vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2326222 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BAZIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 13 novembre 2023, enregistrée le 15 novembre 2023 au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Nice a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme B.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Nice le 17 juillet 2023, et un mémoire, enregistré le 9 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me de La Hausseraye, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 avril 2023 par laquelle la directrice générale du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a rejeté, au nom du ministre de la santé et de la prévention, sa demande présentée sur le fondement du B du IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 de financement de la sécurité sociale pour 2007 tendant à ce qu'elle soit autorisée à exercer la profession de médecin dans la spécialité " médecine générale " ;
2°) d'enjoindre au CNG et au ministre chargé de la santé, à titre principal, de lui délivrer l'autorisation demandée, à titre subsidiaire, de lui prescrire un parcours de consolidation de compétence sur le fondement de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 ou, à titre infiniment subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans tous les cas dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le B du IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 ne conditionne pas la délivrance de l'autorisation à l'exercice de fonctions de médecin mais à un exercice médical qui pouvait être effectué en qualité d'infirmière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des mêmes dispositions eu égard aux fonctions et formations qu'elle a exercées et effectuées ; elle aurait à tout le moins dû se voir proposer la mise en place d'un parcours de consolidation de compétences ;
- la décision porte atteinte au principe d'égalité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, le CNG, représenté par la SELARL Bazin et Associés Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La clôture de l'instruction est intervenue le 25 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 2006-1640 du 21 décembre 2006 ;
- la loi n° 2022-1616 du 23 décembre 2022 ;
- le décret n° 2007-704 du 4 mai 2007 ;
- le décret n° 2020-1017 du 7 août 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- et les observations de Me de La Hausseraye, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, titulaire d'un diplôme de docteur en médecine délivré en Algérie en octobre 1997, a sollicité l'autorisation d'exercer en France la profession de médecin dans la spécialité " médecine générale " sur le fondement des dispositions du B du IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006. Par une décision du 21 avril 2023 prise au nom du ministre de la santé et de la prévention, la directrice générale du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a rejeté la demande de l'intéressée, sans lui proposer un parcours de consolidation de compétences. Mme B demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 7 août 2020 : " () le directeur général du Centre national de gestion, au nom du ministre de la santé, se prononce sur les demandes d'autorisation d'exercice mentionnées au B du IV et au V de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 () / En cas de rejet de la demande ou de prescription d'un parcours de consolidation des compétences, la décision est motivée () "
3. La décision attaquée mentionne les dispositions du B du IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006, et indiquent les raisons pour lesquelles l'autorité administrative a considéré que la requérante ne remplissait pas les conditions prévues par ces dispositions. Il ne résulte par ailleurs d'aucune règle ou principe ni d'aucune disposition que l'avis rendu par la commission nationale d'autorisation d'exercice le 14 février 2023, qui est évoqué dans la décision attaquée, aurait dû lui être annexé. Par suite, le moyen doit être écarté en toutes ses branches.
4. En deuxième lieu, aux termes du B du IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 : " () les médecins titulaires d'un diplôme () obtenu dans un Etat non membre de l'Union européenne ou non partie à l'accord sur l'Espace économique européen et permettant l'exercice de la profession dans le pays d'obtention de ce diplôme (), présents dans un établissement entre le 1er octobre 2018 et le 30 juin 2019 et ayant exercé des fonctions rémunérées, en tant que professionnel de santé, pendant au moins deux ans en équivalent temps plein depuis le 1er janvier 2015 se voient délivrer une attestation permettant un exercice temporaire, sous réserve du dépôt d'un dossier de demande d'autorisation d'exercice () / La commission nationale d'autorisation d'exercice () émet un avis sur la demande d'autorisation d'exercice du médecin () / Le ministre chargé de la santé ou, sur délégation, le directeur général du Centre national de gestion peut, au vu de l'avis de la commission nationale : / a) Soit délivrer une autorisation d'exercice ; / b) Soit rejeter la demande du candidat ; / c) Soit prendre une décision d'affectation du médecin dans un établissement de santé en vue de la réalisation du parcours de consolidation des compétences qui lui est prescrit, d'une durée maximale équivalente à celle du troisième cycle des études de médecine de la spécialité concernée () ".
