lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2326071 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | MARTINS-SCHREIBER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 novembre 2023, le 27 janvier 2024 et le 1er mars 2024, SNCF Réseau, représentée par le cabinet d'avocats Symchowicz-Weissberg et associés, demande au juge des référés de désigner un expert afin de décrire l'origine et les causes des désordres apparus sur les quatre ponts-rails ferroviaires PRA 49140, PRA 49250, PRA 49120 et PRA 49220, situés dans la commune d'Eckwersheim (Bas-Rhin), faisant partie du lot n° 49 du tronçon H du marché de la deuxième phase des travaux de la LGV Est européenne.
Elle sollicite la présence à l'expertise de la société Razel-Bec, de la société Colas Nord Est, de la société Colas France, de la société Ateliers Roger Poncin et cie, de la société Mettalic bridges of Belgium, de la société Matière, de la société Setec, de la société Setec international, de la société Setec TPI, de la société Tractebel engineering SA immatriculée à Bruxelles et la société Tractebel engineering immatriculée à Nanterre.
Elle soutient que :
- la deuxième phase des travaux de la LGV Est européenne a consisté à prolonger la ligne nouvelle sur un linéaire de 106 km jusqu'à Vendenheim dans le département du Bas-Rhin, et a été divisée en deux tronçons G et H, ce dernier comprenant le lot n° 49 de construction de quatre ponts-rails sur la commune d'Eckwersheim sur lesquels des réseaux de fissures sont apparus caractérisant un phénomène de réaction sulfatique interne, qui affectent la structure des ouvrages ;
- une expertise est utile afin de se prononcer sur la nature et l'ampleur des désordres ;
- la présence de la société Colas France est utile pour fournir toute précision à l'expert.
Par trois mémoires, enregistrés le 7 décembre 2023, le 31 janvier et 22 avril 2024, la société Colas France, venant aux droits de la société Colas Nord Est, représentée par le cabinet d'avocats Lebon et associés, demande sa mise hors de cause. A titre subsidiaire, elle informe le juge des référés de ses protestations et réserves et demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire. Elle sollicite l'appel à la cause de la société Unibeton et de la société Fehr béton.
Elle soutient qu'elle n'a pas participé à la confection des ouvrages d'art en cause qui ont été réalisés par l'entreprise Razel-Bec et que le béton mis en œuvre par ses soins pour construire l'ouvrage litigieux a été fourni par les deux sociétés Unibeton et Fher béton, leur présence à l'expertise est utile.
Par trois mémoires, enregistrés le 3 janvier, 19 mars et 15 avril 2024, la société Razel-Bec, représentée par le cabinet d'avocats Alerion, informe le juge des référés de ses protestations et réserves, demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire et de mettre les frais d'expertise à la charge de SNCF Réseau. Elle demande également la mis en cause des sociétés Unibeton et Fehr béton qui ont fourni le béton ayant servi à la construction des ouvrages litigieux.
Par un mémoire, enregistré le 29 février 2024, la société Tractebel engineering SA immatriculée à Bruxelles, et la société Tractebel engineering immatriculée à Nanterre, représentées par Me Gauvin, informent le juge des référés de leurs protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée.
Par un mémoire, enregistré le 25 avril 2024, la société Unibeton, représentée par
Me Martins Schreiber, informe le juge des référés de ses protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée et demande à ce que la mission de l'expert soit complétée selon les termes de son mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / () ".
2. La LGV Est européenne qui relie Paris à Strasbourg a été construite en deux tronçons, un premier tronçon de 300 kilomètres allant de Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne) à Baudrecourt-en-Moselle et un second tronçon prolongeant la ligne sur 106 kilomètres jusqu'à Vendenheim dans le département du Haut-Rhin. SNCF Réseau fait valoir que des désordres sont apparus sur les quatre ponts-rails ferroviaires PRA 49140, PRA 49250, PRA 49120 et PRA 49220, situés dans la commune d'Eckwersheim (Bas-Rhin), faisant partie de la deuxième phase des travaux de la ligne. Elle soutient qu'une expertise est utile dès lors que les fissurations évolutives sont caractéristiques d'un phénomène de réaction sulfatique interne, susceptible à terme de mettre les ouvrages en péril.
3. Les constatations demandées entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 précitées du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire droit à cette demande.
4. La société Colas France, qui vient aux droits de la société Colas Nord Est, fait valoir que le marché confié au groupement d'entreprises était conjoint et non pas solidaire, qu'elle n'est intervenue que pour les chaussées et équipements, et non sur les ouvrages d'art en cause, qui ont été réalisés par la société Razel-Bec. Toutefois, d'une part, la nature du groupement relève d'une question de droit qu'il n'appartient pas au juge des référés de trancher, et d'autre part, il appartiendra à l'expert d'examiner les causes des désordres et de dire si l'intervention de la société Colas France y est étrangère. L'appel à la cause de la société Colas France apparaît, à ce stade de l'instruction, utile.
