mercredi 14 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2326511 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2023, M. A E, représenté par Me Bremaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à
Me Bremaud, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de motifs humanitaires.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la décision fixant le pays de destination :
- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elles assortissent ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au
23 janvier 2024.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hermann Jager ;
- et les observations de Me Schwarz, substituant Me Bremaud, conseil de M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant malien, né le 31 décembre 1989, entré en France le
10 avril 2016, selon ses déclarations, a sollicité, le 20 avril 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 août 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné M. E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00971 du 23 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme C, attachée d'administration de l'Etat, placée sous l'autorité de Mme D, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".
4. Pour refuser de délivrer à M. E un titre de séjour, le préfet de police a estimé, ainsi que l'avait fait le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dans son avis du 31 juillet 2023, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine vers lequel il pouvait voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du 9 février 2023 et du compte rendu médical du 9 mars 2023, établis par le docteur B, praticien hospitalier dans le service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital la Pitié-Salpêtrière, que M. E est atteint d'une hépatite B et bénéficie à ce titre d'un traitement médical à base de Ténofovir. En défense, le préfet de police démontre par les pièces qu'il produits, et notamment la liste du 26 août 2019 des médicaments essentiels disponibles au Mali, que le traitement prescrit au requérant est disponible au Mali. Si le requérant fait valoir que le prix du Ténofovir est élevé dans son pays d'origine et que les ruptures de stock sont récurrentes, les éléments qu'il avance, notamment le certificat médical du 7 septembre 2022, établi par le docteur F, médecin au Mali, indiquant que les médicaments nécessaires au traitement de l'intéressé " subissent occasionnellement des ruptures de stock et sont financièrement inabordables " et que le coût du Ténofovir est de 125.000 francs CFA, le certificat médical du 21 septembre 2023, établi par le docteur B, précisant quant à lui que " le suivi et les analyses sanguines nécessaire à une prescription adaptée ne sont pas disponible dans son pays d'origine (Mali). Le traitement est quant à lui disponible de façon intermittente ", et le certificat médical établi pour une tierce personne, atteint également de l'hépatite B, le 13 septembre 2022, indiquant que " les dosages de PCR de même que les traitements antiviraux pour l'hépatite B ne sont pas disponibles dans son pays d'origine, le Mali ", ne sont pas suffisants pour permettre d'établir que le requérant ne peut obtenir, dans son pays, des soins adaptés à son état de santé. Enfin, si le requérant soutient que le médicament serait disponible mais sous un dosage différent, et s'il ressort de la liste des médicaments produite en défense par le préfet que le Ténofovir est disponible sous la forme d'un comprimé de 300 grammes et de l'ordonnance médicale du
15 juin 2023 que le requérant se voit prescrire un comprimé de 250 grammes, les documents médicaux produits au dossier ne permettent pas d'établir que ce dosage ne serait pas approprié à son état. Il suit de là que les éléments apportés par le requérant n'infirment pas la position des médecins de l'OFII reprise par le préfet de police. Par suite, et ainsi que l'a fait valoir le préfet en défense, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande.
5. En second lieu, la circonstance que le refus de séjour porte préjudice à sa prise en charge médicale ne suffit pas à établir que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. En outre, à supposer, que le requérant entende se prévaloir de motifs humanitaires pour la délivrance d'un titre de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité un titre de séjour sur un tel fondement.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 à 5, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.
7. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été exposé au point 4 que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. E.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 et 7 et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de quitter le territoire français.
9. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. E.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de police et à
Me Bremaud.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure,
- Mme Perfettini, présidente honoraire de tribunal administratif,
- Mme Desmoulières, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2024.
La présidente-rapporteure,
V. Hermann Jager
L'assesseure la plus ancienne,
D. Perfettini La greffière,
R. Boudina
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512695
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le requérant, un ressortissant guinéen, contestait notamment la mesure au motif qu'il serait mineur. Le tribunal a jugé qu'il lui appartenait, saisi d'un recours suspensif, de statuer sur l'allégation de minorité avant de se prononcer sur la légalité de l'OQTF, conformément aux articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528203
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par un ressortissant algérien contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai, assorti d'une interdiction de retour. La juridiction a estimé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence de la signataire, la motivation suffisante et l'examen de la situation personnelle du requérant. Elle s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier ses articles L. 611-1 et L. 612-10.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600391
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2526589
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.
08/04/2026