lundi 20 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2326250 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | DUCASSOUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Ducassoux, demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord et au préfet de police de Paris de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de transférer aux services de la préfecture de police de Paris son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour déposé le 11 décembre 2021 à la préfecture du Nord dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4 ) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour déposée le 11 décembre 2021 à la préfecture du Nord dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à Me Ducassoux sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou, à défaut, à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d'une situation d'urgence, dès lors que sa tante maternelle est décédée le 4 novembre 2023, qu'il est essentiel pour elle de pouvoir aller participer au deuil familial en Guinée avant le 17 novembre 2023 sans perdre son droit au séjour en France, qu'elle est empêchée de se faire soigner, de faire soigner ses enfants, de travailler et de vivre normalement et qu'elle ne peut pas s'engager dans des formations pour faciliter son insertion professionnelle ;
- une atteinte manifestement grave et illégale est portée à sa liberté d'aller et venir, à sa liberté d'entreprendre et à sa liberté de mener une vie privée et familiale normale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 2 décembre 1985, qui est entrée sur le territoire français en 2007 et qui était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 5 février 2022, a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour le 11 décembre 2021 auprès des services de la préfecture du Nord, département dans lequel elle résidait à cette date. Dans le cadre de l'instruction de cette demande, un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour lui a été délivré le 11 décembre 2021, récépissé valable jusqu'au 5 août 2022. Résidant à Paris depuis la fin de l'année 2021, Mme A n'est pas parvenue à obtenir le renouvellement de son récépissé auprès des services de la préfecture du Nord, qui l'ont invitée à présenter sa demande à la préfecture de police de Paris. Mme A a alors vainement tenté de faire transférer son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour auprès des services de la préfecture de police de Paris et de se faire délivrer un récépissé par ces mêmes services. Ne parvenant à obtenir ni le transfert à la préfecture de police de Paris de son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour déposé le 11 décembre 2021 à la préfecture du Nord ni le renouvellement de son récépissé expiré le 5 août 2022, Mme A demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord et au préfet de police de Paris de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, au préfet du Nord de transférer aux services de la préfecture de police de Paris son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour déposé à la préfecture du Nord le 11 décembre 2021 et au préfet de police de Paris d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour déposée à la préfecture du Nord le 11 décembre 2021 dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir et d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 200 euros par jour de retard.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure particulière instituée à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. En l'espèce, Mme A fait valoir, au titre des circonstances caractérisant une situation d'urgence, qu'elle doit se rendre en Guinée avant le 17 novembre 2023 pour assister aux funérailles de sa tante maternelle décédée le 4 novembre 2023, qu'elle ne peut plus se faire soigner et faire soigner ses enfants et qu'elle ne peut ni travailler ni s'engager dans une formation pour faciliter son insertion professionnelle. Cependant, les pièces produites par Mme A à l'appui de sa requête ne sont pas suffisantes pour établir la situation d'extrême urgence qu'elle invoque. En effet, d'une part, la requérante, qui se borne à verser aux débats trois attestations, la première rédigée par sa mère le 9 novembre 2023, la deuxième par sa sœur le 13 novembre 2023 et la troisième par sa cousine le 9 novembre 2023, et qui ne produit notamment pas l'acte de décès de sa tante et les billets d'avion réservés par elle-même ou par les autres membres de sa famille résidant en France pour se rendre en Guinée avant le 17 novembre 2023, ne justifie pas qu'elle doit se rendre en Guinée avant le 17 novembre 2023 pour assister aux funérailles de sa tante décédée le 4 novembre 2023. D'autre part, Mme A, qui est dans la situation administrative dont elle se prévaut depuis le 5 août 2022, n'établit pas, par les pièces produites à l'appui de sa requête, qu'elle et ses enfants seraient privés de soins. En outre, elle ne produit aucun élément concret concernant sa situation professionnelle, la requérante n'ayant pas d'emploi et ne faisant état d'aucune recherche d'emploi et d'aucun projet précis de formation professionnelle. Enfin, Mme A indique qu'elle est convoquée le 21 novembre 2023 par la préfecture de police de Paris. Dans ces conditions, la requérante ne peut être regardée comme justifiant d'une situation d'extrême urgence telle qu'elle implique qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de Mme A en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à Me Ducassoux.
Fait à Paris, le 20 novembre 2023.
La juge des référés,
S. Marzoug
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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