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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2325795

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2325795

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2325795
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantDA COSTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Da Costa, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 7 novembre 2023 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le " système d'information Schengen " SIS ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet a méconnu les liens personnels et familiaux établis en France de longue date.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simonnot, président de chambre, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Simonnot,

- et les observations de Me Da Costa, avocate de M. B,

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant palestinien, selon les mentions de l'arrêté attaqué, né le 1er janvier 1990 est entré en France en 2021 selon ses déclarations. Par un arrêté du 7 novembre 2023, pris sur le fondement des 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la prétendue décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

3. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen () ".

4. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ce signalement sont irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées :

5. L'arrêté contenant les décisions attaquées est revêtu des considérations de droit et des éléments de fait sur lesquels son auteur s'est fondé pour les édicter. En particulier, y sont mentionnés les articles L. 611-1, L. 612-1 et 2, L. 612-6, L. 614-1, L. 711-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, les éléments de fait de nature à justifier l'application des dispositions relative à l'éloignement, le refus de délai de départ volontaire, l'interdiction de retour sur le territoire français, la détermination du pays à destination duquel l'éloignement est susceptible d'être exécuté, alors même que ces faits pour ce qui concerne cette décision sont erronés la Palestine n'étant pas un Etat internationalement reconnu et qu'il n'existe pas de loi de nationalité palestinienne et, enfin, les éléments relatifs à l'atteinte au respect de la vie privée et familiale et le risque de subir des traitements inhumains et dégradants. Ces décisions sont donc motivées et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ", et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

7. Au soutien des moyens tirés de la méconnaissance par la décision d'éloignement des dispositions et stipulations citées au point précédent M. B se borne à faire valoir qu'il est incontestablement intégré en France. Alors qu'il déclare être entré en France au plus tôt en 2021, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il y aurait travaillé depuis son arrivée, qu'il y bénéficierait d'un logement, qu'il entretiendrait des relations privées ou familiales. Il ne fait pas valoir, en outre, être dépourvu d'attache dans le pays qu'il a quitté pour rejoindre la France et ne contredit pas le préfet de police qui a précisé qu'il est célibataire et sans enfant à charge. Dès lors, la décision d'éloignement ne méconnait ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors, en outre, que le requérant ne soutient pas avoir déposé ou avoir eu l'intention de déposer, antérieurement à la décision attaquée, une demande tendant à la délivrance du titre prévu par ces dispositions. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de M. B

En ce qui concerne la décision par laquelle a été fixé le pays à destination duquel la décision d'éloignement est susceptible d'être exécutée :

8. Il résulte de ce qui est dit au point 7 que la décision d'éloignement n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision par laquelle a été fixé le pays à destination duquel la décision d'éloignement est susceptible d'être exécutée serait fondée sur une décision illégale doit être écarté.

9. Si M. B soutient que la décision en cause est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle en raison de ses attaches privées et familiales en France, comme il est dit au point 7, de telles attaches ne sont établies par aucune pièce du dossier et ne sont pas seulement précisées quant à leur nature, leur ancienneté, leur intensité par les seules écritures.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 et non L. 612-10 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

11. Il résulte des termes des dispositions citées au point précédent que le préfet de police, dès lors qu'il avait pris à l'égard de M. B une décision lui refusant un délai de départ volontaire, se trouvait en situation de compétence lié pour décider de lui interdire le retour sur le territoire français. Si M. B soutient que ses " liens personnels et familiaux " en France auraient dus être pris en compte par le préfet de police au titre des circonstances humanitaires, de tels liens comme ne ressortent pas des pièces du dossier ni des écritures mêmes du requérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, l'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance, de faire application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Pour le même motif, il n'y a pas davantage lieu, en tout état de cause, de faire application des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et à Me Da Costa.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Le magistrat désigné,

J.-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2325795/4-3

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