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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2326340

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2326340

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2326340
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 16 novembre et le 22 décembre 2023, M. A, représenté par Me Saligari, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident, et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 80 euros par jour de retard ; à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation administrative, et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'ensemble des décisions contestées :

- sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

La décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens développés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Abdat,

- et les observations de Me Jean, représentant M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 27 juillet 1988 à Gagnoa, est entré en France au mois de février 2018 selon ses déclarations. Le 21 février 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-3 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 2 novembre 2023, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait état d'éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de M. A. Il précise ainsi que le requérant a été condamné le 23 avril 2020 par le tribunal correctionnel de Créteil à une peine de deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours avec usage ou menace d'une arme par conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité (faits du 21 avril 2020), et est défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite sans permis (le 12 novembre 2018). Il précise également que la commission du titre de séjour, consultée le 5 avril 2023, a émis un avis défavorable à la délivrance du titre sollicité, que le requérant est marié à une ressortissante ivoirienne et père de deux enfants mineurs résidant en France et qu'il ne justifie pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Ainsi, l'arrêté litigieux, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Le moyen doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle du requérant. Le moyen doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants (), l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale. "

5. M. A se prévaut de la durée de son séjour en France, où il allègue être entré en 2018, de son insertion professionnelle et de la présence en France de son épouse et de deux de ses enfants mineurs. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné le 23 avril 2020 par le tribunal correctionnel de Créteil à une peine de deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours avec usage ou menace d'une arme par conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Il ressort également de l'avis de la commission du titre de séjour en date du 5 avril 2023 qu'il a fait l'objet d'une interdiction de fréquentation de son épouse et de sa fille, tandis qu'il déclare à l'audience ne pas avoir de lien avec son ancienne compagne et leur fils. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et des déclarations du requérant à l'audience qu'il est père de deux enfants demeurant en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, compte tenu de la nature et de la gravité des faits pour lesquels le requérant a été condamné et de sa situation familiale en France et dans son pays d'origine, le préfet n'a pas porté à son droit à mener une vie privée et familiale normale disproportionnée au vu des objectifs poursuivis, ni par suite méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences pour sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

7. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () " Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

11. Il ressort de ces dispositions que lorsqu'un délai de départ volontaire est refusé à l'étranger, une interdiction de retour est, sauf circonstances humanitaires, prononcée à son encontre. L'autorité compétente doit toutefois, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, tenir compte des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

12. D'une part, la décision faisant interdiction à M. A de retourner sur le territoire pendant une durée d'un an, qui vise notamment l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé est entré sur le territoire en le 19 février 2018 selon ses déclarations, qu'il est marié à une ressortissante ivoirienne et père de deux enfants mineurs résidant en France, et qu'il a été condamné pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours avec usage ou menace d'une arme par conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité pour des faits commis à l'encontre de son épouse le 21 avril 2020. Ainsi, cette décision répond à l'exigence de motivation posée par l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. D'autre part, eu égard à la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français, et sans que le requérant puisse, compte tenu de la nature des faits pour lesquels il a été condamné et de ses liens avec son ancienne compagne, se prévaloir de la présence de son épouse et de deux de ses enfants en France, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 novembre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

La rapporteure,

G. ABDATLe président,

J. SORINLa greffière,

D. JEANG

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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