LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2326042

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2326042

lundi 27 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2326042
TypeDécision
Avocat requérantADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 novembre 2023, la société Edacom, représentée par

Me Chouchana et Me Grauzam, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 21 septembre 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la caisse des dépôts de procéder au référencement de la société Edacom sur la plateforme " Mon compte formation " dans un délai de 48h suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond ;

3°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts de procéder au paiement des formations engagées sur la plateforme " Mon compte formation " dans un délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que la société est endettée à hauteur de 552 341,43 euros ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité dès lors que :

o la décision est entachée d'une insuffisance de motivation, la caisse ayant a tort utilisé la méthode de l'extrapolation sur les constats réalisés ;

o elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la phase de contrôle n'a pas été menée de façon contradictoire ;

o ne sont pas fondés les griefs relatifs :

* aux pratiques commerciales utilisées étaient légales à l'époque où elles ont été mises en œuvre ;

* aux prétendus coûts disparates des formations ;

* à la réalisation totale des formations ;

* au remboursement de l'ensemble des dossiers pour lesquels un financement a déjà été versé alors que les actions de formation ont bien été exécutées :

) les formateurs ne disposant pas de numéro de déclaration d'activité n'ont plus dispensé de formation à partir de janvier 2023 ;

) les programmes de formation sont conformes aux exigences des certifications Qualiopi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, la Caisse des dépôts et consignations représentée par Me Nahmais du cabinet Adden avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Edacom la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code correctionnel de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas suffisamment démontrée par les pièces produites et il y a un intérêt public au maintien de la sanction ;

- aucun moyen ne suscite un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 novembre 2023 sous le numéro 2326046 par laquelle la société Edacom demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gracia, vice-président de la 3e section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Yahiaoui, greffière d'audience, M. Gracia a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Chouchana et de Me Grauzam, pour la société Edacom ;

- les observations de Me Guéna, pour la Caisse des dépôts et consignations.

Considérant ce qui suit :

1. La société Edacom est un organisme de formation qui propose différentes formations en rapport avec le numérique, exclusivement par l'intermédiaire de la plateforme " Mon compte formation ". Le 21 juin 2023, la Caisse des dépôts et consignations lui a adressé un courrier l'informant de l'ouverture d'une période contradictoire à son encontre, en application des dispositions de l'article 13 des conditions générales d'utilisation de la plateforme, et de sa décision de prononcer à son encontre les mesures provisoires de déréférencement de la plateforme et de suspension des paiements pour les formations effectuées ou en cours. Par un courrier du

28 juillet 2023, la société Edacom a contesté l'ensemble des griefs et apporté différents éléments de justification. Par une décision du 21 septembre 2023, dont elle n'a eu connaissance que le

18 octobre 2023, la société Edacom a fait l'objet d'une décision définitive de sanction de la Caisse des dépôts et consignations, d'une part, prononçant le déréférencement de l'organisme de formation pour une durée de 9 mois, et, d'autre part, lui demandant de rembourser des sommes versées pour des formations ayant fait l'objet d'une prise en charge, et, enfin, l'informant du non-paiement des sommes normalement dues pour les formations en cours. Par la présente requête, la société Edacom demande la suspension de l'exécution du 21 septembre 2023.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 531-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision du 21 septembre 2023, d'une part, la société Edacom produit son " bilan pédagogique et financier " pour l'année 2022, déposé en préfecture en mai 2023, qui fait état d'un montant de 524 196 euros de charges pour 121 124 euros de produits ainsi qu'une attestation d'un cabinet d'experts-comptables, la SAS Pyramide Conseils, qui indique que le montant de ses dettes fournisseurs exigibles immédiatement s'élève, à la date du 31 octobre 2023, à la somme de 552 341,43 euros alors que le compte en banque présente un solde créditeur d'un montant de 1 178,80 euros. D'autre part, il résulte de l'instruction et n'est pas sérieusement contesté par la Caisse des dépôts et consignations, que les revenus de la société Edacom proviennent exclusivement de son activité sur la plateforme " Mon compte formation " et qu'elle ne dispose pas d'autres sources de revenus ni n'est susceptible d'en générer à court terme.

5. Dans ces conditions, au vu de la situation de trésorerie de la société Edacom décrite au point 4 et des conséquences sur la société, attachées à la décision du 21 septembre 2023 qui la prive à court terme de toute source de revenus du fait de son déréférencement, la condition d'urgence doit, en l'espèce, être réputée satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de l'acte :

6. D'abord, aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ". Aux termes de l'article R. 6333-6 du code du travail : " Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui prononcer un avertissement, refuser le paiement des prestations, demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent. La Caisse des dépôts et consignations effectue tout signalement utile et étayé des manquements qu'elle constate auprès des autorités compétentes de l'Etat ". Ensuite, l'alinéa 7 de l'article 10 des conditions générales d'utilisation de la plateforme " Mon compte formation " dispose que : " La procédure de contrôle est impartiale, transparente et contradictoire de façon à permettre un échange contradictoire avec l'Organisme de formation, et le cas échéant le Titulaire du compte. Dans ce cadre, la CDC peut procéder par échantillonnage. Toutefois, elle n'est pas liée par le champ de contrôle initialement défini dans l'échantillon. Elle se réserve ainsi le droit d'étendre son contrôle aux autres dossiers que ceux objet de l'échantillon ".

