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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2326051

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2326051

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2326051
TypeDécision
Formation4e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 novembre 2023, M. B, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner au préfet de police de lui communiquer l'intégralité de son dossier administratif ;

3°) d'annuler l'arrêté du 11 novembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé à cet effet un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter la notification du jugement à intervenir ;

5°) à défaut, d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour au titre de la " vie familiale et privée ", sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire national ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simonnot, président de chambre, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique M. Simonnot a donné lecture de son rapport .

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant Egyptien né le 15 juillet 1983, est dépourvu de document de voyage et ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français. Par un arrêté du 11 novembre 2023, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il sera éloigné. M. B demande l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, de la décision fixant le pays de destination et d'une décision lui refusant un délai de départ volontaire.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la production du dossier de M. B :

3. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

4. Les pièces au vu des quelles le décisions attaquées ont été prises ayant été produites par le préfet de police en cours d'instance, les conclusions de M. B tendant à la production de son dossier sont sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

5. Par un arrêté n° 2023-511 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. C, attaché d'administration de l'Etat pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté litigieux ait été pris en application d'une décision de refus de titre de séjour. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de l'illégalité d'une décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté comme inopérant.

7. La décision attaquée, qui vise notamment les articles L. 611-1et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, et qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il lui est loisible de faire valoir auprès de l'administration toute information complémentaire utile.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été auditionné par les services de police le 11 novembre 2023, ayant ainsi été mis à même de formuler ses observations et de porter à la connaissance de l'administration, avant que ne soit prise la décision contestée, l'ensemble des informations pertinentes relatives à sa situation personnelle. En tout état de cause, le requérant ne se prévaut d'aucune information pertinente dont il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision en litige et qui, si elle avait pu être communiquée à temps aurait été de nature à faire obstacle à la décision. Dans ces conditions, le droit d'être entendu de M. B n'a pas été méconnu.

10. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France selon ses déclarations le 25 novembre 2022. S'il soutient travailler dans le domaine du bâtiment et être inconnu des services de police, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de sa situation professionnelle. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour en France, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Le préfet de police n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

12. Le requérant ne peut utilement se prévaloir à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles sont relatives à la délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de la vie privée et familiale et non aux mesures d'éloignement susceptibles d'être prises à l'encontre d'un étranger. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-11 7° doit être écartés comme inopérant.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

13. Si M. B invoque l'illégalité d'une prétendue décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire qui lui aurait été opposée, il ressort des pièces du dossier qu'une telle décision n'existe pas. Il s'ensuit que les moyens développés à l'encontre de cette décision doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 12 et compte tenu de ce que M. B ne soulève aucun autre moyen à ce titre, que le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

16. Si M. B, soutient que sa sécurité est en danger en cas de retour dans son pays d'origine en raison du risque d'y subir des traitements inhumains et dégradants, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 11 novembre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dès lors que l'Etat n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police de Paris et à Me Namigohar.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Le magistrat désigné,

J.-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2326051/4-3

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