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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2325958

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2325958

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2325958
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantCABINET ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023, M. F B, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de police lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction d'une demande de titre de séjour, et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet d'annuler son signalement aux fins de non-admissions dans le système d'information Schengen et d'annuler la décision comme fixant l'Afghanistan comme pays de renvoi ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros hors taxes à Me Pafundi, son avocat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce le cas échéant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de retrait de la carte de séjour pluriannuelle :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 424-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 424-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors sa présence n'est pas constitutive d'une menace à l'ordre public ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors sa présence n'est pas constitutive d'une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 16 janvier 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager ;

- et les observations de Me Dacosta, substituant Me Pafundi, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. F B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1992, entré en France le 21 mars 2017 selon ses déclarations, a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire, en application de l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides en date du 28 août 2017. M. B a été, en cette qualité, mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 25 juin 2019 au 24 juin 2023. Par une décision du 14 juin 2021, notifiée le 6 juillet 2021, l'OFPRA a mis fin à la protection subsidiaire accordée à M. B. Par un arrêté du 10 octobre 2023, le préfet de police lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Par une décision du 28 novembre 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense :

Sur la légalité de la décision de retrait de la carte de séjour pluriannuelle :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme A C, attachée d'administration de l'Etat, placée sous l'autorité de Mme E D, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions des articles L. 424-9, L. 424-15 et L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour retirer la carte de séjour pluriannuelle accordée à M. B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 424-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou par décision de justice ou lorsque l'étranger renonce à ce bénéfice, la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 et L. 424-11 est retirée. / L'autorité administrative statue sur le droit au séjour des intéressés à un autre titre dans un délai fixé par décret en Conseil d'État. / La carte de séjour pluriannuelle ne peut être retirée en application du premier alinéa quand l'étranger est en situation régulière depuis au moins cinq ans. " Aux termes de l'article L. 432-4 du même code : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Il résulte de ces dispositions que si l'étranger, qui bénéficie de la protection subsidiaire, justifie être en situation régulière depuis au moins cinq ans, l'autorité administrative ne peut procéder au retrait de la carte séjour pluriannuelle sur le seul motif que l'étranger a perdu le bénéfice de cette protection ou qu'il a renoncé à ce bénéfice. Toutefois, l'autorité administrative est fondée à la retirer en se fondant sur d'autres motifs, et notamment pour des motifs tenant à l'ordre public.

6. Il résulte des termes de l'arrêté attaquée que pour procéder au retrait de la carte de séjour pluriannuelle délivrée à M. B, le préfet de police s'est fondé sur deux motifs tenant, d'une part, à ce que, par une décision du 14 juin 2021, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a mis fin à la protection subsidiaire qui avait été accordée à M. B le 28 août 2017 et, d'autre part, de ce que sa présence en France est constitutive d'une menace pour l'ordre public eu égard à la circonstance qu'il a été condamné par trois fois à des peines d'emprisonnement, dont une ferme, pour des faits d'agression sexuelle et pour non justification de son adresse par une personne enregistrée dans le fichier des auteurs d'infractions sexuelles et dont le quantum total des peines s'élève, pour l'ensemble de ses condamnations, à douze mois d'emprisonnement ferme et un mois de sursis. Si M. B soutient que le préfet de police ne pouvait procéder au retrait de sa carte de séjour pluriannuelle dès lors que la décision lui retirant le bénéfice de la protection subsidiaire ne lui a pas été régulièrement notifiée de sorte qu'il n'a pu contester cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile et qu'il est en situation régulière sur le territoire français depuis plus de six ans, il ressort des pièces du dossier, que le préfet de police aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de la menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. Si M. B se prévaut de sa durée de présence sur le territoire français et de ce qu'il exerce une activité professionnelle, il ressort des pièces du dossier et des termes de l'arrêté attaqué, sans que cela ne soit contesté, qu'il est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français. Dès lors, compte tenu notamment des condamnations de M. B à des peines d'emprisonnement pour des faits d'agression sexuelle et de la menace qu'il représente, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La décision portant de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". En application de ces dispositions, l'obligation de quitter le territoire français, qui vise le 3° de l'article L. 611-1, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en fait de celle de la décision portant retrait d'un titre de séjour dès lors que celle-ci est suffisamment motivée ainsi qu'il a été précisé au point 4.

10. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.

12. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point 8, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 9 à 12, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace à l'ordre public (). "

15. Il ressort des pièces du dossier, notamment du casier judicaire n°2 de M. B, qu'il a été condamné par trois fois pour des faits d'agression sexuelle et une fois pour non justification de son adresse par une personne enregistrée dans le fichier des auteurs d'infractions sexuelles et dont le quantum total des peines s'élève, pour l'ensemble de ses condamnations, à douze mois d'emprisonnement ferme et un mois de sursis. Compte tenu de la gravité des infractions et de leur réitération, le préfet de police n'a pas commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence en France était constitutive d'une menace pour l'ordre public et pouvait, sur ce seul motif, refuser à M. B un délai de départ volontaire.

Sur la légalité l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

16. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 9 à 12, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 15, le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que la présence de M. B était constitutive d'une menace à l'ordre public doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, au préfet de police et à Me Pafundi.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente ;

- M. Hémery, premier conseiller ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien,

D. Hémery

La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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