7. D'une part, il résulte de ces dispositions que la décision attaquée, qui présente le caractère d'une sanction administrative, doit être précédée d'une procédure contradictoire, laquelle vise à informer l'intéressé avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et de la sanction encourue. Ainsi, la sanction ne peut être prononcée sans que l'intéressé ait été mis à même de procéder à des observations. D'autre part, si les dispositions de l'alinéa 7 de l'article 10 des conditions générales d'utilisation de la plateforme " Mon compte formation " permettent à la caisse des dépôts et consignations de procéder par échantillonnage en l'autorisant à étendre son contrôle au-delà des dossiers de l'échantillon, elles ne sauraient lui permettre de prendre une sanction sur des dossiers qu'elle n'a pas contrôlés et pour lesquels le titulaire du compte n'a pas été mis en mesure de présenter des observations.

8. Il résulte de l'instruction que, préalablement à l'adoption de la décision du 21 septembre 2023, la Caisse des dépôts et consignations a adressé à la société requérante, le 21 juin 2023, un courriel intitulé " notification d'ouverture de la procédure contradictoire prévue à l'article 13 des Conditions générales d'utilisation de Mon compte formation " par lequel, d'une part, il lui a été rappelé que se livrer à des pratiques commerciales de nature à contraindre le titulaire de compte à activer son compte ou à procéder à l'achat d'une formation constitue un manquement aux conditions générales d'utilisation de la plateforme " Mon compte formation ", d'autre part, il lui a été demandé de justifier de l'éligibilité des stagiaires nés entre 1955 et 1960, ensuite, il lui a été laissé un délai de 30 jours pour fournir des pièces justificatives pour soixante dossiers et, enfin, il lui a été précisé qu'à l'expiration de ce délai, la caisse lui indiquerait les suites qui seront données à ce dossier. Par un courrier du 28 juillet 2023, la société Edacom a répondu à ces demandes.

9. Toutefois, alors que les demandes formulées par la Caisse des dépôts et consignations ne portaient que sur un échantillon de soixante dossiers et quelques autres dossiers, il n'est pas contesté que la sanction prononcée a concerné l'intégralité des 738 dossiers traités par la société alors qu'il résulte des précisions apportées à l'audience que la Caisse des dépôts et consignations n'a pas contrôlé la totalité des dossiers de la société, ni demandé des justifications à la société requérante chacun de sur ceux-ci. Dans ces conditions, en prenant la sanction litigieuse, la Caisse des dépôts et consignations a méconnu le principe du contradictoire qui lui imposait de demander des éléments à la société Edcaom sur la totalité de ses dossiers et de recueillir ses observations sur leur conformité avant, le cas échéant, de les sanctionner. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de respect du principe du contradictoire pendant la phase de contrôle est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 septembre 2023 par laquelle la Caisse des dépôts et des consignations a prononcé une sanction à l'encontre de la société Edacom.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. D'une part, il est enjoint à la Caisse des dépôts et consignations de procéder au référencement de la société Edacom sur la plateforme " mon compte formation " dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous réserve qu'elle en remplisse toujours les conditions, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond. D'autre part, le caractère provisoire des injonctions prononcées par le juge des référés s'oppose en revanche à ce qu'il soit enjoint à la Caisse des dépôts et consignations de verser à la société Edacom la somme que cette dernière réclame, la Caisse des dépôts et consignations devant toutefois réexaminer la situation de la société à cet égard dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur le remboursement des frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la Caisse des dépôts et des consignations soit mise à la charge de la société Edacom. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 1 000 euros à verser à la société Edacom au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision de la Caisse des dépôts et consignations en date du 21 septembre 2023 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la Caisse des dépôts et consignations de procéder au référencement de la société Edacom sur la plateforme " mon compte formation " dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous réserve qu'elle en remplisse toujours les conditions et de réexaminer la situation de la société Edacom au regard des versements à effectuer dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La Caisse des dépôts et consignations, versera à la société Edacom la somme de 1 000 euros (mille euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la Caisse des dépôts et consignations tendant au remboursement des frais de l'instance sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Edacom et à la Caisse des dépôts et consignations.

Fait à Paris, le 27 novembre 2023.

Le juge des référés,

J-Ch. GRACIA

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

← Retour aux décisions