 2001 relative à la sécurité générale des produits ;
- le décret n° 2010-166 du 22 février 2010 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné M. Sorin, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Canaud, greffière d'audience :
- le rapport de M. Sorin, juge des référés,
- les observations de Me Pezzali, représentant la société requérante qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,
- et les observations de Mme B et de M. A, représentant le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, qui concluent aux mêmes fins par les mêmes moyens
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. La société de droit allemand Gapola Armbrust-Spiele commercialise dans plusieurs Etats membres de l'Union européenne deux modèles de jeux d'arbalètes. A la suite d'un contrôle réalisé par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraude (DGCCRF) le 28 octobre 2022 sur trois exemplaires du lot de commercialisation n°21169, il est apparu divers manquements à la réglementation, et notamment une puissance de tir supérieure à la limite maximale de 0,08 joule fixée par la norme NF EN 71-1 et susceptible de provoquer des lésions oculaires. Par la présente requête, la société requérante demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 9 février 2023 par laquelle la DGCCRF a, à la suite de ce contrôle, notifié à la Commission européenne, en application de l'article 12 de la directive 2001/95 du 3 décembre 2001 relative à la sécurité générale des produits, le lot litigieux.
Sur les conclusions en suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. En l'espèce, pour justifier l'urgence qui s'attacherait à la suspension de la décision litigieuse, la société requérante invoque une baisse importante de son chiffre d'affaires depuis la publication, le 24 février 2023 par la Commission sur le site internet " Safety gate ", de l'alerte relative au produit litigieux et la nécessité dans laquelle elle s'est trouvée de mettre fin à trois emplois à temps partiel. Toutefois, elle n'établit pas la réalité de la situation économique ainsi invoquée en n'apportant aucun élément sur les emplois en cause, et en se bornant à produire un tableau sur une feuille volante dépourvue d'en-tête, non datée, non signée et qui n'est revêtue d'aucune garantie permettant d'attester l'exactitude des nombres qui y sont mentionnés. Par ailleurs, d'une part, la société n'apporte aucun élément sur sa situation financière et ses niveaux d'endettement et de trésorerie de nature à établir le caractère suffisamment immédiat des effets de la décision litigieuse sur sa situation économique, d'autre part l'alerte ne porte que sur un lot du produit litigieux et non sur la totalité des produits mis sur le marché, notamment postérieurement à l'alerte, et, enfin, la circonstance, à la supposer établie, selon laquelle certaines places de marché auraient décidé unilatéralement, à la suite de l'alerte litigieuse, de retirer de leurs sites les produits fabriqués par la société requérante est sans incidence sur l'appréciation de l'urgence qui s'attacherait à la suspension de la décision litigieuse. La société requérante n'établit par suite pas que l'exécution de cette décision porterait une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à justifier qu'en soit prononcée la suspension dans l'attente du jugement à intervenir au fond.
5. En tout état de cause, les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas, en l'état de l'instruction, propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dans la mesure notamment, d'une part, où les rapports de l'organisme de certification allemand " TÜV Rheinland " du 27 décembre 2018 et du 8 mars 2023 ne portent pas sur le même lot que celui ayant fait l'objet de l'alerte litigieuse et, d'autre part, que le rapport du 19 septembre 2023 du même organisme ne fait mention d'aucun contrôle de la conformité de la puissance de tir à la norme NF EN 71-1.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de la société Gapola Armbrust-Spiele en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Gapola Armbrust-Spiele est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Gapola Armbrust-Spiele et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Fait à Paris, le 22 novembre 2023.
Le juge des référés,
J. SORIN
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2325447/2