5. Aux termes de l'article 5 du décret du 7 août 2020 : " I. L'instruction préalable des demandes d'autorisation d'exercer la profession de médecin est assurée par la commission régionale d'autorisation d'exercice () / II. La commission examine, au regard de ce qui est attendu pour l'exercice de chaque spécialité, les connaissances, aptitudes et compétences que le candidat a acquises au cours de la formation initiale et dans le cadre de l'expérience professionnelle et de la formation continue, ainsi que les autres éléments ressortant du dossier de demande d'autorisation d'exercice () " Aux termes de l'article 6 du même décret : " A l'issue de l'instruction par la commission régionale, la demande d'autorisation est soumise pour avis à la commission nationale d'autorisation d'exercice () / Pour les candidats à l'autorisation d'exercer la profession de médecin, la commission examine le dossier du candidat et la proposition formulée par la commission régionale d'autorisation d'exercice mentionnée au IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 susvisée. Elle évalue les compétences de l'intéressé au regard des attendus de l'exercice de la spécialité () ".
6. Il résulte de ces dispositions que si l'exercice d'une profession de santé comme celle d'infirmier permet au titulaire d'un diplôme de médecine délivré dans un Etat tiers à l'Union européenne ou l'Espace économique européen de présenter une demande tendant à être autorisé à exercer la profession de médecin dans une spécialité donnée, il appartient à l'autorité administrative, avant de délivrer cette autorisation, le cas échéant sous condition de réalisation d'un parcours de consolidation de compétences, de s'assurer que le demandeur présente les compétences qui sont attendues pour cet exercice au regard notamment de sa formation initiale, de l'expérience professionnelle qu'il a acquise ainsi que des formations continues qu'il a suivies.
7. D'une part, il suit de là qu'en se fondant, pour adopter la décision attaquée, sur la circonstance que Mme B n'a jamais exercé la médecine depuis l'obtention en Algérie en octobre 1997 de son diplôme de docteur en médecine, l'autorité administrative s'est fondée sur un motif qui n'était pas entaché d'erreur de droit, de sorte que ce moyen doit être écarté.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si la requérante a suivi une formation initiale ayant abouti à la délivrance d'un diplôme de docteur en médecine, elle n'a eu, y compris en Algérie, aucune expérience professionnelle en qualité de médecin. L'avis de la commission nationale mentionnée à l'article 6 du décret du 7 août 2020 relève en outre que Mme B n'a jamais entrepris de démarche de formation continue. Dans ces conditions, en considérant que l'intéressée ne présentait pas les compétences attendues pour l'exercice de la profession de médecin dans la spécialité " médecine générale ", l'autorité administrative n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées du B du IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006. Ce moyen doit donc être écarté.
9. Enfin, la requérante ne conteste pas les allégations du CNG selon lesquelles son diplôme délivré en Algérie correspond en France à un diplôme de deuxième cycle de sorte qu'elle ne dispose pas des connaissances théoriques et pratiques correspondant à un troisième cycle d'études dans la spécialité de médecine générale. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point précédent, elle ne dispose pas d'expériences professionnelles en qualité de médecin et n'a pas suivi de formations continues qui auraient permis de garantir qu'elle disposerait toujours des connaissances et compétences correspondant à son diplôme de deuxième cycle plus de vingt-cinq ans après sa délivrance. Dans ces conditions, l'autorité administrative n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant au regard de ces éléments, dont elle pouvait tenir compte sans commettre d'erreur de droit, que le parcours de consolidation de compétences susceptible de conférer à l'intéressée les compétences requises pour la délivrance de l'autorisation d'exercice sollicitée aurait excédé la durée maximale de quatre ans résultant des dispositions combinées du c du B du IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 et du III de l'article L. 632-2 du code de l'éducation. Ces moyens ne peuvent dès lors qu'être écartés.
10. En troisième lieu, la circonstance que d'autres demandeurs placés dans la même situation que la requérante se seraient vu proposer un parcours de consolidation de compétences n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision de refus prise à son encontre. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité doit donc être écarté. En tout état de cause, le seul exemple que la requérante produit à l'appui de ses allégations concerne un demandeur qui avait eu une expérience professionnelle en qualité de médecin, même si elle était ancienne, et qui se trouvait, dès lors, pour l'application des dispositions précitées, dans une situation différente.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B aux fins d'annulation de la décision attaquée du 21 avril 2023 doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et que celles qu'elle a présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas davantage lieu de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par le CNG au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme de Schotten, première conseillère,
M. Rezard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, du travail, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2326222/6-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600963
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement et l'interdiction de retour d'un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour portugais valide. La juridiction a retenu que le préfet avait commis une erreur de fait et d'appréciation en considérant que l'intéressé séjournait irrégulièrement en France et menaçait l'ordre public. Elle a également enjoint l'administration de procéder à l'effacement du signalement Schengen dans un délai d'un mois.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527029
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour à une ressortissante malienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a annulé la décision du préfet de police, considérant que le refus de titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) constituait une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée et des conditions d'intégration de l'intéressée en France. Le tribunal a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois.
20/03/2026