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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2325585

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2325585

lundi 13 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2325585
TypeOrdonnance
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2023, Mme C A, représentée par Maître Roman Sangue, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet de la région d'Ile-de-France ou/et à la Ville de Paris de la prendre en charge avec ses enfants mineurs sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État ou/et de la Ville de Paris la somme de 1200 euros TTC à verser au conseil de Mme A au titre de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus de l'aide juridictionnelle, à verser à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée car elle est contrainte, avec ses deux enfants, de dormir dans la rue alors que son dernier enfant a moins d'un an ;

- il y a une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale au titre de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles car sa vulnérabilité et celle de ses enfants est indubitable et que la carence de l'Etat est caractérisée, ou alors, à titre subsidiaire, il s'agit de la carence caractérisée de la Ville de Paris au titre des articles L. 221-1, L. 222-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- s'agissant de l'Etat, l'absence de prise en charge de la famille n'a tenu qu'à la saturation du dispositif et à la comparaison des situations non pourvues qu'assure le Samu Social, ainsi, sur le seul territoire de Paris, au cours de la journée du 8 novembre 2023, sur les 1259 personnes qui ont vu leur demande d'hébergement rejetée, 1052 étaient en situation de famille avec enfants (dont 534 mineurs), représentant 319 familles différentes, avec des situations de vulnérabilité plus importantes que celle de la requérante.

La requête a été communiquée à la Ville de Paris, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Boudina, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Sangue, pour Mme A, présente,

- les observations de Mme A,

- les observations de Me Gorse, pour le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris.

La Ville de Paris n'est ni présente, ni représentée.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

3. D'une part, aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique () aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social () 3° Mener en urgence des actions de protection en faveur des mineurs mentionnés au 1° du présent article ; () 5° () organiser le recueil et la transmission, dans les conditions prévues à l'article L. 226-3, des informations préoccupantes relatives aux mineurs dont la santé, la sécurité, la moralité sont en danger ou risquent de l'être ou dont l'éducation ou le développement sont compromis ou risquent de l'être, et participer à leur protection () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 ". Aux termes de l'article L. 345-1 du même code : " Bénéficient, sur leur demande, de l'aide sociale pour être accueillies dans des centres d'hébergement et de réinsertion sociale publics ou privés les personnes et les familles qui connaissent de graves difficultés, notamment économiques, familiales, de logement, de santé ou d'insertion, en vue de les aider à accéder ou à recouvrer leur autonomie personnelle et sociale () ". Aux termes de l'article L. 345-2 de ce code : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'Etat dans le département prévu à l'article L. 345-2-4. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points 3 et 4 que toute personne peut s'adresser au service intégré d'accueil et d'orientation (115) et que l'Etat ne peut légalement refuser un hébergement d'urgence au seul motif qu'il incombe, à titre principal, au département d'assurer la prise en charge.

6. Il ressort des pièces soumises au juge des référés et des explications données à l'audience que Mme A, de nationalité ivoirienne, est entrée en France en 2019 en compagnie de son fils mineur né le 8 août 2013, après avoir vécu deux ans en Italie. Elle a bénéficié d'une prise en charge en hébergement d'urgence de longue durée jusqu'en février 2022 et d'un accompagnement social qui lui a permis de suivre une formation en auxiliaire de vie. Parallèlement, Mme A a formé, en octobre 2021, une demande d'asile. Lorsque sa demande d'asile a été rejetée en février 2022, Mme A a reçu une fin de prise en charge à l'hôtel et est allée habiter chez une amie. Elle est ensuite partie en Italie en novembre 2022 pour y accoucher, le 10 décembre 2022, de son second enfant, du nom de Lassey, de nationalité italienne, qui dispose d'une carte d'identité italienne. Mme A est ensuite revenue en France vivre chez la même amie, qui lui a demandé de quitter son logement le 7 juin 2023. Son fils aîné, désormais âgé de dix ans, est scolarisé dans le 12ème arrondissement à l'école Charles Beaudelaire.

7. Si Mme A soutient qu'elle est sans solution d'hébergement et qu'elle n'a cessé d'appeler le " 115 ", elle n'a saisi la Ville de Paris que par mail du 23 octobre 2023 et a commencé à appeler le " 115 " le 11 juillet 2023, en espaçant ses appels parfois d'une semaine. Au vu de ce qui a été dit précédemment, compte tenu des attaches dont dispose Mme A en Italie et de l'incertitude entourant sa situation familiale, la situation de Mme A ne la place pas sans doute possible parmi les familles les plus vulnérables. Il suit de là qu'aucune carence caractérisée ne peut être imputée à l'Etat ni à la Ville de Paris dans la prise en charge de Mme A et de ses enfants, dont la situation ne fait pas apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée ainsi que, par suite, les conclusions tendant à l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, à la Ville de Paris, au ministre de la santé et de la prévention et au ministre des solidarités et des familles.

Copie en sera adressée au préfet de Paris, préfet de la région Île-de-France.

Fait à Paris, le 13 novembre 2023.

Le juge des référés,

Anne B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, au ministre des solidarités et des familles en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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