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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2325695

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2325695

lundi 13 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2325695
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHOELLKOPF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2023, M. B A, retenu en zone d'attente de l'aéroport de Paris-Roissy Charles de Gaulle, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 novembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre fin aux mesures privatives de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la décision méconnaît le principe de non-refoulement et l'article 33 de la convention de Genève, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par la Selarl Centaure Avocats conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin-Genier,

- les observations orales de Me Schoellkopf, avocat commis d'office représentant M. A, en présence de celui-ci assisté d'un interprète en lingala,

- et les observations orales de Me Baller, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais né le 1er août 1969, demande l'annulation de la décision du 7 novembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile.

2. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". L'article L. 352-2 de ce même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ".

3. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant a été entendu par un représentant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lequel a donné un avis défavorable à son admission au séjour en raison du caractère manifestement infondé de la demande. Par suite, le ministre compétent, qui prend la décision après avoir eu connaissance de cet avis, a relevé le caractère manifestement infondé de ladite demande. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant son admission au séjour, le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. A telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'OFPRA, que le requérant, de nationalité congolaise et appartenant à la communauté kongo, soutient qu'en 2015 il décide de quitter son pays pour s'installer au Brésil et améliorer ses conditions de vie. Une fois installé au Brésil, il entre en contact avec une organisation mafieuse impliquée dans un trafic de stupéfiants et collabore avec cette organisation pour faire passer des produits stupéfiants, notamment en République démocratique du Congo, avec succès. Lors d'une troisième mission, il est arrêté en Afrique du Sud où il est écroué pendant deux ans, puis il retourne en RDC où il reprend son activité criminelle. Par la suite, après un voyage à Paris au mois de septembre 2023 afin de préparer une nouvelle mission, il repart en octobre au Brésil où il est chargé de faire passer en France 1800 kilogrammes de cocaïne mais, craignant de se faire arrêter en France, il se débarrasse de la marchandise à l'aéroport de Sao Paulo. Il craint d'être recherché par le cartel à la fois au Brésil et au Congo où le réseau est solidement implanté. Toutefois, les déclarations de l'intéressé dont dénués de tout élément circonstancié. Après avoir effectué pendant plusieurs années son trafic de stupéfiants, il n'évoque que la crainte d'être arrêté en France sans renier l'intérêt financier qu'il a eu pendant de nombreuses années à effectuer ce trafic criminel. S'il dit craindre pour sa vie à cause d'un retour à Kinshasa dans son pays d'origine, il a indiqué dans un premier temps ne vouloir retourner qu'au Brésil. En présence d'éléments contradictoires et incohérents, les dires de ce dernier sur d'éventuelles craintes dans son pays d'origine -le seul à l'égard duquel sa situation doit être examinée- n'apparaissent pas crédibles. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de M. A au regard notamment de sa vulnérabilité, et sans méconnaître le principe de non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, considérer que la demande de l'intéressé d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu'il serait réacheminé vers le territoire du Brésil ou tout pays où il serait légalement admissible.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre l'intérieur et des outre-mer.

Le magistrat désigné,

P. MARTIN-GENIER

Le greffier,

R. DRAI Lu en audience publique le 13 novembre 2023.

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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