5. Il y a lieu d'appeler au contradictoire les sociétés Unibeton et Fehr béton, en qualité de fournisseurs du béton utilisé pour construire l'ouvrage objet de l'expertise.
6. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions.
7. Il résulte de ce qui a été dit plus haut qu'il y a lieu de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.
8. En vertu de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la ou les parties qui assumeront la charge des frais d'expertise sont désignées par le président du tribunal aux termes de l'ordonnance qui fixera, après le dépôt du rapport, les frais et honoraires de l'expert. De même, en application de l'article R. 621-12 du même code, dans le cas où il serait fait droit à une demande de l'expert tendant au bénéfice d'une allocation provisionnelle, il appartient également au président du tribunal, aux termes de l'ordonnance fixant le montant de cette allocation, de préciser la ou les parties qui devront la verser. Il n'appartient donc pas au juge des référés de déterminer la partie à la charge de laquelle seront mis les frais d'expertise ou, le cas échéant, l'allocation provisionnelle qui pourrait éventuellement être accordée à l'expert. Par suite, la demande présentée à ce titre par la société Razel-Bec tendant à faire supporter les frais d'expertise par SNCF Réseau doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A C (génie civil), exerçant 122, rue du Pont Saint-Jean à Etampes (91150), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de SNCF Réseau, de la société Razel-Bec, de la société Colas France, de la société Ateliers Roger Poncin et cie, de la société Mettalic bridges of Belgium, de la société Matière, de la société Setec, de la société Setec international, de la société Setec TPI, de la société Tractebel engineering SA immatriculée à Bruxelles, la société Tractebel engineering immatriculée à Nanterre, la société Unibeton, et la société Fehr béton, de :
1') prendre connaissance des pièces des travaux de la ligne LGV Est européenne, notamment la deuxième phase, se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission, se rendre sur place dans la commune d'Eckwersheim (Bas-Rhin), et voir les quatre ponts-rails ferroviaires PRA 49140, PRA 49250, PRA 49120 et PRA 49220 faisant partie du lot n° 49 du tronçon H du marché de la deuxième phase des travaux de la LGV Est européenne ;
2') constater et décrire les désordres, dire s'ils rendent les ouvrages impropres à leur destination, en déterminer l'origine et dire si ces fissurations sont dues au phénomène de réaction sulfatique interne ou à toute autre cause et si celle-ci est susceptible d'affecter la solidité des pont-rail ferroviaires ; déterminer l'ampleur du phénomène, son étendue et son évolution prévisible au regard de la solidité et de la destination des ouvrages d'art en cause ;
3°) fournir tous les éléments techniques et de fait permettant de se prononcer sur la ou les causes qui sont à l'origine de ces désordres (et permettant notamment de déterminer si ceux-ci se rattachent à une non-conformité aux stipulations du marché, à un vice de construction ou de conception, à un défaut de surveillance des travaux, à un défaut d'exécution, à un manquement aux règles de l'art, à un défaut de qualité des matériaux mis en œuvre, à une insuffisance d'entretien, à une usure prématurée, à d'autres causes) ; en cas de pluralité de causes, de formuler un avis sur le point de savoir dans quelle proportion les désordres peuvent être imputés à telle ou telle cause, en justifiant ses propositions ;
4°) décrire les travaux propres à remédier définitivement aux désordres et à remettre les ouvrages en état, d'en évaluer le coût et la durée ;
5°) en cas de réel danger et d'urgence constatés, dire s'il convient de mettre en place des mesures de sauvegarde pour éviter l'aggravation des désordres et permettre l'attente des travaux définitifs dans les meilleures conditions techniques possibles ;
6°) déterminer les préjudices subis par SNCF Réseau ;
7°) d'une manière générale, fournir tous les éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction compétente de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les divers chefs de préjudice ;
8°) s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires, entendre les observations de tous les intéressés et annexer à son rapport tous documents utiles.
Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourra tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal, au plus tard le 30 septembre 2024, par le biais de la plateforme prévue à cet effet, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : L'expert notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 8 de la présente ordonnance, dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à SNCF Réseau, à la société Razel-Bec, à la société Colas Nord Est, à la société Colas France, à la société Ateliers Roger Poncin et cie, à la société Mettalic bridges of Belgium, à la société Matière, à la société Setec, à la société Setec international, à la société Setec TPI, à la société Tractebel engineering SA immatriculée à Bruxelles, à la société Tractebel engineering immatriculée à Nanterre, à la société Unibeton, à la société Fehr béton et à M. A C, expert.
Fait à Paris, le 22 juillet 2024.
La juge des référés,
M. Dhiver
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/11-5